800 ans d’histoire de la médecine à Montpellier

Le 17 août 2020, la Faculté de Médecine de Montpellier a fêté le 800e anniversaire de sa fondation, ce qui en fait la plus ancienne école universitaire de médecine du monde en exercice. La science médicale, son enseignement et sa pratique, sont un des ferments de l’identité montpelliéraine, dont la ville tire sa renommée dès le XIIe siècle. Fort de cette histoire exceptionnelle, c’est l’occasion de se pencher en archives sur 800 ans d’histoire de la médecine à Montpellier.

9 siècles d’enseignement médical à Montpellier

AMM, AA1, fol. 96, cartulaire des GuilhemVoir l'image en grand Charte de Guilhem VIII aux Montpelliérains, 1181La liberté des écoles de médecine

Guilhem VIII, seigneur de Montpellier, concède en janvier 1181 aux habitants de Montpellier la liberté des écoles de médecine. Quiconque désormais, quelle que soit son origine, a le droit d’enseigner la phisica. Les historiens et commentateurs ont surtout souligné l’esprit d’ouverture et de tolérance de ce texte qui crée les conditions d’une transmission des savoirs juifs et arabes aux Chrétiens, permettant l’épanouissement de la médecine dans la cité. Mais il faut le lire aussi comme une première étape d’une institutionnalisation de l’enseignement médical, le pouvoir seigneurial s’en faisant le garant et le protecteur. Après la fin de la lignée des Guilhem, les évêques de Maguelone prennent le relais. Ainsi s’explique l’octroi de statuts par le cardinal Conrad d’Urach, légat du pape Honorius III en Languedoc, le 17 août 1220, afin d’organiser et de développer l’enseignement de la médecine. L’Université de médecine de Montpellier est placée sous l’autorité du pouvoir épiscopal jusqu’à la Révolution.

 

La création d’un Studium generale AMM, Louvet 619Voir l'image en grand Bulle Quia sapientia du pape Nicolas IV, 1289

En 1220, les premiers statuts sont octroyés à l’universitas medicorum, tam doctorum quam discipulorum, c’est-à-dire à la communauté des gens de médecine, maîtres et élèves. Elle devient une sorte de corporation autonome qui a sa propre justice, rendue par le chancelier, et qui possède le monopole de l’enseignement. L’université s’entend alors comme une entité juridique, avec ses privilèges et régie par différents statuts, mais éclatée en plusieurs centres d’enseignement. Le 26 octobre 1289, le pape Nicolas IV crée par la bulle Quia sapientia l'Université de Montpellier au sens strict du terme, en réunissant les écoles de médecine, de droit et des arts dans un Studium generale. Il s’agit de regrouper les enseignements, de favoriser l’étude et de délivrer des diplômes reconnus dans toute la Chrétienté. Mais les médecins ne veulent pas que leur discipline ne soit considérée que comme une partie d’une institution générale et ils sauront garder leur autonomie jusqu’à la Révolution.

 


AMM, 3Fi60, gravure, XIXe s.Voir l'image en grand Portrait de Gui de Chauliac (1298-1368)L'influence de la médecine arabe : l'exemple de l'enseignement de la chirurgie

L’enseignement de la médecine au Moyen Âge repose sur un savoir transmis depuis l’Antiquité (Hippocrate et Galien) via les traductions de l’arabe. En effet, ce qui caractérisa longtemps l’école de Montpellier, c’est l’influence des médecins arabes. Mais cette médecine basée sur l’étude des Anciens ne se prive pas de réflexion originale. La première moitié du XIVe siècle constitue l’apogée de l’Université de médecine, avec de grandes figures comme Arnaud de Villeneuve ou Gérard de Solo. C’est aussi durant cette période que l’anatomie est introduite officiellement dans le programme médical. Les statuts de 1340 prévoient tous les deux ans une dissection de corps humain. Le professeur Gui de Chauliac (1298-1368) rédige une Grande Chirurgie, le texte le plus complet en la matièredu Moyen Âge, qui renouvelle la Chirurgie arabe d'Abulcasis. Médecin personnel des papes d’Avignon, il livre une description clinique précise de la peste lors de l’épidémie de 1348.


L'enseignement de la botanique AMM, 1Fi10, Atlas des Jardins, planche 18Voir l'image en grand Plan du Jardin des Plantes, 1825

Fondé en 1498, le nouveau Collège royal de médecine avec ses quatre « régences » va donner une nouvelle direction aux enseignements médicaux : anatomie, botanique, chirurgie et pharmacie. La passion pour les sciences de la nature chez les médecins montpelliérains amène l’école de Montpellier à jouer un rôle capital dans le développement de la botanique au XVIe siècle. En 1593, sur la proposition de Pierre Richer de Belleval (1555-1632), le roi Henri IV crée à Montpellier le premier jardin botanique universitaire de France, connu aujourd’hui sous le nom de Jardin des Plantes. Richer innove avec sa « Montagne » où les végétaux poussent dans leur exposition naturelle. Après Richer de Belleval, Pierre Magnol (1638-1715), François Boissier de Sauvages (1706-1767) et Augustin Pyrame de Candolle (1778-1841) s’illustrent comme descripteurs et classificateurs du monde végétal. Le genevois Candolle, successeur d’Auguste Broussonet (1761-1807) à la chaire de botanique, réaménage le Jardin des Plantes sous l’Empire et lui donne sa configuration actuelle.


AMM, 6Fi664, carte postaleVoir l'image en grand Vue aérienne de la cathédrale et l’université, 1950L'installation dans les locaux historiques de la Faculté de médecine

En 1793, la Convention supprime les universités. A Montpellier, l'activité universitaire peut se poursuivre clandestinement avec l’appui du Conseil municipal, où siègent de nombreux médecins. Le 4 décembre 1794, pour répondre au besoin en médecins et chirurgiens, surtout militaires, la Convention décide à rebours de créer trois Écoles de Santé, à Paris, Strasbourg et Montpellier. Ainsi, en avril 1795, l’Université de médecine de Montpellier renaît et s’installe dans les locaux de l’ancien évêché jouxtant la cathédrale Saint-Pierre, dans les bâtiments historiques du collège Saint-Benoît Saint-Germain fondé par le pape Urbain V en 1364. Le 17 mars 1808, l’Université impériale est fondée et grâce à la protection du ministre de l’Intérieur Chaptal, l’Ecole de médecine devient Faculté de médecine. Pendant plus de deux cents ans, les locaux de la rue de l’Ecole-de-médecine accueillent des générations d’étudiants, jusqu’au déménagement de la Faculté dans les nouveaux bâtiments du Campus Santé Arnaud de Villeneuve inauguré en 2017.


Le Theatrum et le conservatoire d’anatomie AMM, Sans cote, photographieVoir l'image en grand Dissection d’un cadavre par des étudiants de médecine, c. 1890-1900

L’étude de l’anatomie eut un rôle essentiel pour faire évoluer la science médicale vers le rationalisme et la modernité. Elle occupe une place centrale dans l’enseignement médical au début du XIXe siècle : c’est le programme de la deuxième année, sur un cursus de trois ans à l’époque. Aussi, la loi ordonne la création de cabinet et d’amphithéâtre d’anatomie à des fins pédagogiques. Là encore, le ministre Jean-Antoine Chaptal favorisa les intérêts montpelliérains. Il finança sur ses deniers personnels la construction du Theatrum anatomicum (1804),destiné aux dissections de cadavre, bâtiment à l’architecture néoclassique imposante donnant sur la cour d’honneur de la Faculté. Et il enrichit les collections du conservatoire d’anatomie, créé en 1794, par l’acquisition des pièces anatomiques réalisées par le Florentin Felice Fontana. Un nouveau conservatoire est construit en 1851, occupant une nouvelle aile de la Faculté et conservant sous vitrines de nombreuses pièces de dissection, squelettes, moulages et coupes anatomiques, dont les emblématiques écorchés.


AMM, 1R255, Faculté de médecineVoir l'image en grand Souscription pour l’institut bactériologique, 1894-1895La création de l’Institut Bouisson-Bertrand

Au XIXe siècle, des changements s'opèrent dans l’enseignement médical à Montpellier. En premier lieu, il y a l’introduction de la formation en clinique, au lit du malade, grâce au rapport plus étroit entre la Faculté et les hôpitaux de la ville. Ensuite, il y a le développement des sciences basiques (la chimie, la physique, la physiologie et la biologie). Les découvertes de Pasteur sont très vite acceptées à la Faculté et une chaire de microbiologie est créée en 1894. En parallèle, une souscription est lancée pour mettre en place un institut destiné aux recherches bactériologiques et à la vaccination, sur le modèle de l'Institut Pasteur. Or l’Université vient d’être le bénéficiaire d’un legs de 300 000 francs de la part d’Amélie Bertrand, décédée en 1893, veuve du professeur Étienne-Frédéric Bouisson, bienfaiteurs de la Faculté et de la Ville, pour des « réalisations humanitaires et scientifiques ». Cette somme va donc être employée à la création en 1895 de l'Institut Bouisson-Bertrand, fondation filiale de la Faculté de médecine, et centre de vaccination régional. Un bâtiment est élevé face à la Faculté où l’Institut a toujours son siège.


Le développement de la médecine des femmes AMM, 1R non cotéVoir l'image en grand Lettre du Dr de Rouville pour une clinique de gynécologie, 1906

Le XIXe siècle voit également le développement de nouvelles disciplines, comme l’ophtalmologie et l’obstétrique, et la construction de cliniques qui leur sont dédiées. Une chaire réservée aux soins des femmes enceintes, aux accouchements et aux nourrissons est créée, ainsi que des cours pour les élèves sages-femmes. Mais il faut attendre 1900 pour voir l’inauguration d’une maternité adaptée à l’accueil des naissances, avenue du Professeur-Grasset, œuvre d’Henri Debens. En 1905, la gynécologie est séparée de l’obstétrique, et confiée à Georges Gervais de Rouville (1863-1928), qui s’installe au pavillon Lunaret à l’Hôpital suburbain. Constatant le retard de la faculté de Montpellier en la matière, Rouville obtient la création d’une clinique de gynécologie. Il sollicite dans cette lettre une subvention de la Ville pour l’acquisition du mobilier de la salle d’opérations. La séparation de l’obstétrique et de la gynécologie durera environ soixante ans.


Musée du Vieux Montpellier, A 2012.1.10, bronze Voir l'image en grand Médaille commémorative du doyen Gaston Giraud, 1961L’extension des locaux boulevard Henri IV

Face à l’augmentation régulière du nombre des étudiants après la Seconde Guerre mondiale, Gaston Giraud (1888-1975), doyen de la Faculté de 1941 à 1960 et réformateur de l’enseignement médical, entreprend dans les années 1950 une vaste campagne d’agrandissement des bâtiments universitaires. Il fait réaliser d’abord en 1954 le prolongement de l’aile du XIXe sur le boulevard Henri IV. Le bâtiment, dû à l’architecte Jean de Richemond, accueille les services d’histologie et d’anatomie dans des locaux plus modernes et conformes aux normes d’hygiène. Puis en 1957, il fait construire à l’extrémité du boulevard, sur la place Albert Ier, l’Institut de biologie, dédié à la recherche médicale, toujours par Jean de Richemond. Ce bâtiment comprend un grand amphithéâtre de 1000 places ayant la capacité d’accueillir les étudiants de première année. La croissance constante des effectifs conduira progressivement à la délocalisation de l’UFR de médecine hors des quartiers historiques, jusqu’à la construction d’une nouvelle Faculté au début du XXIe siècle.

Les grandes figures de la médecine montpelliéraine

AMM, AA9, fol. 386, Petit ThalamusVoir l'image en grand Serment des épiciers, XIIIe s.Arnaud de Villeneuve (c. 1240-1311)

Figure emblématique du Moyen Âge montpelliérain, le catalan Arnau de Villanova (Arnaud de Villeneuve), à l’instar du majorquin Ramon Llull (Raymond Lulle), mène une vie de pérégrination, à l’apogée du royaume d’Aragon, entre Espagne, Italie et France, mais se revendique toujours médecin de Montpellier. Il enseigne à l’université de 1285 à 1308 où il contribue à son rayonnement intellectuel. Son œuvre est riche et complexe, et comprend 65 traités de médecine, théologie, alchimie, magie, astrologie et de divination par les rêves rédigés essentiellement à Montpellier. Précurseur de l’hygiénisme, il introduit l’alcool en médecine comme antiseptique et diffuse la technique de la distillation. Il est l’auteur d’un Régime de Santé qui allie pour la première fois diététique et gastronomie. En plus d’une brillante école de médecine, Arnaud de Villeneuve trouve à Montpellier une savante corporation d’épiciers-apothicaires, experte dans la préparation de poudres, sirops, confiseries, parfums et électuaires, ancêtres des thériaques et panacées, qui aident « maître Arnaud » dans ses travaux.

 

Guillaume Rondelet (1507-1566) AMM, 3Fi58, gravureVoir l'image en grand Portrait de Guillaume Rondelet, XIXe s.

Guillaume Rondelet n’est pas seulement l’ami de Rabelais, immortalisé dans le Tiers Livre sous les traits de maître Rondibilis, le médecin humaniste et sage. Rondelet est l’une des personnalités les plus marquantes du Collège royal de médecine de Montpellier durant la Renaissance. Montpelliérain de naissance, il œuvre principalement pour le développement des études d’anatomie et fait construire le premier amphithéâtre d’anatomie de France. Eclectique, il étudie la variole et la syphilis, et s’intéresse aux sciences naturelles, plus particulièrement la botanique et la zoologie. Il est ainsi le créateur de la biologie marine en France. Son opus le plus célèbre, les deux Libri de piscibus marinis parus à Lyon en 1554 et 1555, L’Histoire entière des poissons dans leur traduction française par son élève Laurent Joubert (1558), constitue le premier ouvrage scientifique d’ichtyologie. Il décrit 440 espèces aquatiques, dont 241 de poissons, principalement de Méditerranée, toutes illustrées de figures gravées, ainsi que les usages liés à ces espèces, qui peuvent prendre la forme de conseils culinaires.

 

AMM, II641, sixain Saint-PaulVoir l'image en grand Plan de l'île de Tremolety, XVIIIe s.François Lapeyronie (1678-1747)

Si Lapeyronie a donné son nom au CHU de Montpellier et qu’il trône à l’entrée de la Faculté de médecine, c’est qu’il fut non seulement le chirurgien des grands du XVIIIe siècle, mais surtout un généreux bienfaiteur des institutions médicales de la ville. François Lapeyronie naît à Montpellier à l’angle de la Grand-Rue et de la rue En-Gondeau, fils d’un maître chirurgien installé en ville. Il commence sa brillante carrière à Montpellier, où il participe à la fondation de la Société royale des sciences (1706). Installé à Paris à partir de 1715, il devient un proche de Louis XV, anobli sous le nom de Gigot de Lapeyronie, et accède à la fonction suprême de premier chirurgien du roi en 1737. Il meurt à Versailles après avoir contribué à élever le métier de chirurgien au même rang que celui de médecin. Lapeyronie fait d’importants legs aux Collèges de chirurgie de Paris et Montpellier. Grâce à sa fortune, on bâtit à quelques mètres de sa maison natale, à l’emplacement de l’hôtel Trémolet de Bucelli, l’hôtel Saint-Côme, dessiné par Giral, pour abriter le Collège royal de chirurgie (actuelle Chambre de Commerce et Industrie), remarquable pour son amphithéâtre d’anatomie, véritable temple baroque montpelliérain de la chirurgie.

 

Paul-Joseph Barthez (1734-1806) AMM, 6Fi1735, carte postaleVoir l'image en grand Statue de Barthez, c. 1900

Montpelliérain pur jus, Paul-Joseph Barthez est celui qui incarne le mieux l’esprit de l’école de médecine de Montpellier. Professeur d’anatomie et de botanique, il fut le dernier chancelier de l’Université de médecine, entre 1785 et 1793. Théoricien du vitalisme, il marque de son empreinte la Faculté durant tout le XIXe siècle. Cette doctrine repose sur le concept d’un « principe vital » qui régirait le monde vivant. Selon le professeur Thierry Lavabre-Bertrand, « par son Principe vital indéterminé, très général, Barthez rend le vitalisme assez intemporel, indépendant des évolutions ultérieures de la science. Le mot de Biologie n’existe pas encore, et pourtant l’œuvre barthézienne insiste sur la spécificité objective de la science du vivant et en préfigure certains concepts, tel celui de réflexe, défini ultérieurement par la physiologie du XIXe siècle. »

 

 

AMM, 3Fi97, huile sur toileVoir l'image en grand Portrait du Professeur Forgue par Girau-Max, 1922Emile Forgue (1860-1943)

La personnalité d’Emile Forgue, par ses travaux, se trouve placée au cœur des événements tragiques du XXe siècle. Chirurgien militaire de formation, il est l’auteur d’une thèse sur les blessures de guerre. Lorsque survient la Première Guerre mondiale, il joue un rôle important au sein des instances militaires et contribue efficacement à l’organisation de l’évacuation des blessés depuis le front. C’est lui aussi qui organise le premier service de chirurgie infantile à Montpellier, et sous son professorat, il fait évoluer les techniques chirurgicales (asepsie, anesthésie). Enfin, il jette les bases du premier centre anticancéreux de Montpellier. En 1923, il décide de dédier cinq lits du service de chirurgie de l’Hôpital suburbain à des patients atteints de cancer, ce qui aboutit rapidement à la création du Centre régional contre le cancer. Selon ses vœux, cette unité de cancérologie est dotée d’un Service d’enseignement et de recherches en lien direct avec l’Université pour intégrer cette discipline nouvelle à la formation étudiante. Paul Lamarque prend le relais en 1927 et fera de Montpellier un des grands centres de la lutte contre le cancer.

 

Hervé Harant (1901-1986) AMM, 15Fi9, photographieVoir l'image en grand Portrait d’Hervé Harant, 1943

Hervé Harant fut le dernier médecin naturaliste de l’école montpelliéraine, clôturant une tradition quinquacentenaire de botanistes remontant à Rondelet et Richer de Belleval. Même s’il est un peu oublié de nos jours, son souvenir reste marquant chez ceux qui l’ont côtoyé, notamment pour ses mémorables séances d’herborisation. Alliant une triple formation de médecin, de pharmacien et de scientifique, il est nommé en 1945 titulaire de la chaire de professeur d'histoire naturelle, parasitologie et pathologie exotique. En 1957, il devient directeur du Jardin des Plantes, qu'il restaure et embellit. Il joue un rôle décisif dans l’émergence du concept d’écologie médicale, concept appliqué spécialement en épidémiologie. Son Guide du naturaliste dans le Midi de la France en 2 tomes publié en 1967 chez Delachaux et Niestlé fait toujours autorité.

Une ville hospitalière

AMM, II153, plan de compoixVoir l'image en grand Plan de l'ancienne maladrerie de Castelnau, XVIIIe s.L’Hôpital Saint-Lazare

L’hôpital est d’abord une maison, un lieu d’accueil pour les personnes qui n’ont pas de toit. Au Moyen Âge, les hôpitaux sont des établissements de charité qui ont pour vocation de venir en aide aux pauvres, aux pèlerins ou aux enfants abandonnés. Avec le développement du pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, les fondations hospitalières se multiplient à Montpellier entre le XIIe et le XIVe siècle, en périphérie de la ville, aux entrées des grandes voies de communication, principalement le camin romieu (cami roumieu, chemin des pèlerins en occitan) : Saint-Guilhem, Saint-Jaume, Notre-Dame, Saint-Martial, Sainte-Marthe... A l’hôpital du Saint-Esprit, fondé par Gui de Montpellier à la fin du XIIe siècle au Pila-Saint-Gély, on commence à prodiguer des soins médicaux. C’est le premier hôpital au sens moderne du terme. Avant lui, la léproserie du pont de Castelnau, dite hôpital Saint-Lazare, établie à l’emplacement de l’actuel cimetière Saint-Lazare, accueille des malades de la lèpre tenus éloignés du reste de la population pour raisons sanitaires. Placé sous administration des consuls de Montpellier et protection pontificale, cet hôpital fonctionnera jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Ses archives contiennent le plus ancien document original conservé aux Archives municipales, une charte sur parchemin de 1148.

 

L’Hôpital Saint-Eloi AMM, II630, sixain Saint-MathieuVoir l'image en grand Plan de l’île de l’école Mage, XVIIIe s.

De cette première génération hospitalière médiévale, seul l’hôpital Saint-Eloi parvient à traverser les siècles jusqu’à nos jours. Etabli à l’origine hors les murs, dans le faubourg de Lattes, il est déplacé en 1577 intra-muros en raison des guerres de Religion et de l’insécurité permanente, puis installé définitivement en 1599 à l’emplacement de l’ancienne faculté des arts (école mage), rue de l’Université actuelle. Placé sous administration communale, il devient en 1694 Hôtel-Dieu Saint-Eloi, principal hôpital de la ville. Dès le début du XVIe siècle, un médecin puis un chirurgien sont attachés en permanence à son service. Les archives nous renseignent également sur les drogues et médecines que les apothicaires fournissent à cet hôpital. A la suite d’un remembrement de l’îlot, l’hôpital est considérablement agrandi et entièrement reconstruit en trois campagnes : d’abord le corps central du bâtiment (c.1660-1760), puis la façade principale (1760-1816) et enfin l’arrière de l’édifice (1838-1860). Désaffecté en 1890, il est transformé en « palais universitaire ». C’est aujourd’hui le Rectorat.

 

AMM, 2Fi53, aquarelleVoir l'image en grand Plan du bâtiment des insensés par Fovis, 1820L’Hôpital général

L’Hôpital général est une création du XVIIe siècle. En 1662, Louis XIV ordonne la réunion des petites fondations charitables des villes françaises sous le nom d’Hôpitaux Généraux. Fondé en mai 1679 et administré par le chapitre cathédral Saint-Pierre, celui de Montpellier a vocation d’hospice pour les invalides et les vieillards. Ce n’est qu’après la Révolution qu’il va progressivement changer de statut et d’orientation pour l’accueil des malades. Au cours du XIXe siècle, les transformations qui vont s’opérer dans le secteur médical et sanitaire se voient traduites par l’adjonction de bâtiments annexes. Ainsi, entre 1822 et 1824, on édifie un asile pour les aliénés, qui succède aux « petites maisons », cellules d’isolement pour les malades mentaux, de l’hôpital Saint-Eloi. Organisé autour d’une cour d’architecture néoclassique, il s’agit du premier hôpital psychiatrique de Montpellier. Au XXe siècle, la construction des cliniques Saint-Charles en 1939 répond au souci de regrouper les spécialités médico-chirurgicales dans un même hôpital moderne, à savoir, la neurologie, la dermatologie, l’urologie, l’oto-rhino-laryngologie et l’ophtalmologie. L’ensemble est désaffecté à la fin du siècle dernier et requalifié en résidence de standing et pôle de recherche universitaire.

 

L’Hôpital suburbain AMM, 2Fi55, plan annotéVoir l'image en grand Plan général de l’hôpital suburbain, c. 1890

Le développement progressif des spécialités au cours des XIXe et XXe siècles, la croissance urbaine et le besoin d’espace et de locaux adaptés pour l’accueil des malades vont susciter un mouvement de déplacement des activités médicales du centre vers la périphérie de la ville, dans un secteur que l’on appelle aujourd’hui quartier Hôpitaux-Facultés. À partir de 1880, il est envisagé d’abandonner l’Hôtel-Dieu Saint-Eloi pour construire un nouvel hôpital répondant aux exigences modernes d’hygiène. Le 24 mai 1890, « l'Hôpital suburbain » est inauguré, premier jalon de cette transhumance dans une zone non encore urbanisée. Il en résulte un ensemble très compartimenté par spécialité et des bâtiments segmentés pour prévenir les risques de contagion. Ce nouvel hôpital retrouvera en 1930 son nom originel sous l'appellation de clinique Saint-Eloi, puis en 1976 d'Hôpital St-Eloi. Après lui, l’établissement psychiatrique de Font d’Aurelle (alias La Colombière) reçoit à partir de 1909 les malades mentaux venus de l’Hôpital Général. La création du Centre Hospitalier Universitaire en décembre 1958 (Réforme Debré) conduit au dernier grand renouvellement des hôpitaux : Gui de Chauliac, Lapeyronie et Arnaud-de-Villeneuve ouvrent respectivement en 1972, 1982 et 1993.

Médecine et santé publique

AMM, BB191, pièces extraitesVoir l'image en grand Examen de la lèpre, 1497La prévention des maladies contagieuses

De tout temps, les médecins montpelliérains se préoccupèrent de la prévention des maladies infectieuses. Dès le Moyen Âge, ils n’hésitèrent pas à sortir de la Faculté et à agir sur le terrain, même à prendre des risques en temps d’épidémie, tel Gui de Chauliac durant la grande peste de 1348. C’est ainsi que les autorités municipales ont régulièrement fait appel aux grandes figures de la médecine montpelliéraine pour conseil et expertise, afin de préserver la santé de la population et d’améliorer les conditions d’hygiène. Ici sont convoqués deux médecins de haut vol : Honoré Piquet, doyen de l’Université de médecine, et Gilbert Griffy, son successeur à ce poste. Les deux hommes seront d’ailleurs nommés l’année suivante par le roi Louis XII chacun à la tête d’une des quatre régences créées pour rénover les études de médecine. Il s’agit pour eux d’examiner un certain Sauveur Pereyra, paysan et tamiseur de farine, suspecté d’être atteint de la lèpre. Le risque de contamination est important pour les habitants du fait de sa profession en contact avec un produit de première nécessité. Leur diagnostic est positif et ils recommandent de l’isoler et de l’envoyer à la maladrerie des lépreux.

 

L’hygiène alimentaire AMM, HH23, subsistances : boulangerieVoir l'image en grand Rapport d’expertise sur la qualité du pain, 1737

François Chicoyneau (1672-1752), chancelier de l’Université de médecine puis médecin du roi Louis XV, est un homme de terrain. C’est lui qui dirige en 1720, lors de la peste de Marseille, une mission médicale montpelliéraine. Les images populaires largement diffusées à l’époque répandront son portrait vêtu d’un grand habit noir et muni d’un masque au long nez proéminent. Ici, il est question d’examiner plus prosaïquement deux pains de qualité douteuse : « nous les avons goutés et sentis tous les deux, et avons trouvé qu’ils avoint un gout et une odeur de moisysure et de pourriture ce qui nous a paru encor marqué plus sensiblement en faisant chauffer les dits pains, ce qui nous a fait juger que l’usage d’un tel pain ne peut estre que tres pernicieux et capable de causer des maladies populaires tres dangereuses ». Le Bureau de police de la Ville sous l’Ancien Régime est chargé de vérifier la qualité des blés, des farines et de la viande, et il s’adjoint régulièrement les services de médecins pour vérifier si la nourriture n’est pas avariée et si leur consommation ne présente aucun risque pour la santé.

 

AMM, 40S, fonds Emile Bertin-SansVoir l'image en grand Etude sur les eaux de Montpellier, 1889La qualité des eaux de consommation

Emile Bertin-Sans (1832-1924) occupa la chaire d’hygiène à la Faculté de médecine. Très impliqué dans la vie publique, il fut conseiller municipal, administrateur des hospices de la ville et on lui doit le transfert de l’hôpital Saint-Eloi à l’Hôpital suburbain. Ses recherches concernent la fièvre typhoïde, infection due à une bactérie qui se propage habituellement par l'eau. La question de la qualité des eaux de consommation le préoccupe donc particulièrement, ce qui l’amène à rédiger en 1889 pour le préfet de l’Hérault un rapport sur les eaux qui arrivent à Montpellier au château d’eau du Peyrou. Il en conclut qu'il existe une présence importante de microorganismes dans les eaux de Montpellier, dont il ne peut déterminer cependant ni la nature, ni la nocivité pour la santé. Pour lui, ces eaux sont potentiellement insalubres et donc susceptibles de provoquer des infections intestinales. Il recommande à la municipalité de faire des travaux aux réservoirs, de modifier la prise d’eau du Lez et de réglementer l’usage de l’eau des puits représentant un potentiel danger épidémique.

 

Le développement de la médecine pédiatrique scolaire AMM, 1R84, inspection médicale scolaireVoir l'image en grand Lettre de motivation de Véra Kovarsky, 1927

Les lois sur l’enseignement primaire de 1886 prévoient la mise en place d’une inspection médicale scolaire. A Montpellier, on n’hésite pas à faire appel aux membres de la Faculté, notamment aux membres de la clinique ophtalmologique, pour l’inspection des yeux. Un Service d’inspection médicale des écoles, rattaché au Bureau municipal d’hygiène, est créé officiellement en 1926. Les autorités municipales veillent à la santé tant physique qu’intellectuelle des enfants. C’est alors que candidate Véra Kovarsky, jeune diplômée, orientée par l’Inspecteur d’Académie. Elève de Marcel Foucault, professeur de philosophie à la Faculté des Lettres, elle a été formée au sein de son laboratoire de psychologie appliquée, étudiant « les capacités mentales et les aptitudes motrices des enfants ». En 1928, elle est recrutée comme psychologue scolaire, chargée du service d’orientation professionnelle. Elle met en application les méthodes de la psychologie expérimentale, laquelle n’est pas pratiquée en France à l’époque. D’origine juive polonaise, elle doit cesser son activité professionnelle en 1941 en application des lois du régime de Vichy. Ses travaux portent en particulier sur les relations entre les troubles de la parole et la gaucherie contrariée. Dès 1937, elle milite pour la réhabilitation des gauchers dans l'opinion publique et son action sera déterminante dans l’évolution des mentalités. Après-guerre, elle sera chef de Laboratoire de Phoniatrie dans le service O.R.L. du professeur Terracol à Montpellier. Ses recherches seront récompensées par l’Académie des Sciences et par l’Académie de Médecine.

La médecine en temps de crises : guerres et épidémies

AMM, EE930, fol. 13v°-14, « registre des médicaments »Voir l'image en grand Ordonnances de Pierre Sanche, 1622Montpellier assiégé

1622, Louis XIII descend avec ses armées dans le Midi réduire la rébellion protestante. Montpellier se prépare au siège et s’enferme derrière une double enceinte bastionnée. Les Montpelliérains reçoivent le renfort de plusieurs centaines de soldats venus de tout le Languedoc et même d’au-delà. Les troupes royales se présentent devant la ville au mois de juillet. Le premier consul Aymeric d’Estienne organise l’état de siège et mobilise les médecins et docteurs de l’Université aux frais de la commune pour soigner les militaires, blessés ou tout simplement malades. Dans ce registre, sont notées les prescriptions médicales faites durant le siège par, entre autres, Pierre Sanche, jeune praticien issu d’une famille d’apothicaires protestants, entre le 31 juillet et le 10 novembre 1622. À chaque fois, l'identité du soldat, sa compagnie voire sa nationalité, s’il est étranger, et le nom de la personne chez qui il loge sont indiqués. L’ordonnance est en latin et comprend toute sorte de laxatifs, purgatifs et emplâtres : sirops de chicorée, de jacinthe ou de citron, clystères remplis de potions diverses, pierre de bézoard et même de l’huile de vers de terre. On ignore si cette médecine fut efficace, mais les Montpelliérains résistèrent sept semaines durant et le siège s'acheva sur un statu quo.

 

La peste à Montpellier AMM, Joffre 696 bis, fol. 99, « Comptes de la peste »Voir l'image en grand Compte de François Ranchin, 1629

1629, une terrible épidémie de peste ravage le Languedoc et la Provence. Cette année-là, François Ranchin (c. 1560-1641), chancelier et professeur en l’Université de médecine, accède à la fonction suprême de premier magistrat de la ville. Fait exceptionnel – les médecins sont exclus du consulat depuis les premiers statuts au XIIIe siècle – à situation exceptionnelle. Selon le portrait élogieux dressé par l’historien Louis Dulieu, « il se signala par un courage exemplaire, montrant des qualités d’organisateur remarquables et une énergie inflexible. S’il ne put arrêter spontanément l’épidémie, il limita certainement ses ravages, comme se plurent à le reconnaître tous ses contemporains. En outre, il paracheva son œuvre en procédant à une désinfection totale de la ville, maison par maison, avant de permettre aux habitants logés dans des baraquements des faubourgs d’en reprendre possession. » En effet, Ranchin parvient à contenir l’épidémie en imposant des quarantaines à la population, et il innove en faisant procéder à la désinfection de la ville, confiée au père Tamisier et au sieur Tougas pour 7500 livres. Une centaine de personnes est mobilisée : mise en place d’une milice de la santé, appel aux médecins et chirurgiens, recrutement de « désinfecteurs », « gardes et servicials des infects », et « corbeaux et carnassiers » employés à la tâche ingrate d’enterrer les morts. Ranchin tirera de cette expérience plusieurs opuscules réunis sous le titre de Traité politique et médical de la peste, manuel hygiéniste de santé publique.

 

Musée du Vieux Montpellier, A 2012.1.5, miniatureVoir l'image en grand Portrait du docteur Chrestien par Matet, 1834Le choléra à Montpellier

1832, 1835, le choléra frappe à deux reprises coup sur coup Montpellier. La deuxième pandémie de choléra (1829-1837), venue d’Inde, touche pour la première fois la France. Cent-dix ans après la peste de Marseille, cette épidémie meurtrière met fin à un siècle « heureux » marqué par un pic démographique. On met en place des cordons sanitaires, on mobilise les agents municipaux pour évacuer les cadavres. Les médecins sont plutôt désemparés. Seul André-Thérèse Chrestien (1802-1876), jeune docteur montpelliérain attaché aux bains de Balaruc, semble s’y intéresser et publie alors une Étude du choléra-morbus à l’usage des gens du monde (1835). Neveu du professeur André-Jean Chrestien (1758-1840), il sera également professeur agrégé à la Faculté de Médecine. Le choléra frappe surtout les esprits des gens du peuple, premières victimes de la contagion, qui se tournent vers la religion et la charité paroissiale. Ainsi, l’épidémie de choléra marque le renouveau du culte de saint Roch à Montpellier, en tant que saint guérisseur. De nouvelles reliques du saint sont transférées à Montpellier en 1838 et on envisage très vite la construction d’une église.

 

Montpellier, hôpital de l’arrière AMM, 17S36, photographieVoir l'image en grand Alfred Droniou et son dynamomètre, c. 1916

En août 1914 éclate le premier conflit mondial. Dès le mois d’août est organisée l’évacuation des blessés vers « l’arrière » sur tout le territoire. A Montpellier, on réquisitionne à cet effet les deux hôpitaux permanents (l’Hôpital mixte suburbain et l’Hôpital général), ainsi que 12 établissements (lycées, écoles normales, institutions religieuses) transformés en « hôpitaux complémentaires » créés pour la durée de la guerre. Le nombre de lits disponibles variera entre 5500 et 6200. On soigne les blessés, mais se pose très vite le problème des soldats atteints trop gravement qui ne pourront repartir au front. Montpellier se spécialise notamment dans l’accueil des militaires tuberculeux, avec la création de sanatoriums. L’Hôpital complémentaire n°43, ancien Collège catholique aujourd’hui rasé (poste Rondelet), est désigné à partir de 1916 comme « dépôt de convalescents », dirigé par le Dr Henri Diffre qui mène un travail de rééducation des invalides. Après la guerre, cet établissement devient une école des mutilés, centre spécialisé pour les anciens soldats. Il accueille des « gueules cassées ». Les Archives municipales ont reçu récemment en don une série de photographies de blessés de guerre réalisées par Alfred Droniou (1893-1960). Ce Parisien, dessinateur industriel, avait été affecté dans les hôpitaux militaires du Languedoc, et il travaille durant la guerre à concevoir des appareillages dentaires adaptés pour des soldats infirmes de leur mâchoire. Il utilise ainsi un dynamomètre de mesure de force de mastication pour ajuster les prothèses aux besoins individuels de chaque « gueule cassée », qu’il expérimente d’abord sur lui.

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