Agora des savoirs 2018-2019

Depuis son lancement, l'Agora des Savoirs a proposé 220 conférences et attiré plusieurs dizaines de milliers d’auditeurs au Centre Rabelais. Pour sa dixième saison, l'Agora des Savoirs vous propose trois cycles de conférences de novembre à avril, pour découvrir les dernières avancées des sciences !

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Cycle 1 : Novembre-Décembre 2018

Mercredi 7 novembre 2018

Notre histoire intellectuelle et politique : 1968-2018

Pierre Rosanvallon

Comment les enthousiasmes de Mai 68 ont-ils cédé le pas au désarroi des années 1980 et 1990 puis au fatalisme qui, depuis les années 2000, barre notre horizon politique et intellectuel ? Pourquoi la gauche s’est-elle enlisée dans un réalisme d’impuissance ou dans des radicalités de posture, au point de laisser le souverainisme républicain et le national-populisme conquérir les esprits ? Pierre Rosanvallon se confronte ici à ces questions d’une double manière. En tant qu’historien des idées et philosophe politique, il s’attache à réinscrire les cinquante dernières années dans l’histoire longue du projet moderne d’émancipation, avec ses réalisations, ses promesses non tenues et ses régressions. Mais c’est également en tant qu’acteur et témoin qu’il aborde la lecture rétrospective de la séquence dont Mai 68 a symbolisé l’amorce. Son itinéraire personnel, les entreprises intellectuelles et politiques qui l’ont jalonné et les personnalités qui l’ont accompagné renvoient plus largement à l’histoire de la deuxième gauche, avec laquelle sa trajectoire s’est pratiquement confondue, et, au-delà, à celle de la gauche en général, dont l’agonie actuelle vient de loin. À travers le retour sincère et lucide sur son cheminement, avec ses idées forces et ses doutes, ses perplexités et ses aveuglements, c’est une histoire politique et intellectuelle du présent que Pierre Rosanvallon retrace, dans des termes qui conduisent à esquisser de nouvelles perspectives à l’idéal d’émancipation.

Pierre Rosanvallon est professeur au Collège de France, où il est titulaire de la chaire d’histoire moderne et contemporaine du politique. Il préside la République des Idées (www.repid.com), atelier intellectuel qui publie ses livres en coédition avec les éditions du Seuil. Il dirige également la collection « Les livres du nouveau monde », au Seuil.

Mercredi 14 novembre 2018

La part sauvage du monde : penser la nature dans l’Anthropocène

Virginie Maris

La nature n’est pas morte ! Indocile et récalcitrante elle peuple notre imagination et nos paysages. Cette altérité participe à notre liberté ! Il n’y aurait plus sur cette Terre que les humains, leurs productions et leurs déchets. Et si rien de vierge ou de sauvage ne demeure qu’il faille préserver, le temps est venu de prendre pour de bon les commandes d’un système-terre produisant des biens et délivrant des services au bénéfice exclusif de l’humanité. À rebours de ces appels à la gestion globale du monde, l’ambition de cette conférence est de réhabiliter l’idée d’une nature sauvage caractérisée par son extériorité, son altérité et son autonomie. Reconnaître l’extériorité de la nature, c’est accepter que nous ne sommes pas les créateurs de ce monde que nous partageons avec l’ensemble des vivants. Reconnaître l’altérité de la nature, c’est admettre l’hétérogénéité radicale qui existe entre les affaires humaines et le monde sauvage. Enfin, reconnaître l’autonomie des entités naturelles, c’est penser la façon dont les vivants non-humains constituent leur monde tout comme nous constituons le nôtre et se donner les moyens de respecter et de valoriser ces mondes multiples. Cette conférence est une invitation à reconsidérer cette nature indocile et récalcitrante qui peuple notre imagination, nos paysages, cette altérité qui finalement participe à notre liberté.

Virginie Maris est philosophe au CNRS et membre du Comité national de la biodiversité. Ses travaux portent sur la biodiversité, le développement durable, l’écoféminisme, les rapports entre économie et environnement. Elle est l’auteure de Philosophie de la biodiversité. Petite éthique pour une nature en péril (Buchet/Chastel, 2010) ainsi que de Nature à vendre. Les limites des services écosystémiques (Quæ, 2014).

Mercredi 21 novembre 2018

Il faut dire que les temps ont changé... : chronique (fiévreuse) d'une mutation qui inquiète

Daniel Cohen

Nous sommes en train de comprendre ce qui s’est passé depuis cinquante ans. L’hystérie du monde du travail, la grande protestation des peuples, l’enfermement des nouvelles générations dans une espèce de présent perpétuel, sont les conséquences de l’effondrement d’une civilisation : celle de la société industrielle. L’une après l’autre, les utopies de gauche et de droite se sont fracassées sur une réalité qu’il est désormais possible de désigner par son nom : la société digitale. Elle nous transforme en une série d’informations qu’un logiciel peut traiter à partir de n’importe quel point du globe. Une immense frayeur traverse la société. Le travail à la chaîne d’hier a-t-il laissé la place à la dictature des algorithmes ? Les réseaux sociaux sont-ils le moyen d’un nouveau formatage des esprits ? Par un formidable retour en arrière, les questions de l’ancien monde sont en train de resurgir au cœur du nouveau. Les temps changent, mais vont-ils dans la bonne direction ? Cette conférence permet de comprendre le désarroi dont le populisme est l’expression. Daniel Cohen y décrypte des événements dont le sens nous échappe parfois, tout en ayant l’ambition de veiller à la défense des valeurs humanistes au nom desquelles le nouveau monde a, aussi, été créé.

Daniel Cohen, Directeur du département d'économie de l’École Normale Supérieure et membre fondateur de l’École d’Économie de Paris, a publié de nombreux livres à succès dont, entre autres, La prospérité du vice et Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux. Il a également reçu le Prix du livre d’économie en 2000 et 2012.

Mercredi 28 novembre 2018

L’aventure de la biodiversité : d’Ulysse à Darwin, 3000 ans d’expéditions naturalistes

Hervé Le Guyader

Le concept de biodiversité, aujourd’hui au cœur des préoccupations est le fruit d’une formidable aventure humaine. Depuis l’Antiquité, l’Homme explore « sa » planète. Les animaux ou les végétaux qu’il a rencontrés lors de ses expéditions ne l’ont jamais laissé indifférent. Petit à petit, son regard sur la nature a changé et il a pris conscience de l’importance de répertorier les espèces vivantes, de les étudier, puis, récemment, de les préserver. Hervé Le Guyader nous fait revivre les meilleurs moments de cette saga, depuis l’Antiquité jusqu’à la fin du XIXe siècle, à travers 32 récits d’expéditions et 240 illustrations couleurs originales. Le grand public pourra suivre les captivantes aventures au bout du monde de Marco Polo, Cook, La Pérouse ou encore Darwin, et découvrir de multiples facettes biologiques de la biodiversité actuelle ou passée. Il comprendra ainsi qu’un éléphant nain est à la source du mythe du cyclope ou comment le café est arrivé en Europe, découvrira à quoi ressemblait la gigantesque vache de mer aujourd’hui éteinte ou quelle fut la première description d’une curiosité botanique devenue commune, la banane, ou encore quels étaient les ingrédients du chocolat originel...

Hervé Le Guyader est professeur de biologie évolutive à l'université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI). Il a dirigé le laboratoire Systématique, Adaptation, Évolution (UMR 7138) et l'école doctorale de Diversité du vivant. Il est notamment l’auteur, avec Guillaume Lecointre, de la Classification phylogénétique du vivant (2 tomes, Belin, 4e édition revue et augmentée 2017).

Mercredi 5 décembre 2018

La société du concours, l’empire des classements scolaires

Annabelle Allouch

Que ce soit à Polytechnique ou dans l’émission « Top Chef », le concours s’est imposé comme la principale mesure du mérite individuel. Avec ses méthodes : épreuves, jury, hiérarchie. Et avec ses corollaires : compétition, stress, inégalités en tous genres. De l’ENA à Oxford en passant par le Gao Kao chinois, ce mode de classement ne cesse de favoriser la reproduction sociale. Pourtant, il s’est diffusé à de nouveaux espaces, bien au-delà des grandes écoles. Pour répondre aux critiques qu’on leur adresse depuis un demi-siècle, les institutions d’élite ont reformulé leurs modes de sélection, mais sans toujours en modifier la nature. Ainsi se perpétue la société du concours, avec sa frénésie de sélection et sa mise en concurrence généralisée. Nous en sommes à la fois les produits et les victimes.

Chercheuse associée à Sciences Po, Annabelle Allouch est maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Picardie-Jules Verne.

Mercredi 12 décembre 2018

L’intelligence artificielle et les chimpanzés du futur : pour une anthropologie des intelligences

Pascal Picq 

Dans Qui va prendre le Pouvoir : les grands singes, les hommes politiques ou les robots, Pascal Picq avait donné cet avertissement : si nous ne sommes pas capables de comprendre les intelligences des grands singes, alors nous serons en mauvaise posture avec les intelligences artificielles. Alors, est-ce que l’humanité est en passe d’être dépassée sur ce qui faisait sa supériorité jusque-là sur les animaux et les machines : l’intelligence ? Depuis la disparition des derniers Néandertaliens et celle annoncée des grands singes, l’humanité s’est emmurée dans une arrogance lui laissant croire qu’elle avait l’apanage de toutes les intelligences. Ce qu’on appelle « le réveil de l’IA » ébranle cette certitude fondée sur trop d’ignorance. Pourquoi ne sommes-nous pas capables de comprendre les autres intelligences, animales ou artificielles ? Car il convient d’admettre qu’il n’y a pas une intelligence animale comme il y aurait une intelligence artificielle. Cet essai retrace les fondements des intelligences animales, humaines et artificielles dans une approche évolutionniste. Comment ont-elles émergé ? En quoi diffèrent-elles ? En quoi certaines sont plus performantes pour résoudre tel ou tel problème ? La méconnaissance de l’évolution des intelligences comme de l’invention de l’intelligence artificielle créent incertitudes et inquiétudes. En fait, elles prennent des chemins évolutionnistes inversés. Les machines font plus facilement des choses qui nous semblent compliquées, comme jouer aux échecs ou au jeu de go, qu'elles ne sont capables d’effectuer des actes simples (pour nous), comme marcher et sauter ; c’est le « paradoxe de Moravec ». D’un point de vue évolutionniste, les machines accomplissent plus aisément des tâches ou actions inventées récemment par les hommes que celles apparues au cours de notre évolution.

Pascal Picq est paléoanthropologue. Ses recherches sur l’évolution de l’homme s’intéressent à ses origines comme aux profonds changements anthropologiques en cours. Ses précédents ouvrages parmi lesquels Qui va prendre le pouvoir ? Les grands singes, les hommes politiques ou les robots (2017), Le Retour de Madame Neandertal (2015), De Darwin à Lévi-Strauss (2013) ont été de grands succès.

Mercredi 19 décembre 2018

Penser comme un arbre

Jacques Tassin

Depuis quelques années, dans le sillage d’importantes découvertes scientifiques liées à la communication végétale, une tendance de fond nous incite à prendre l’arbre pour modèle, voire à pénétrer les arcanes de sa « vie secrète ». Mais, au-delà des métaphores et des analogies faciles, que peut-on vraiment espérer de ce nouveau rapprochement avec l’arbre ? Une source d’inspiration, un modèle écologique, la clé d’un nouveau bien-être fait d’ouverture et de partage ? Un écologue passionné nous livre ses réponses empreintes de science, de sagesse et d’un infini respect pour l’arbre : « L’arbre semble vouloir s’adresser aux grands primates irrévérencieux que nous sommes devenus. Des primates aujourd’hui perdus au bord du chemin pour avoir sottement oublié qu’ils vivaient sur la planète des arbres. » J. T.

 

Jacques Tassin est chercheur en écologie végétale au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Il a publié plusieurs livres sur le lien entre l’homme et les plantes.

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Cycle 2 : Janvier-Février 2019

Programmation à venir

Cycle 3 : Mars-Avril 2018

Programme à venir

Informations pratiques

Les conférences de l'Agora des Savoirs se déroulent tous les mercredis soirs (hors période de vacances scolaires), de 20h à 22h, du 7 novembre 2018 au 17 avril 2019, au Centre Rabelais.

Les conférences sont gratuites dans la limite des places disponibles.

 

Centre Rabelais

29 boulevard Sarrail, Esplanade Charles-de-Gaulle, Montpellier

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