130e anniversaire Opéra Comédie

Le 1er octobre 2018, aura lieu le 130e anniversaire de l’inauguration du Théâtre municipal Opéra Comédie. Tout au long de l’année, les Archives municipales proposeront chaque mois un document retraçant l’histoire du théâtre, des musiciens montpelliérains et des événements marquants de la vie musicale montpelliéraine.

Janvier : Un « bâtiment-monument » central dans l’urbanisme montpelliérain

Voir l'image en grand Place de la comédie vers 1950, carte postale, AMM, 6Fi915L’histoire de l’Opéra Comédie commence en 1740, lorsque le roi Louis XV accorde par lettres patentes à Antoine Rey, promoteur, l’autorisation de construire un théâtre sur des terrains vacants à proximité de la porte de Lattes. La première salle de spectacle et de concert, élevée à la périphérie de la ville, va devenir l’instrument d’un grand projet urbanistique s’étalant du XVIIIe siècle à nos jours, remodelant l’espace public montpelliérain. Avec lui, s’enclenche le mouvement irrésistible de déplacement du centre de gravité de la ville vers le sud-est, poursuivi avec la gare et aujourd’hui le nouvel Hôtel-de-Ville.

 La place de la Comédie, aménagée progressivement devant le théâtre, devient le nouveau cœur battant de Montpellier. D’abord étriquée, elle s’élargit avec la destruction des murailles de la Commune Clôture. En 1797, on y installe face à l’entrée du théâtre les emblématiques Trois-Grâces, qui ornaient à l’origine la fontaine de la place de la Canourgue. La reconstruction de l’édifice actuel, inauguré en 1888, lance l’hausmannisation de la place de la Comédie, dont l’alignement des façades s’organise en fonction de la perspective de l’Opéra. Vecteur de modernisation urbaine, il est le premier bâtiment public à bénéficier de l’électricité en raison des incendies qui l’ont frappé par deux fois, la Ville étendant aussitôt l’éclairage électrique aux rues avoisinantes. En 1986, la place de la Comédie devient le premier espace piétonnier de Montpellier, de nos jours l'un des plus importants d'Europe, mettant ainsi en valeur l’ensemble architectural. Lieu d’excellence culturelle et de célébrations populaires, comme ce fut le cas en 2012 lorsque le MHSC remporta le championnat de France de football, l’Opéra Comédie est l’un des symboles forts de la ville de Montpellier.

L’Opéra Comédie en dates

Voir l'image en grand Théâtre municipal, carte postale, AMM, 6Fi272

1740 : Premier projet du théâtre.

1752 : Le Conseil de Ville de Montpellier, sous l’impulsion du gouverneur de Languedoc, le duc de Richelieu, reprend le projet et le confie à l’architecte Philippe Mareschal.

22 décembre 1755 : Inauguration de la première salle de spectacle et de concert.

17-18 décembre 1785 : Premier incendie du théâtre, reconstruction du bâtiment par les architectes Donnat et Lenoir.

6 avril 1881 : Deuxième incendie du théâtre, la reconstruction de l’édifice est confiée à Joseph Cassien-Bernard, architecte parisien, élève de Charles Garnier, sur le modèle de l’Opéra de Paris.

14 juillet 1884 : Pose de la première pierre du nouveau théâtre, début du chantier de l’Opéra Comédie.

1er octobre 1888 : Inauguration de l’édifice actuel avec la représentation de l’opéra de Scribe, Deschamps et Meyerbeer, Les Huguenots.

1er octobre 1979 : Création de l’Orchestre de Montpellier, devenu orchestre national en 1999, qui marque la renaissance du théâtre.

21 juin 1986 : Inauguration de la place de la Comédie, plus grande place piétonne d’Europe.

17 décembre 1988 : Inauguration du Corum, puis en 1990 de l’Opéra Berlioz qui dote Montpellier d’une salle de spectacle de rang international. Ouverture à la même époque des théâtres Jean-Vilar et de Grammont. Évolution de l’Opéra Comédie en une salle dévolue à l’art lyrique.

Octobre 2010-avril 2012 : Dernier chantier de rénovation de l’Opéra Comédie.

L'Opéra Comédie en images

Le théâtre et la place de la Comédie comptent parmi les sujets favoris des photographes. Voici une sélection iconographique, présentant le théâtre de Montpellier à la Belle Epoque.

Février : Le théâtre avant le théâtre

Voir l'image en grand Archives Municipales Ville de Montpellier, 6S130 L’ancien théâtre en 1858, photographie

La Salle de spectacle et de concert (1755-1881)

Répondant au vœu du duc de Richelieu, gouverneur de Languedoc, de voir édifier à Montpellier une salle de spectacle (pour les représentations scéniques) et de concert (pour la musique instrumentale), les consuls décident en 1753 d’en confier la construction à Philippe Mareschal, ingénieur royal et directeur des fortifications de la province. Aussi connu pour ses ouvrages militaires – les fameuses redoutes du littoral languedocien – que pour ses talents d’urbaniste – les jardins de la Fontaine à Nîmes, son projet est préféré à ceux des architectes montpelliérains Dejean et Giral. Il inscrit le théâtre dans la ville en la transformant, notamment en élargissant les voies, en comblant les fossés et en déplaçant la porte de Lattes. La vieille porte médiévale est démolie, remplacée par la grille provenant du château de la Mosson. Le jeu de ballon est déplacé également, créant ainsi vaste parvis en connexion avec l’Esplanade. Suivant l’air du temps, Mareschal intègre dans son projet un café, un des tout premiers de Montpellier. Souhaitant créer un lieu de loisir pour les élites urbaines, le projet initial prévoyait d’y associer une salle de jeu de paume et une salle de billard.  

Les difficultés financières liées à la construction de l’aqueduc de Saint-Clément font que les délais ne sont pas tenus et le théâtre est inauguré le 22 décembre 1755 avec l’opéra de Rebel et Francœur, Pyrame et Thisbé, avant que les travaux ne soient achevés. Dans la nuit du 17 au 18 décembre 1785, le théâtre brûle. Les travaux de reconstruction sont confiés à Jacques Donnat et Samson-Nicolas Lenoir. Si la façade, le vestibule et la salle de concert sont conservés, les deux architectes montpelliérains modifient la grande salle de spectacle et repensent complètement les espaces en les agrandissant. Le second théâtre est inauguré en le 1er octobre 1787 avec une comédie mêlée d’ariettes de Marmontel et Gretry, L’Ami de la maison. Ses abords sont réaménagés ; des voies élargies le séparent des autres bâtiments. On installe en 1797 sur le parvis la fontaine des Trois-Grâces et la place de la Comédie prend déjà la forme d’un œuf qui la caractérise.

"Une des plus jolies et des plus commodes qu’il y eut dans le royaume" *

Voir l'image en grand Archives municipales Ville de Montpellier, 6S130 L’ancien théâtre en 1858, détail de la façade, photographie

Cette photographie, unique, due certainement à l’objectif de Georges d’Albenas (1827-1914), provient de la collection de l’érudit montpelliérain Emile Bonnet et serait datée de 1858. La qualité du tirage papier d’après un négatif sur plaque de verre permet d’apprécier tous les détails de la façade. Elle nous en apprend plus que tout autre document d’archive. La façade de Mareschal, large de 27 mètres, était divisée en trois parties, la partie centrale faisant saillie, surmontée d’un fronton triangulaire sur l’attique, dans le plus pur style du XVIIIe siècle. Elle offrait cinq portes au rez-de-chaussée, les trois portes centrales donnant sur le vestibule, la porte latérale de gauche sur la direction du théâtre, celle de droite sur le Café de l’Opéra.

Les cinq fenêtres à l’étage ouvraient sur la salle de concert. Toute la décoration était groupée dans la partie centrale. Quatre pilastres ioniques encadraient les fenêtres. L’enroulement des volutes était surchargé de guirlandes, ainsi que d’un modillon zoomorphe entre les deux volutes. Trois trophées, l’un militaire, à gauche, avec un décor de faisceau de licteur et une cuirasse à l’antique, les deux autres d’instruments de musique (violon, tambour de basque, hautbois, cornemuse, etc.), couronnaient les fenêtres. Le fronton portait à l’origine les armes du duc de Richelieu. Symbole du pouvoir de l’Ancien Régime, elles furent remplacées par une horloge, seule subsistant la couronne ducale qui les surmontait. La corniche était ornée de groupes de statues qui furent, par la suite, supprimées.

Ce soir-là, on donnait au théâtre Haydée ou le secret de Daniel-François-Esprit Auber sur livret d’Eugène Scribe, opéra-comique en trois actes créé en 1847 à Paris et représenté chaque saison à Montpellier les années qui suivirent ; la soirée était complétée par Le bras d’Ernest, une comédie-vaudeville en un acte d’Eugène Labiche créé en 1857, et par Les Extases de M. Hochenez, comédie mêlée de couplets de Marc Michel créée en 1850. Ces œuvres furent jouées durant la saison 1857-1858, comme nous l’apprend le Journal du théâtre d’Adolphe Gilles (AMM, 9S1, p. 99).

* citation de l'Intendant Saint-Priest

Plan de la salle de concert par l’architecte Fovis, 1822

Voir l'image en grand Archives municipales Ville de Montpellier, R2/8 (2A) Plan de la salle de concert par l’architecte Fovis, 1822

 La Salle de spectacle de Montpellier témoigne du développement du théâtre à l’italienne au milieu du XVIIIe siècle, l’un des tout premiers construit en France. Modèle du genre, le plan de Mareschal est même reproduit dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Le théâtre à l'italienne se caractérise par une salle de dimensions modestes, en forme de U, organisée autour d’un parterre et structurée en plusieurs étages de loges ou balcons, offrant au public une qualité d’écoute et visuelle. La scène à l'italienne est surélevée par rapport à la salle. Quoique transformée par Donnat et Lenoir, la salle conserve les grandes lignes tracées par Mareschal.

Tout au long du XIXe siècle, des améliorations sont apportées et des réparations faites à l’intérieur. En 1822, Fovis, architecte adjoint des bâtiments civils, propose de réaménager les espaces. Il envisage notamment de transformer la salle de concert en grand foyer, afin de créer un espace adapté pour accueillir le public nombreux. « Bien des personnes ne se rendent au spectacle que pour traiter des affaires de commerce » et perturbent les représentations par leurs conversations. Le théâtre a surtout besoin "d’un bon coup de peinture" pour remédier à son état de délabrement. « La couleur bleue est préférable à toutes les autres par rapport aux dames ; elle est moins crue ».

Voir l'image en grand Archives municipales Ville de Montpellier, R2/8 (2A) Coupe de la salle de concert par l’architecte Fovis, 1822

 Au cœur de la Restauration, le bleu est bien la couleur du moment, celle du blason aux fleurs de lys de la royauté représenté avec les armes de la Navarre au-dessus de la scène. Enfin, Fovis a l’idée d’installer un lustre en cristal monumental au centre de la salle, haut de 3,30 m. sur 1,80 m. de diamètre, garni de 36 lampes, projet validé en 1824 par le préfet Creuzé de Lesser, qui augmentera la majesté du lieu.

 Pour en savoir plus :
-Pierre Jourda, Le Théâtre à Montpellier 1755-1851, Oxford, Voltaire Foundation, 2001.
-
Caroline Millot, « La salle de spectacle et de concert de Montpellier au Siècle des Lumières (1753-1785) : une œuvre de l’ingénieur Jacques-Philippe Mareschal », Bulletin historique de la Ville de Montpellier, n°35, 2013, p. 62-77.
-
Jean Nougaret, Montpellier monumental, Tome 1, Paris, Monum, 2004.

Mars : Le Journal du Théâtre d’Adolphe Gilles (1835-1908)

Voir l'image en grand Journal du Théâtre, Cahier 1907-1908, AMM, 9S18, couverture

Le 5 février 1908, disparaissait à l’âge de 72 ans Adolphe Achille Gilles, musicien et second violon à l’orchestre du théâtre de Montpellier. Il est l’auteur d’une série de dix-neuf volumes manuscrits, le Journal du Théâtre, décrivant par le menu la vie musicale et théâtrale dans le chef-lieu du département de l’Hérault entre 1790 et 1908. Ce document, unique en son genre, est conservé aux Archives municipales (sous-série 9 S).

La collection se compose de neuf registres et de dix cahiers qui s’interrompent quelques jours avant la mort de Gilles. L’histoire du théâtre se répartit de manière très inégale sur les volumes : les premiers registres sont consacrés à 90 années, puis 10, 6, 3 et 2 ans, tandis que les derniers cahiers  couvrent entre 1902 à 1908 une seule saison chacun. Un dernier volume récapitule les listes des directeurs, chanteurs, musiciens et des créations lyriques depuis 1790. Les informations sont classées par direction ou « entreprise » théâtrale, les directeurs changeant généralement à chaque saison. On trouve le tableau de la troupe constituée pour l’année, les titres des pièces jouées, la distribution des rôles, ainsi que des événements liés à l’histoire du théâtre ou qui se sont déroulés pendant les représentations.

Au-delà de la richesse de son contenu, le Journal du Théâtre est exceptionnel car entièrement décoré à la gouache. Chaque page est ornée d’un liseré rouge et des motifs géométriques viennent rythmer les parties et sous-parties du récit de Gilles. Il colle dès que cela est possible les prospectus, affiches, articles de presse et parfois photographies d’artistes pour étayer son discours. Les photographies d’artistes sont rares à Montpellier. Leur présence dans la collection vient enrichir la documentation sur les représentations théâtrale et les costumes employés.

Voir l'image en grand Journal du Théâtre, 1889-1892, AMM, 9S5, p. 214-215

 


On peut qualifier Gilles de très méthodique. Il numérote chaque représentation afin de pouvoir dresser des statistiques (relevé exact des artistes, nombre de fois où le théâtre provisoire a ouvert ses portes, titres des pièces joués avec le nombre de représentations, etc.). Il met en place son propre code couleur pour distinguer les types de représentation : bleu pour les représentations à moitié prix, rouge pour les représentations populaire, le drapeau français pour indiquer les représentations au bénéfice des pauvres.

Le Journal du Théâtre est par conséquent une source essentielle pour la connaissance du théâtre de Montpellier dans un large XIXe siècle. Nous retrouverons Gilles à d’autres moments de l’année. En raison de sa fragilité, cet ensemble a été numérisé. Accéder au fonds Gilles 9S

Pour en savoir plus :

-
Clémence Segalas, « Le manuscrit "Gilles" des archives municipales de Montpellier »
- Patrick Taïeb et Agnès Terrier (dir.), La notion d'emploi dans l'art lyrique françaisà paraître en ligne

110 ans de la recréation à Montpellier de l’opéra Castor et Pollux de J.P Rameau

Voir l'image en grand Journal du Théâtre, Cahier 1907-1908, AMM, 9S18, p. 112-113

 
Le dernier cahier de la collection se clôt par la représentation les 23, 25 et 26 janvier 1908 de Castor et Pollux, tragédie-lyrique de Jean-Philippe Rameau, « le plus grand succès de l’opéra français au XVIIIe siècle », donné « pour la première fois en France depuis cent ans ». La production d’une rareté du répertoire et la venue à Montpellier d’une grande chanteuse de Paris, la soprano Georgette Leblanc, font de Castor et Pollux le moment fort de la saison 1907-1908. On doit la recréation de ce chef d’œuvre de Rameau à Charles Bordes (1863-1909), compositeur, élève de César Franck, fondateur de la société chorale les Chanteurs de Saint-Gervais et de la société de musique sacrée la Schola Cantorum à Paris.

Voir l'image en grand Enseigne de la Schola de Montpellier place Saint-Ravy

Charles Bordes a œuvré brillamment à la collecte de chants de tradition orale et à la redécouverte de la musique ancienne (médiévale, Renaissance et baroque). Retiré à Montpellier pour raisons de santé, il fonde la Schola de Montpellier en novembre 1905, dont on voit encore l’enseigne en céramique place Saint-Ravy.

 

 

Il organise dans cette ville en juin 1906 un important Congrès du chant populaire, sous la présidence conjointe de Mgr de Cabrières et de Frédéric Mistral, auquel participèrent notamment la cantatrice Emma Calvé, la claveciniste Wanda Landowska ou les compositeurs Déodat de Séverac, Paul Lacombe et Joseph Canteloube. Déjà une pièce de Rameau est jouée à cette occasion, La Guirlande, pastorale-ballet, représentée dans les jardins du Mas d’Haguenot à Figuerolles baptisés depuis « Parc de la Guirlande ». La recréation de Castor et Pollux à Montpellier en 1908 constitue un événement musical comparable à la recréation de l’opéra Atys de Lully en 1987, dont l’Opéra de Montpellier fut le partenaire à l’époque. Ce fut cependant l’unique collaboration entre les équipes du Théâtre municipal et de la Schola de Montpellier, Charles Bordes étant décédé l’année suivante.

A écouter :
- Jean-Philippe Rameau, Castor et Pollux, Ensemble Pygmalion, Raphaël Pichon (dir.), Harmonia Mundi, 2015, enregistré au Corum de Montpellier dans le cadre du Festival Radio-France Montpellier Occitanie en 2014
Pour en savoir plus sur Charles Bordes à Montpellier :

- Sabine Teulon-Lardic, « Vous avez dit populaire ? : Le Congrès du chant de Montpellier (1906) », Journées Charles Bordes, 2016, p. 10-15,

Avril : 150 ans de la naissance d’Auguste Bosc (1868-1945)

Voir l'image en grand Portrait d’Auguste Bosc, carte postale, AMM, 6Fi891Compositeur, chef d'orchestre, éditeur musical, Auguste Bosc fut l’une des personnalités les plus importantes en France à la Belle Epoque dans le domaine de la musique populaire. Figure de Montmartre, il dirigea autour de 1900 les orchestres de plusieurs célèbres cabarets parisiens, avant de fonder son propre établissement.
Auguste Georges Bosc voit le jour le 23 avril 1868 à Montpellier, rue de la Valfère, dans un milieu de petits artisans et commerçants. Son père, Paulin Bosc, coiffeur de son état, sollicite en 1884 auprès de la Municipalité une bourse pour lui permettre de suivre les cours de violon du Conservatoire national de musique de Paris, avec les recommandations d’Armand Granier, chef de l’orchestre du Théâtre municipal, qui le juge doué des aptitudes à devenir un « excellent artiste ». Débouté une première fois, sa persévérance est récompensée et son fils entre ainsi à seize ans au Conservatoire avec une bourse de 1200 francs par an durant trois ans.
Après de brillantes études, Auguste Bosc entame une carrière parisienne de chef d’orchestre. Il dirige d’abord les ensembles des premiers Salons de l'automobile, de la Galerie des machines et des grands bals et galas de l'Opéra. Puis, il s'oriente vers la musique légère avec succès. Compositeur à la mode, on lui doit notamment La Valse Rose-Mousse et La Marche des Petits Pierrots. Il dirige successivement les orchestres de l'Élysée Montmartre et du Moulin de la Galette, avec lesquels il acquiert une solide réputation de chef. En outre, avec le développement du phonographe après 1900, il enregistre de nombreux disques.
En 1904, il fonde le bal Tabarin, situé rue Victor-Massé, à l’angle de la rue Pigalle, au pied de la butte Montmartre. Ce cabaret d’un nouveau genre, précurseur des dancings et autres music-halls, propose un bal aux musiques débridées, et également une revue à grand spectacle. Le Tout-Paris s’y presse. Après l’incendie du Moulin Rouge en 1915, le Tabarin prend le relais pour le French cancan. Auguste Bosc abandonne la direction de son établissement en 1928. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1936. Il décède le 6 octobre 1945 à Montpellier et est inhumé au cimetière Saint-Lazare.

Voir l'image en grand Dessin préparatoire aquarellé de Marcel Bernard Le kiosque de l’Esplanade, 1927. AMM, série M, non cotéSi on a oublié aujourd’hui l’auteur de chansonnettes, son nom reste attaché à Montpellier au kiosque Bosc. En 1926, désireux de prouver sa reconnaissance à sa ville natale qu’il considérait comme le promoteur de sa réussite, il se propose d’édifier à ses frais un kiosque-théâtre en bordure de l’Esplanade. Le projet est accepté par la Municipalité. Sa réalisation est confiée à l’architecte moderniste Marcel Bernard (1894-1981), alors au début de sa carrière. Par ce choix ambitieux d’un jeune architecte, privilégiant le geste architectural sur la tradition et mettant en valeur un matériau nouveau, le béton, Bosc frappe une fois encore les esprits. En effet, comme l’écrit Jean Nougaret, l’édicule, en béton armé, brut, un des tous premiers de la ville, « rompt délibérément avec la traditionnelle structure métallique en pavillon des kiosques à musique du XIXe siècle ». Avec sa dalle de couverture largement débordante, soutenue par quatre fines colonnes, le kiosque de l’Esplanade ne laisse pas indifférent, suscitant les éloges de la critique. Lors de l’inauguration, le 1er mai 1927, Auguste Bosc dirige lui-même un concert devant « plus de 30 000 personnes » (sic) selon Le Petit méridional. Pour l’anecdote, en 1884, alors qu’il délibérait sur l’attribution de la bourse au Conservatoire en faveur de Bosc, le Conseil municipal discutait déjà d’un projet de kiosque-abri pour la musique sur l’Esplanade, projet abandonné à l’époque et remplacé par celui d’une estrade mobile. Plus de 40 ans après, Auguste Bosc, par sa générosité, répondait avec la construction de ce kiosque à l’attente culturelle des Montpelliérains.

Bibliographie :

Jean-Paul Caracalla, Montmartre, Gens et légendes, Paris, La Table Ronde, 2017.
Jean Nougaret, Montpellier monumental, Tome II, Paris, Centre des monuments nationaux Monum, Editions du patrimoine, 2015.
Sources :
AMM, 3D7, Bulletin municipal, 1884.

Mai : L'incendie de l'ancienne Salle de Spectacle, 5-6 avril 1881

Voir l'image en grand Archives municipales Ville de Montpellier, 37S79_10 Le théâtre au lendemain de l’incendie, photographie, 1881, AMM, 37S79Dans la nuit du 5 au 6 avril 1881, un terrible incendie ravage le théâtre municipal. Ce soir-là, était donné Hamlet, grand opéra en 5 actes d’Ambroise Thomas d’après l’œuvre de Shakespeare. L’incendie s’est déclaré vers minuit, peu après la fin de la représentation. Spectateurs, artistes et employés avaient quitté le théâtre ; des passants dans la rue donnèrent l’alerte. Rien d’anormal n’avait été remarqué à la fermeture. Le feu prit dans le magasin de décors au 3e étage, à l’arrière du théâtre, et s’étendit vite à tout le bâtiment, attisé par un vent violent. D’après Le Petit Méridional du 7 avril 1881, c’était « un spectacle à la fois grandiose et effrayant », tant les flammes s’élevaient dans la nuit et illuminaient la ville. Les pompiers firent en sorte que le feu ne s’étende pas aux immeubles voisins, mais ne purent sauver l’édifice. Deux d’entre eux furent blessés, ce furent les seules victimes. Grâce à leur courage et à l’assistance de militaires et de civils, ils purent évacuer le magasin de costumes, la bibliothèque de partitions et les tableaux destinés à l’exposition des Beaux-Arts programmée les jours suivants dans la salle des concerts.

Le lendemain matin, les badauds se pressent malgré la pluie sur la place de la Comédie devant les ruines encore fumantes du théâtre. La photographie, conservée dans l’album de Jean Louvrier (1870-1926), montre la fin de l’intervention des pompiers. Une équipe est toujours à pied d’œuvre, tandis qu’une autre charrette arrive sur les lieux du sinistre. Sur la droite, on aperçoit deux charrettes et une pompe. Sur la gauche, on distingue une échelle posée contre la fenêtre ; un pompier à mi-hauteur tient le tuyau ; deux autres sont au balcon en train d’éteindre les dernières braises. Gilles note dans son Journal : « Tout est entièrement brûlé. Il ne reste que les quatre murs. Le feu a été des plus violents et des plus rapides ». La saison théâtrale est interrompue. Tout est à reconstruire. L’enquête ne put déterminer les raisons exactes de cet incendie.

Le Théâtre municipal provisoire

Voir l'image en grand Plan du Théâtre municipal provisoire par Léopold Carlier, 1882, AMM, M4/7Avec la destruction du théâtre, les Montpelliérains sont privés de spectacles lyriques pendant presque deux ans. 500 personnes, environ, dont le directeur de la chorale de Montpellier, des étudiants de la Faculté de droit et de l’Ecole de médecine, adressent une pétition à la municipalité afin de créer un théâtre provisoire. Sur proposition de M. Matte, le Conseil municipal adopte le 19 juin 1882 la création d’un théâtre provisoire dans l’attente de l’ouverture du futur théâtre municipal. Un appel à projet est lancé à compter du 23 juillet suivant. Le projet de l’entrepreneur de théâtre Mercurin est choisi. Les plans sont confiés à l’architecte Léopold Carlier. Un temps envisagé au centre de l’Esplanade, on décide finalement que le théâtre provisoire se situera en retrait sur le Champ de Mars, sur un terrain d’exercice du service militaire, en échange d’avantages pour les hommes de la garnison.
Dès le départ, les travaux de terrassement du Champ de Mars qui devaient commencer début septembre prennent du retard, en raison des formalités avec l’administration militaire. Contraint par les délais, le théâtre est construit en deux mois seulement. Les travaux sont terminés en décembre 1882 et le théâtre provisoire est inauguré le samedi 13 janvier 1883 avec Les Mousquetaires de la Reine, opéra-comique de Fromental Halévy. La vie musicale et théâtrale reprend son cours.
Léopold Carlier (1839-1922) signe un édifice mêlant style colonial et style néo Renaissance, avec une couverture en tuiles romaines à l’antique décorée au-devant d’antéfixes moulés. Il reprendra d’ailleurs certaines idées architecturales pour le Pavillon Populaire voisin construit en 1891 pour abriter Le Cercle des étudiants. Le bâtiment de briques reposait sur une assise en béton et un châssis en bois. De belles dimensions, il atteignait 52 mètres de longueur et 29 mètres de largueur. Sur l’aile gauche, se trouvait le café. Il comprenait un rez-de-chaussée, deux galeries et un amphithéâtre. La salle de spectacle avait 22 mètres de profondeur et pouvait accueillir 1800 spectateurs. Le théâtre provisoire servit jusqu’en 1889, avant d’être détruit lui aussi par un incendie le 6 août 1889.

juin : Pour un nouveau théâtre municipal !

Voir l'image en grand Le projet "Grétry", dessin à l’aquarelle, 1881, AMM, 3Fi9A la suite de l’incendie, le Conseil municipal décide le 24 mai 1881 de construire un nouveau théâtre au même endroit et en l’agrandissant. En juillet, un concours est lancé pour sa réalisation. Le cahier des charges exige entre autres une entrée de scène pour les chevaux et précise le nombre de loges. Le Conseil municipal fait appel à plusieurs personnalités pour former le jury. Celui-ci est présidé par Alexandre Laissac, maire de Montpellier, et se compose de quatre conseillers municipaux, de Charles Garnier (le célèbre architecte de l’Opéra de Paris), de l’architecte de la ville de Marseille, de deux architectes montpelliérains et du conservateur du musée de Montpellier. Le concours est anonyme : les architectes doivent envoyer des projets signés d’une devise et joindre leur nom dans une enveloppe scellée portant la devise. Treize projets sont proposés. Le 5 décembre 1881, le jury donne le classement du concours. Le premier prix revient au projet Nourri dans le sérail de Cassien-Bernard, avec une prime de 6000 francs, le deuxième prix à Goutès (projet Id me juvat), avec une prime de 4000 francs, et le troisième prix à Feuchère et Arnaud (projet Grétry), avec une prime de 2000 francs. Du 7 au 12 décembre 1881, les plans des différents projets sont exposés dans la grande salle du Musée Fabre.
Les Archives municipales ont conservé les plans du projet soumis par le duo d’architectes nîmois Lucien-François Feuchère et Gustave Arnaud. Ce projet est dédié à André Grétry (1741-1813), le compositeur d’opéra le plus important de la fin du XVIIIe siècle en France.  Comme le lauréat Cassien-Bernard, les architectes se sont inspirés de l’Opéra de Paris créé par Charles Garnier, inauguré peu de temps auparavant en 1875. L’influence de Garnier est ici flagrante sur l’aspect extérieur de l’édifice, tandis que Cassien-Bernard, plus subtil, s’en inspire surtout pour l’aménagement intérieur. L’ordonnance de la façade, la rotonde et la toiture triangulaire de la scène surmontée d’une lyre etc., les points de ressemblance sont multiples. Jugé peut-être trop proche de son modèle, le projet de Cassien-Bernard est préféré au projet Grétry.

 

Le Grand Théâtre de Cassien-Bernard

Voir l'image en grand Le Grand Théâtre municipal par Cassien-Bernard, gravure, 1884, AMM, 3Fi95Joseph Marie Cassien-Bernard (1849-1926), originaire de la région grenobloise, a étudié l’architecture aux Beaux-Arts de Lyon, puis entre en 1869 à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts à Paris sous la direction de Jean-Louis Pascal. Par l’intermédiaire de son maître, inspecteur des travaux de l’Opéra de Paris, il devient à partir de 1871 dessinateur à l’agence de l’Opéra auprès de Charles Garnier. Il obtient en 1876 le premier Second Prix de Rome. Nommé inspecteur aux Bâtiments civils et palais nationaux en 1879 (inspecteur des travaux de l’Etat), il continue à travailler sous les ordres de Garnier comme inspecteur de l’Opéra. En tant qu’architecte, il est alors au début de sa carrière. La reconstruction du théâtre de Montpellier en 1881 est son premier chantier d’envergure, en même temps qu’il remporte le concours pour l’édification de la Banque nationale de Roumanie à Bucarest en 1882. On doit notamment à Cassien-Bernard le pont Alexandre III (1897-1900) et il succède à Guimard en 1904 pour l’aménagement des stations de métro de Paris.
Au-delà du strict aspect architectural qui, on l’a vu, doit beaucoup à Garnier, la grande innovation du projet de Cassien-Bernard réside dans le choix de l’énergie électrique pour l’éclairage intérieur. Dans une lettre du 27 février 1882, il propose au Conseil municipal d’installer l’électricité afin de limiter les risques d’incendie. En janvier 1888, après avoir bien étudié le sujet, le Conseil municipal accepte cette idée. La proposition de la Compagnie parisienne de l’air comprimé de l’ingénieur Victor Popp est adoptée. Son système de production de lumière électrique par moteurs à air comprimé équipe déjà à la même époque deux théâtres parisiens, des cafés de la capitale, l’hôtel Meurice ou les locaux du journal Le Figaro. Une usine produisant de l’air comprimé à partir d’une machine à vapeur est implantée impasse du Jeu-de-Ballon afin d’alimenter les 239 lampes installées dans le théâtre. Séduit par cette nouvelle forme d’énergie, le Conseil municipal décide de l’étendre aux rues avoisinantes puis à la ville entière. Le théâtre entre dans la modernité et inaugure l’électrification de Montpellier.

Partager sur :
LinkedIn Viadeo Twitter Facebook Email

Mairie de Montpellier

1, place Georges Frêche
34267 MONTPELLIER cedex 2

Tramway 1 et 3 arrêt Moularès Hôtel de ville
Tramway 4 arrêt Georges Frêche - Hôtel de Ville
Coord. GPS : 43°35'52"N, 3°52'39"E

04 67 34 70 00

Horaires d'ouverture de l'Hôtel de Ville :
Les lundi, mardi, mercredi, vendredi de 8h30 à 17h30
Le jeudi de 10h à 19h

Horaires spécifiques des services accueillant du public