Agora des savoirs 2017-2018

Rendez-vous incontournable des passionnés de la science et de la connaissance, l'Agora des Savoirs innove pour sa 9e saison en programmant quatre cycles de conférences qui se succèdent tous les deux mois, d’octobre à mai !

Un article présent dans la rubrique :

Cycle 2 : DES HOMMES, DES DIEUX, DES ROBOTS

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Chaque conférence de l'Agora des savoirs est diffusée en direct sur le site de la ville et la chaîne youtube de la ville.

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Mercredi 6 décembre

Où en sommes-nous ? : une esquisse de l'histoire humaine

Emmanuel Todd

De l'émergence d'homo sapiens à nos jours, cette brève histoire de l'humanité est délibérément tournée vers l'intelligence du monde tel qu'il se recompose sous nos yeux.
Or, c'est dans les profondeurs les moins conscientes de la vie sociale, celles auxquelles Emmanuel Todd a consacré sa vie de chercheur, que gît l'explication de ce qui nous apparaît aujourd'hui comme le grand désordre du monde.
Il s'agit ainsi de saisir la dynamique de longue durée des systèmes familiaux, l'articulation de ces systèmes avec la religion et l'idéologie, d'explorer les ruptures induites par le progrès éducatif si l'on veut comprendre l'effet de divergence qui affecte les nations avancées : le paradoxe d'un homo americanus simultanément innovateur et archaïque, le phénomène Trump, le manque de réalisme des volontés de puissance allemande et chinoise, l'efficacité russe, la renonciation japonaise, les récentes métamorphoses de l'Europe et le Brexit.
Cette revisitation magistrale de l'histoire de l'humanité nous permet finalement d'apercevoir en toute lucidité ce qui nous attend demain.

Emmanuel Todd est historien et anthropologue. Il a notamment publié Le Rendez-vous des civilisations (Seuil, 2007, avec Youssef Courbage), Après la démocratie (Gallimard, 2008), L’Origine des systèmes familiaux (vol. 1, Gallimard, 2011) et Qui est Charlie ? (Seuil, 2015).

Mercredi 13 décembre

Le marché halal ou l'invention d'une tradition

Florence Bergeaud-Blackler

Du simple rituel d'abattage au tourisme halal, en passant par les aliments, les médicaments et la mode, le marché halal s'étend sur tous les continents. La liberté d'interprétation des textes dont bénéficiaient les autorités religieuses traditionnelles a été peu à peu remplacée par un espace normatif où le fidèle n'aurait le choix que de chercher le halal et d'éviter ce qui ne l'est pas. Et la surveillance qui s'exerce sur les produits charia-compatibles par le biais d'intermédiaires mi-marchands mi-religieux s'applique désormais aussi aux conduites de leurs acheteurs.
Qu'est-ce qui a rendu possible un tel élargissement du « système halal », faisant de tout fidèle musulman un consommateur, et de l'Umma une puissance économique ? Du coeur des abattoirs jusqu'aux comités normatifs où se décident nos politiques économiques, cette conférence raconte la rencontre improbable entre deux utopies de la fin du XXe siècle, le fondamentalisme islamique et le néolibéralisme.
Montrant que la récente invention du marché halal n'aurait pas été possible si les intérêts marchands n'étaient pas passés avant la neutralité de l'État et la liberté religieuse, Florence Bergeaud-Blacker décrypte également les enjeux des controverses qui divisent la société française : l'abattage rituel et le bien-être animal, les repas halal dans les institutions publiques ou les entreprises, etc.

Florence Bergeaud-Blackler est docteur en anthropologie, chargée de recherche au CNRS à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman, Aix-Marseille Université. Auteur de plusieurs ouvrages (dont Comprendre le halal, Edipro, 2010 ; Le sens du halal : une norme dans le marché mondial (dir.), CNRS éditions, 2015), elle travaille depuis 20 ans sur le marché halal dont elle est une des rares à avoir suivi l'évolution.

Mercredi 20 décembre

Star Wars, un récit devenu légende : conflits, passions et trahisons : la saga décryptée

Nicolas Allard

Star Wars n'est pas simplement un succès planétaire aux centaines de millions de spectateurs. Ses films et son univers sont au cinéma ce que la Comédie humaine et l'Iliade sont à la littérature : un récit complexe et passionnant où se mêlent actions, passions et intrigues, riche d'ellipses, hyperboles, distorsions temporelles et autres ressorts narratifs.

Cette conférence nous propose de découvrir ou de redécouvrir Star Wars et chacun de ses épisodes sous un angle inédit et original. De La Menace fantôme à Rogue One, elle s'attachera à identifier et à analyser les principaux procédés littéraires qui structurent le récit, font sa cohérence et sa force, forgent la psychologie de ses personnages et la nature de leurs liens.
Savamment documentée, rédigée par un passionné, cette enquête vous révèle toute la richesse de cette oeuvre foisonnante, intemporelle et universelle.

Nicolas Allard est professeur agrégé de lettres modernes et membre du jury du CAPES externe. Docteur en lettres, il enseigne en classe préparatoire littéraire et scientifique.

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Mercredi 17 janvier

Les âmes sauvages : face à l’Occident, la résistance d’un peuple d’Alaska

Nastassja Martin

Qui sont ces hommes qui se nomment eux-mêmes les Gwich’in et peuplent les forêts subarctiques ? Sont-ils encore de fiers guerriers qui poursuivent les caribous jusque sur l’échine arctique de la Terre, ou ressemblent-ils plutôt à des humains dévastés par la colonisation occidentale qui titubent dans les rues verglacées des villes du Nord sous les effets de l’alcool ? Et que dire du territoire qu’ils habitent, l’Alaska contemporaine ? Cette terre demeure-t-elle fidèle aux images de nature sublime et préservée qui peuplent nos esprits d’Occidentaux, ou disparaît-elle face aux réalités énergétiques, politiques et
économiques qui la transforment en un champ de bataille jonché de mines à ciel ouvert et d’exploitations pétrolières ? À l’heure du réchauffement climatique, aucun de ces clivages ne subsiste. Les mutations écologiques du Grand Nord sont telles qu’elles brouillent le sens commun et balayent toutes les tentatives de stabilisation, de normalisation et d’administration des écosystèmes arctiques et de leurs habitants. Loin de toute folklorisation indigéniste et de tout manifeste écologiste, ce livre s’attache à retranscrire les réalités des hommes qui parlent encore à l’ombre des arbres et sous le sceau de leur secret. Les âmes sauvages de l’Alaska sont celles qui se meuvent dans les plis d’un monde en révolution, et qui font de la métamorphose continuelle des choses et de l’incertitude des êtres un mode d’existence à part entière.

Nastassja Martin est anthropologue, diplômée de l’École des hautes études en sciences sociales, spécialiste des populations arctiques. Les Âmes sauvages est son premier livre.

Mercredi 10 janvier

Sunnites et Chiites : histoire politique d'une discorde

Laurence Louër

Lorsque l'on évoque les relations entre les sunnites et les chiites, on les caractérise volontiers comme une guerre sans fin qui durerait depuis plus d'un millénaire. Elle aurait pour fondement des haines ancestrales liées à des divergences à propos de la succession du prophète Mahomet.

Or, au cours de l'histoire, ces controverses ont été activées ou désactivées en fonction du contexte politique, notamment quand le sunnisme et le chiisme ont servi d'idéologies de légitimation à des États rivaux. Aujourd'hui, la rivalité entre l'Arabie saoudite et l'Iran s'est substituée au conflit entre les Ottomans et les Safavides au XVIe siècle. Elle internationalise et lie entre eux des conflits locaux qui étaient indépendants, introduit des enjeux religieux dans des luttes politiques, rigidifie des identités confessionnelles fluides. Pour comprendre ces dynamiques, cette conférence propose à la fois une
histoire globale des relations entre sunnites et chiites et une étude historique et sociologique de quelques situations nationales, du Liban à l'Iraq en passant par le Yémen et le Pakistan.

Laurence Louër est professeure associée à Sciences Po, rattachée au Centre de recherches internationales (CERI). Elle a été consultante permanente au Centre d'analyses et de prévisions du ministère français des Affaires étrangères entre 2004 et 2009, ainsi que rédactrice en chef de la revue scientifique Critique internationale entre 2006 et 2016. Arabisante, elle travaille sur les politiques de l'identité au Moyen-Orient. Elle a notamment publié : Chiisme et politique au Moyen-Orient, Autrement, 2008.

Mercredi 31 janvier

Le mythe de la singularité : faut-il craindre l'intelligence artificielle ?

Jean-Gabriel Ganascia

L'intelligence artificielle va-t-elle bientôt dépasser celle des humains ? Ce moment critique, baptisé « Singularité technologique », fait partie des nouveaux buzzwords de la futurologie contemporaine et son imminence est proclamée à grand renfort d'annonces mirobolantes par des technogourous comme Ray Kurzweil (chef de projet chez Google !) ou Nick Bostrom (de la vénérable université d'Oxford). Certains scientifiques et entrepreneurs, non des moindres, tels Stephen Hawking ou Bill Gates, partagent ces perspectives et s'en inquiètent.

Menace sur l'humanité et/ou promesse d'une transhumanité, ce nouveau millénarisme est appelé à se développer. Nos machines vont-elles devenir plus intelligentes et plus puissantes que nous ? Notre avenir est-il celui d'une cybersociété où l'humanité serait marginalisée ? Ou accéderons-nous à une forme d'immortalité en téléchargeant nos esprits sur les ordinateurs de demain ?

Jean-Gabriel Ganascia est professeur à l'université Pierre-et-Marie-Curie, où il mène des recherches sur l'intelligence artificielle au Laboratoire informatique de Paris 6 (LIP6). Il est président du comité national d'éthique du CNRS et a publié divers ouvrages dont le précurseur L'Âme machine, au Seuil en 1990.

Mercredi 24 janvier

Les âmes errantes

Tobie Nathan

Tobie Nathan évoquera son essai, Les âmes errantes, au sein duquel il pose un regard unique sur la question des jeunes radicalisés, fondée sur une expérience clinique.

En septembre 2014, l'État confie à Tobie Nathan le suivi d'une cinquantaine de jeunes gens en voie de radicalisation. Un an et demi plus tard, il rend un rapport, mais veut poursuivre la réflexion. Un livre est nécessaire. Trop de clichés sont colportés, trop d'idéologies brandies, trop de fausses réponses apportées. Qu'on pense à l'échec des centres dits de « déradicalisation ». Ou au célèbre « Expliquer, c'est déjà excuser » de Manuel Valls.

Quarante ans passés auprès des migrants, trois ans de consultations avec les jeunes radicalisés. Peu d'intellectuels ont pu les approcher aussi intimement. Il en dresse des portraits ciselés, touchants, empathiques. Tobie Nathan a mis à profit l'expérience d'une vie pour sonder ces âmes errantes et baliser pour elles un « éventuel chemin de retour ». Plus encore, il les approche « en frère ». Lui, le Juif, le migrant, l'enfant des cités, le révolté de Mai 68, se retrouve dans cette jeunesse d'aujourd'hui, engagée, combative, sûre de ses idéaux et de sa place dans l'Histoire. Jeu de miroirs entre radicaux d'hier et d'aujourd'hui : « Je leur ressemble », dit-il.

Romancier et intellectuel engagé, Tobie Nathan est né au Caire. Il quitte l'Egypte à huit ans pour s'installer en France où il fondera, en 1979, le Centre Georges Devereux, première consultation d'ethnopsychiatrie française. Professeur émérite de l'Université Paris 8, il y a enseigné la psychologie clinique et la psychopathologie. Parmi ses nombreuses publications : Ethno-roman (Grasset, 2012), récit d'une vie de migrant en France, L'étranger ou le pari de l'autre (Autrement, 2014) ou encore Ce pays qui te ressemble (Stock, 2015).

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Cycle 1 : l'Homme et la nature

Mercredi 4 octobre - Conférence inaugurale

À la recherche du sauvage idéal

François-Xavier Fauvelle

François-Xavier Fauvelle nous entraîne au bout de l'Afrique sur les traces d'un peuple oublié, ce peuple dont est issue la tristement célèbre « Vénus hottentote ». Au temps des Grandes Découvertes, son étrangeté radicale effraie ou émerveille. Voici donc le pire ou le meilleur des sauvages, en tout cas le plus exemplaire : il est ce que nous – Européens, modernes, conquérants – ne pouvons plus être.
Inadaptés au monde qui se construit à leurs dépens, ces femmes et ces hommes deviennent la caricature d'un peuple meurtri, bientôt retranché de la terre et de l'histoire. Bien avant leur disparition, les voici, en 1670, entourés de vaches et d'esprits, dans le campement où un chirurgien allemand, notre meilleur informateur, les a rencontrés. Ils ont un nom : les Khoekhoe.

« Je ne sais pas s'il faut haïr les voyages et les explorateurs. Ils vous convient, quelquefois malgré eux, à un outre-passement auquel il faut consentir. Au bout de la piste, si vous y avez consenti, si nous y avons mis assez de désir et de ténacité, peut-être serons-nous tous, le narrateur à coup sûr, la lectrice, le lecteur peut-être, devenus sauvages. »

François-Xavier Fauvelle est historien de l'Afrique à l'université de Toulouse. Il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages et d'une centaine d'articles scientifiques. Il a notamment publié Histoire de l'Afrique du Sud (Seuil, 2006) et Le Rhinocéros d'or. Histoires du Moyen Âge africain (Alma, 2013, Grand Prix des Rendez-vous de l'histoire de Blois).

Mercredi 11 octobre

Les Français et la nature Pourquoi si peu d'amour ?

Valérie Chansigaud

Les Français sont indifférents à la nature et à sa protection. Ce lieu commun est sans cesse réaffirmé depuis plus d'un siècle. Il est facile de répertorier de très nombreuses différences entre l'attitude des Français vis-à-vis de la nature et celle de leurs voisins germanophones et anglophones, dès lors que l'on parcourt l'histoire de la littérature, des sciences naturelles, de l'édition consacrée à la nature, de la chasse ou encore de la protection de l'environnement. La particularité française à l'égard de la nature doit être interrogée avec soin afin d'éviter les contresens. Cette conférence adopte une démarche originale en contextualisant l'histoire du rapport à la nature tel que vécu en France et en explorant le rôle joué par l'urbanisation, la ruralité, la géographie de l'industrialisation, la place des élites, la valorisation de la culture scientifique, l'exigence démocratique et la représentation des citoyens, etc. Cette approche permet alors de mieux comprendre la complexité de ces phénomènes et d'éviter les conclusions hâtives : la nature est certainement plus aimée et plus étudiée au Royaume-Uni ou en Allemagne qu'en France ; or, force est de constater que la biodiversité et les écosystèmes de ces pays ne sont pas en meilleur état que dans le nôtre.

Valérie Chansigaud, historienne des sciences et de l'environnement, étudie l'histoire des relations entre l'espèce humaine et la nature. Elle a publié de nombreux ouvrages aux éditions Delachaux et Niestlé, dont l'Histoire de l'ornithologie (2007), L'Homme et la Nature (2013, Grand Prix de l'Académie française en 2014) et Une histoire des fleurs (2014.)

Mercredi 18 octobre

Le sourire de Prométhée : L'homme et la nature au Moyen Âge

Fabrice Mouthon

Pour qui s'intéresse à la société médiévale, la question écologique peut sembler secondaire au regard du rapport à Dieu, des formes de domination ou de l'organisation politique. Les sciences paléo-environnementales, l'archéologie moderne et les textes de l'époque suggèrent pourtant que leurs rapports à la nature sont bien l'une des grandes questions que se posent les hommes du Moyen Âge. Remettant en cause le cliché d'une période de stagnation, livrée aux calamités naturelles, Fabrice Mouthon montre que ces rapports n'ont cessé d'évoluer. L'évêque mérovingien, le serf d'un domaine carolingien, l'hôte d'un village neuf du XIIe siècle, le théologien du XIIIe siècle, ou le maître de forge du XVe siècle ne partagent ni la même vision ni les mêmes attentes vis-à-vis de la nature. Après l'an mille cependant, la croissance démographique, l'amélioration des moyens techniques et la redécouverte de la science grecque ont peu à peu fait basculer l'Occident dans un nouveau paradigme. La maîtrise du monde sensible devient un but collectif légitime et réalisable. La nature est alors fortement mise à contribution.

Ainsi, si l'ouvrage couvre le millénaire médiéval, le coeur de l'enquête reste le grand développement des XIe, XIIe et XIIIe siècles, moment crucial de l'« invention de la nature », gardienne de la Création et de ses lois, et d'une prise de conscience écologique qui n'en a pas encore le nom.

Fabrice Mouthon est maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l'université de Savoie. Il travaille en étroite collaboration avec des archéologues et des scientifiques dans une approche transdisciplinaire. Il est l'auteur de plusieurs livres parmi lesquels Les communautés rurales en Europe au Moyen Âge : une autre histoire politique du Moyen Âge (Presses universitaires de Rennes, 2014).

Mercredi 8 novembre

La société écologique et ses ennemis
Pour une histoire alternative de l'émancipation

Serge Audier

Alors que monte la prise de conscience du péril environnemental, les obstacles à une véritable mutation écologique des sociétés contemporaines restent massifs et les modèles alternatifs peinent à s'imposer. Les traditions intellectuelles de la gauche semblent souvent impuissantes à apporter des réponses. Pire, n'ont-elles pas contribué, par leur culte des « forces productives », à l'impasse actuelle ?

Serge Audier exhume et reconstitue une pensée sociale de la nature et de l'émancipation, construite aux marges du « grand récit » socialiste et républicain.

De fait, cette tendance dissidente a été ignorée, marginalisée, voire combattue par les courants hégémoniques, qui ont souvent vu dans l'écologie un conservatisme traditionaliste ou un romantisme réactionnaire... Si les « ennemis » de la « société écologique » se trouvent bien entendu du côté des forces du capitalisme, il serait faux et dangereux d'oublier qu'ils font aussi partie de l'histoire même de la gauche et du socialisme dans ses orientations majoritaires, encore prégnantes.

Serge Audier, ancien élève de l’ENS-Ulm, agrégé et docteur en philosophie, est maître de conférences à l’université Paris-IV-Sorbonne. Il a notamment publié La Pensée anti-68 (La Découverte, 2008), Néolibéralisme (s). Une archéologie intellectuelle (Grasset, 2012) et Penser le néolibéralisme. Le moment néolibéral, Foucault et la crise du socialisme (Le Bord de l’eau, 2015).


L'Agora des Savoirs accompagne le salon de l'écologie, pour en savoir plus, rendez-vous sur : https://www.salon-ecologie.com/

Mercredi 15 novembre

Arbres filles et garçons fleurs
Métamorphoses érotiques dans les mythes grecs

Françoise Frontisi-Ducroux

Pourquoi, dans les mythes grecs de métamorphoses végétales, les jeunes filles sont-elles transformées en arbres, tandis que les garçons donnent en mourant naissance à de jolies fleurs ? Cette question est d'abord déterminée par la langue française, qui veut que la fleur soit un nom féminin et que l'arbre soit masculin. L'étonnement est peut-être moins grand pour un Italien habitué à penser les fleurs au masculin. Et que dire des langues qui prudemment font appel au neutre ? Mais chacun pense dans sa langue.

De fait nos noms de fleur font alterner les deux genres. À côté de la rose, paradigme du féminin depuis rosa – rosam – rosae... combien de lis, de narcisses et de glaïeuls dans nos jardins ? De roses d'ailleurs (neutre en grec : rhodon) il ne sera pas question, non plus que de marguerites, ni en tant que fleurs ni en tant que filles. Et, si l'on creuse un peu, les « jeunes filles en fleurs » se révèlent plus garçonnières encore que dans le récit proustien. Françoise Frontisi-Ducroux raconte des mythes anciens où des jeunes gens, filles et garçons, exposés au désir amoureux des dieux, se transforment en plantes. Syrinx poursuivie par le dieu Pan devient une brassée de roseaux. Hyacinthe, malencontreusement frappé par le disque de son amant, Apollon, meurt en faisant naître une jacinthe. Daphné, Myrrha, Narcisse, Adonis et quelques autres connaissent un sort semblable où le tragique s'associe à l'érotique...

Françoise Frontisi-Ducroux est helléniste et sous-directeur honoraire au Collège de France. Elle a publié, entre autres Dans l'oeil du miroir (avec Jean-Pierre Vernant, Odile Jacob, 1997), L'Homme-cerf et la Femme-Araignée (Gallimard, 2003), Ouvrages de dames. Ariane, Hélène, Pénélope... (Seuil, « La Librairie du XXIe siècle », 2009).

Mercredi 22 novembre

Où atterrir ? : Comment s'orienter en politique.

Bruno Latour


Cette conférence voudrait relier trois phénomènes que les commentateurs ont déjà repérés mais dont ils ne voient pas toujours le lien — et par conséquent dont ils ne voient pas l'immense énergie politique qu'on pourrait tirer de leur rapprochement : d'abord la « dérégulation » qui va donner au mot de « globalisation » un sens de plus en plus péjoratif ; ensuite, l'explosion de plus en plus vertigineuse des inégalités ; enfin, l'entreprise systématique pour nier l'existence de la mutation climatique.

L'hypothèse est qu'on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans, si l'on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. Tout se passe en effet comme si une partie importante des classes dirigeantes était arrivée à la conclusion qu'il n'y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants. C'est ce qui expliquerait l'explosion des inégalités, l'étendue des dérégulations, la critique de la mondialisation, et, surtout, le désir panique de revenir aux anciennes protections de l'État national.

Pour contrer une telle politique, il va falloir atterrir quelque part. D'où l'importance de savoir comment s'orienter. Et donc dessiner quelque chose comme une carte des positions imposées par ce nouveau paysage au sein duquel se redéfinissent non seulement les affects de la vie publique mais aussi ses enjeux

Bruno Latour, philosophe et sociologue des sciences, est professeur à Sciences-Po Paris. Il a écrit de nombreux ouvrages et articles sur l’anthropologie du monde moderne et notamment : Face à Gaïa: Huit conférences sur le nouveau régime climatique, (La Découverte, 2015.)

Mercredi 29 novembre

Jamais seul : ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations

Marc-André Selosse

Nous savons aujourd'hui que les microbes ne doivent plus seulement être associés aux maladies ou à la décomposition. Au contraire, ils jouent un rôle en tous points essentiel : tous les organismes vivants, végétaux ou animaux, dépendent intimement de microbes qui contribuent à leur nutrition, leur
développement, leur immunité ou même leur comportement. Toujours pris dans un réseau d'interactions microbiennes, ces organismes ne sont donc...jamais seuls.

Détaillant d'abord de nombreuses symbioses qui associent microbes et plantes, Marc-André Selosse explore les propriétés nouvelles qui en émergent et modifient le fonctionnement de chaque partenaire. Il décrypte les extraordinaires adaptations symbiotiques des animaux, qu'ils soient terrestres ou sous-marins. Il décrit nos propres compagnons microbiens – le microbiote humain – et leurs contributions, omniprésentes et parfois inattendues. Enfin, il démontre le rôle des symbioses microbiennes au niveau des écosystèmes, de l'évolution de la vie, et des pratiques culturelles et alimentaires qui ont
forgé les civilisations.

Professeur du Muséum national d'Histoire naturelle, Marc-André Selosse enseigne dans plusieurs universités en France et à l'étranger. Ses recherches portent sur les associations à bénéfices mutuels (symbioses) impliquant des champignons, et ses enseignements, sur les microbes, l'écologie et l'évolution. Il est éditeur de revues scientifiques internationales et d'Espèces, une revue de vulgarisation dédiée aux sciences naturelles.

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François-Xavier Fauvelle nous entraîne au bout de l'Afrique sur les traces d'un peuple oublié, ce peuple dont est issue la tristement célèbre « Vénus hottentote ». Au temps des Grandes Découvertes, son étrangeté radicale effraie ou émerveille. Voici donc le pire ou le meilleur des sauvages, en tout cas le plus exemplaire : il est ce que nous – Européens, modernes, conquérants – ne pouvons plus être.
Inadaptés au monde qui se construit à leurs dépens, ces femmes et ces hommes deviennent la caricature d'un peuple meurtri, bientôt retranché de la terre et de l'histoire. Bien avant leur disparition, les voici, en 1670, entourés de vaches et d'esprits, dans le campement où un chirurgien allemand, notre meilleur informateur, les a rencontrés. Ils ont un nom : les Khoekhoe.

« Je ne sais pas s'il faut haïr les voyages et les explorateurs. Ils vous convient, quelquefois malgré eux, à un outre-passement auquel il faut consentir. Au bout de la piste, si vous y avez consenti, si nous y avons mis assez de désir et de ténacité, peut-être serons-nous tous, le narrateur à coup sûr, la lectrice, le
lecteur peut-être, devenus sauvages. »


François-Xavier Fauvelle est historien de l'Afrique à l'université de Toulouse. Il est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages et d'une centaine d'articles scientifiques. Il a notamment publié Histoire de l'Afrique du Sud (Seuil, 2006) et Le Rhinocéros d'or. Histoires du Moyen Âge africain (Alma, 2013, Grand Prix des Rendez-vous de l'histoire de Blois).

Plus de vidéos pour Saison 9 Cycle 1

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Informations pratiques

Les conférences de l'Agora des Savoirs se déroulent tous les mercredis soirs (hors période de vacances scolaires), de 20h à 22h, du 4 octobre 2017 au 16 mai 2018, au Centre Rabelais.
Les conférences sont gratuites dans la limite des places disponibles.

Centre Rabelais
29 boulevard Sarrail, Esplanade Charles-de-Gaulle, Montpellier

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