Agora des savoirs 2016-2017

La 8e saison de l'Agora des savoirs sera consacrée au thème "Par-delà les frontières" et proposera 22 conférences grand public, du 2 novembre 2016 au 10 mai 2017 (hors vacances scolaires).

Tous les mercredis soir, à 20h30, centre Rabelais.

Un article présent dans la rubrique :

Par-delà les frontières

Pour sa 8e saison, l’Agora des savoirs vous invite à traverser les frontières ! Qu’elle soit physique ou mentale, géographique ou symbolique, la frontière sépare et relie. En science, elle permet de distinguer, de classer, de définir. Elle sert de point de rencontre des peuples et des États. Les frontières ont longtemps permis à l’homme de se distinguer de l’animal, du divin, de l’inhumain, de juger du normal et de l’anormal, de séparer le proche et l’étranger.

Mais les frontières ne sont pas immuables : le progrès des connaissances scientifiques et des savoirs, la longue marche de l’Histoire, les acquis démocratiques et l’avancée des droits et des libertés remettent quotidiennement en cause leur existence, effaçant les unes, redessinant les autres. Les vingt-deux conférences de cette 8e saison illustreront, aux travers de nombreuses disciplines et sous des angles parfois surprenants, ces perpétuels passages et réinventions des frontières.

Le conseil scientifique de l’Agora des savoirs, composé d’une quarantaine d’Universitaires montpelliérains représentant de nombreuses disciplines scientifiques, a cette année encore élaboré une programmation savante et populaire, susceptible d’attiser la curiosité et le goût d’apprendre et de comprendre. Et pour que l’Agora des savoirs s’adresse à un maximum de public, les conférences continuent à être diffusées en direct, sur internet et à la radio.

Des extraterrestres aux robots musiciens, en passant par l’île de Pâques et ses mystères, les cires anatomiques du médecin Louis Auzoux ou le mythe des Arabes nomades dans la littérature orientaliste : autant de questions passionnantes, parfois inattendues, qui vous attendent les mercredis soirs de novembre à mai.

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Chaque conférence de l'Agora des savoirs est diffusée en direct sur le site de la ville et la chaîne youtube de la ville.

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Le programme

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Mercredi 2 novembre - Conférence inaugurale

Salut les Aliens ! Les sciences naturelles dans la science-fiction

Jean-Sébastien Steyer & Marc Boulay

D'où vient la Force des Jedis ? Godzilla est-il un dinosaure géant ? Quelle mutation biologique affecte les X-men ? Glissez-vous dans la peau d'un naturaliste pour mener une enquête scientifique à la découverte des planètes et des extraterrestres de la science-fiction. Entre Star Wars, Dune ou Avatar, vous ne verrez plus les classiques de la science-fiction comme avant !

 

Jean-Sébastien Steyer est docteur en paléontologie, chercheur au CNRS, Paléobiodiversité et paléoenvironnements, rattaché au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris. Il est expert international sur les faunes pangéennes et auteur de La Terre avant les dinosaures, collection « Bibliothèque scientifique » des Éditions Belin, 2009. Il a participé au film de Claude Delhaye La vie avant les dinosaures, produit par CNRS Images, 2011.

Marc Boulay est paléoartiste, sculpteur numérique et creature designer. Il est à l’origine du livre Demain, Les Animaux du Futur aux éditions Belin, dont il est co-auteur avec le paléontologue Sébastien Steyer. Il a participé à de nombreux ouvrages et expositions sur l’évolution de la biodiversité passée et actuelle. Ses modélisations sont également présentes dans des documentaires fiction et films de grand format (relief, Imax).

Mercredi 9 novembre

Darwin, Bonaparte et le Samaritain, une philosophie de l'histoire

Michel Serres

Darwin raconta l’aventure de flore et de faune ; devenu empereur, Bonaparte, parmi les cadavres sur le champ de bataille, prononça, dit-on, ces mots : « Une nuit de Paris réparera cela ». Quant au Samaritain, il ne cesse, depuis deux mille ans, de se pencher sur la détresse du blessé. Voilà trois personnages qui scandent trois âges de l’histoire.

Le premier, long, compte des milliards d’années. Réussissant à dater les événements dont elles s’occupent, les sciences contemporaines racontent le Grand Récit de l’univers, de la planète et des vivants, récit qui déploie nos conditions d’habitat et de nourriture, sans lesquels nous ne vivrions ni ne survivrions.

Pendant des milliers d’années, le deuxième, dur, répète cette guerre perpétuelle dont un chiffre bien documenté dit qu’elle occupa 90% de notre temps et de nos habiletés.

Quant au dernier, doux, il glorifie, depuis quelques décennies seulement, l’infirmière, le médecin, la biologiste dont les découvertes et les conduites redressèrent à la verticale la croissance de notre espérance de vie ; puis le négociateur, qui cherche la paix ; enfin l’informaticien qui fluidifie les relations humaines.

Histoire ou Utopie ? Il n’y a pas de philosophie de l’histoire sans un projet, réaliste et utopique. Réaliste : contre toute attente, les statistiques montrent que la majorité des humains pratiquent l’entraide plutôt que la concurrence. Utopique : puisque la paix devint notre souci, ainsi que la vie, tentons de les partager avec le plus grand nombre ; voilà un projet aussi réaliste et difficile qu’utopique, possible et enthousiasmant.

 

Professeur à l’université de Stanford, membre de l’Académie française, Michel Serres est l’auteur de nombreux essais philosophiques et d’histoire des sciences, dont les derniers, Petite Poucette (Le Pommier, 2012) et Le Gaucher boiteux (Le Pommier, 2015) ont été largement salués par la presse. Il est l’un des rares philosophes contemporains à proposer une vision du monde qui associe les sciences et la culture. 

Mercredi 16 novembre

Du bon usage des frontières en démocratie

Astrid von Busekist

On dit habituellement que les frontières séparent, divisent, isolent. De la démocratie on dit qu’elle a le goût de l’artifice, et qu’elle pratique l’art de la séparation : elle distingue le public du privé, la société politique de la société civile, la religion du politique. Or une frontière est précisément ce que deux entités ont en partage : de quelle couleur serait la ligne de démarcation entre une tache noire et un fond blanc ? Et la démocratie peut jouer avec les règles, son art ne se borne pas à séparer, il se joue ausside cette séparation.

Les frontières nouent autant qu’elles distinguent, elles sont ponts et portes, elles ne sont jamais données, leur seuil se négocie quotidiennement, notamment dans l’espace urbain. Une excursion vers les marges le fait voir, vers le particulier qui permet de mieux éclairer l’ordinaire.

Poser la question de la frontière et du sens de l’espace permet une approche à la fois plus fine et plus épaisse des dilemmes habituels auxquels est confrontée la démocratie libérale.

Plus fine car les lignes de démarcation se ressoudent lorsqu’on les évalue à l’aune de questions concrètes, comme celle du partage de l’espace urbain. Plus épaisse car elle nous oblige à reposer le sens de la doctrine : dans quelles conditions la démocratie libérale peut-elle jeter un pont entre les rives qu’elle a distinguées ?

Que serait un art de la séparation autrement compris ?

 

Astrid von Busekist est professeur de théorie politique à Sciences Po, chercheur au CERI. Elle est rédactrice en chef de la revue Raisons Politiques. Elle travaille sur la politique des langues, l’objet de sa thèse de doctorat et de nombreuses publications (« Lingua politica. Réflexions sur l’égalité linguistique », Le Philosophoir, L’égalité, Vrin, 2012), le nationalisme et la question des frontières (avec P. Savidan, Justes Frontières, Presses Universitaires de Rennes, à paraître ; Portes et murs. Essai sur les frontières en démocratie, Albin Michel, 2016).

Mercredi 23 novembre

Pour une histoire des possibles : analyses contrefactuelles et futurs non advenus

Pierre Singaravélou

Et si l’histoire, ou la vie, avait suivi un autre cours ? Ce que l’on appelle le raisonnement contrefactuel surgit spontanément dans les conversations pour nourrir des hypothèses sur les potentialités du passé et les futurs non advenus. Il traverse la littérature, les réflexions politiques et toutes sortes de divertissements. Que serait-il advenu si le nez de Cléopâtre avait été plus court ? Si Napoléon avait remporté la bataille de Waterloo ?

Avec Quentin Deluermoz, Pierre Singaravélou a mené l’enquête au sein d’une vaste littérature pour saisir la diversité des usages de l’analyse contrefactuelle – des fictions uchroniques les plus loufoques aux hypothèses les plus sérieuses. Les deux chercheurs s’attachent à cerner précisément les conditions d’un usage légitime et pertinent pour les sciences sociales, repensant les enjeux de la causalité et de la vérité, des rapports entre histoire et fiction, entre déterminisme et contingence. L’enquête dévoile peu à peu la richesse d’un travail sur les possibles du passé, et ouvre sur des expérimentations dans le domaine de la recherche comme de l’enseignement.

Une réflexion ambitieuse et novatrice sur l’écriture de l’histoire, sa définition et sa mise en partage.

 

Professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, chercheur à l’UMR SIRICE et membre de l’Institut Universitaire de France, Pierre Singaravélou a publié de nombreux ouvrages sur l’histoire du fait colonial aux XIXe et XXe siècles, et édité au Seuil Les Empires coloniaux, XIXe-XXe siècle (« Points Histoire », 2013). Il dirige les publications de la Sorbonne et le Centre d’histoire de l’Asie contemporaine. Il a publié, avec Quentin Deluermoz, Pour une histoire des possibles, analyses contrefactuelles et futurs non advenus, Seuil, 2016.

Mercredi 30 novembre

Chroniques d'inhospitalité. Le testament européen ?

Marie-Laure Basilien-Gainche

Quoi que puissent affirmer les politiques et les médias, l’Europe ne fait pas face à une crise des réfugiés. Ce sont en revanche une crise de la protection internationale d’une part et une crise de la construction européenne d’autre part qu’il convient de constater et d’analyser. L’asile est abîmé, l’union est dégradée. Un délitement des principes de solidarité et de responsabilité s’affirme et s’affiche de manière de plus en plus décomplexée, au nom de préoccupations sécuritaires nourries d’égoïsmes nationaux. Soucieux de ne pas froisser des opinions publiques qui se montrent frileuses voire hostiles à l’accueil des réfugiés, construites qu’elles ont été par des discours assimilant les étrangers à des problèmes et à des dangers, les gouvernements européens confortent les contrôles de leurs frontières et externalisent la gestion des flux migratoires, renient leurs principes et abjurent leurs valeurs. De naufrages en naufrages, la Méditerranée semble être devenue le cimetière des dépouilles des migrants, de même que la nécropole des fondements de l’Europe. Au fil des chroniques de leur inhospitalité, les États rédigent un testament qui est celui de leur avenir.

 

Professeure des universités en droit public à l’université Jean Moulin Lyon 3, Marie-Laure Basilien-Gainche est membre du Centre de Droit Constitutionnel (CDC) de cette université et chercheur associé au Centre de recherche et d’études sur les droits fondamentaux (CREDOF) de l'université de Nanterre. Membre de l’Institut Universitaire de France, elle mène ses recherches sur le respect des droits fondamentaux dans la conception et l’application des politiques européennes d’immigration et d’asile.

Mercredi 7 décembre

Une machine peut-elle créer de la musique ?

François Pachet

Une machine peut-elle être créative et être source de créativité ? Le sujet ne peut être abordé sans saisir dans un premier temps les enjeux techniques et conceptuels qui se cachent derrière la création de nouvelles musiques. Des techniques d’intelligence artificielle et d’apprentissage (machine-learning) permettent désormais de générer automatiquement de la musique. C’est notamment le cas des Flow Machines, logiciels capables de capturer le style d’un ensemble de compositions et de le développer afin de créer des pièces de musique qui sont à la fois nouvelles et dans le même style. François Pachet en proposera de nombreux exemples dans des styles de musique divers, des chorals de Bach à des chansons pop en passant par le jazz…

 

François Pachet dirige le SONY Computer Science Laboratory Paris où il conduit des recherches sur la créativité en musique. Docteur de l’université Pierre et Marie Curie et ingénieur des Ponts et Chaussées, il a rejoint le Sony Computer Science Laboratory en 1997. Son équipe a contribué à de nombreuses inventions et innovations en technologie musicale. François Pachet est aussi musicien (guitare, composition) et a publié 2 albums (en jazz et pop) comme compositeur et improvisateur.


Mercredi 14 décembre

Aux quatre vents du monde : petit guide de navigation sur l'océan de la mondialisation

Mireille Delmas-Marty

Nous vivons dans une société à bout de souffle, désenchantée et plutôt fière de l’être. Une société d’où l’esprit aurait été chassé par la matière, la raison numérisée ne laissant guère de place au rêve.

Placer la réflexion « aux quatre vents du monde » c’est précisément rêver, pour changer le monde, de lui redonner souffle. Mais où trouver le souffle, lorsque les interdépendances croissantes paralysent les États et semblent condamner toute action à l’impuissance ? Comment transformer ces interdépendances subies en projet commun ?

En mobilisant les forces imaginantes du droit.

Alors que les écueils se multiplient (terrorisme global, dérèglement climatique, désastre humanitaire des migrations, crises financières et sociales), Mireille Delmas-Marty propose un petit guide de navigation qui fournit cartes et boussole aux femmes et aux hommes de bonne volonté qui n’ont pas renoncé à maîtriser leur destin.

 

Mireille Delmas-Marty, qui a enseigné le droit à l’université (Lille-II, Paris-XI et Paris-I), a été titulaire de la chaire « Études juridiques comparatives et internationalisation du droit » au Collège de France. Elle est notamment l’auteur des Forces imaginantes du droit (4 vol. parus au Seuil de 2004 à 2011), de Libertés et sûreté dans un monde dangereux (Seuil, 2009) et de Résister, responsabiliser, anticiper (Seuil, 2013). Elle est également membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

Mercredi 4 janvier

L’île de Pâques, terre polynésienne

Michel Orliac

Il y a environ mille ans, les dernières frontières de notre planète furent franchies après la découverte des territoires inexplorés de l’océan Pacifique. Ainsi, les Polynésiens peuplèrent toutes les terres comprises dans le triangle de 7 000 km de côté formé par Hawaii, la Nouvelle-Zélande et l’île de Pâques. D’île en île, ils transplantèrent les végétaux qui assuraient la pérennité de leur économie et de leur culture. Ces fabuleux navigateurs parvinrent même en Amérique : ils y introduisirent les poules et en rapportèrent la patate douce.

L’installation d’humains sur l’île de Pâques, la plus solitaire de toutes les îles, est plus étonnante que les 900 statues géantes qui font sa renommée : tout le monde ou presque, sur Terre, a su mouvoir de gros cailloux, sculptés ou non. Par ailleurs, dans le bois ou sur la pierre, les Pascuans ont matérialisé avec un talent immense la foule de leurs divinités. Enfin, privilège croyait-on des « grandes » civilisations, ces quelques milliers d’insulaires ont inventé une écriture, la seule dans le Pacifique.

 

Michel Orliac (chercheur CNRS Laboratoire d’Ethnologie préhistorique) effectue depuis 1965 des recherches sur la préhistoire française (Paléolithique supérieur, Mésolithique) et, depuis 1976, sur le passé des Polynésiens (Tahiti, Marquises, Gambier, Île de Pâques). En France, ses travaux portent sur l’évolution du Mésolithique des Pyrénées centrales et sur l’extraordinaire campement de chasseurs magdaléniens de Pincevent (Seine-et-Marne). Avec Catherine Orliac, il évalue les effets respectifs du climat et de l’homme dans la modification des fragiles écosystèmes insulaires en Polynésie. Par ailleurs, depuis 1988, tous deux étudient les œuvres en bois sculpté de l’île de Pâques, dont ils sont des spécialistes mondialement reconnus.

Mercredi 11 janvier

Mutiler, déraciner et détruire les images des dieux : quand l’altérité se traduit en violence

Corinne Bonnet

En partenariat avec les Mercredis de l’Antiquité

La destruction de Palmyre et les images de statues abattues à coup de mortier donnent à réfléchir sur le sens d’une violence qui s’en prend à des objets symboliques.

On partira de quelques cas d’images divines mutilées, déracinées ou même anéanties dans le cadre de campagnes militaires, dans diverses cultures méditerranéennes (Mésopotamie, Phénicie, Israël, Grèce). Déplacées, replacées dans d’autres contextes ou réduites en poussières, les images des dieux des vaincus sont objet d’un « godnapping » qui trouve sa source dans le prestige et la puissance attachées aux représentations des dieux. On s’interrogera sur le sens de ces appropriations qui détournent les objets de leur usage et de leur statut initiaux pour en faire des vecteurs symboliques d’une domination à laquelle même les dieux, rendus impuissants, ne peuvent se soustraire.

 

Corinne Bonnet est professeur d’Histoire ancienne à l’université Toulouse – Jean Jaurès. Spécialiste d’Histoire comparée des religions anciennes dans l’espace méditerranéen, elle travaille d’une rive à l’autre de la Méditerranée, de la Phénicie à la Grèce, de Carthage à la Sicile et au-delà, avec un intérêt particulier pour les dynamiques multi-culturelles. Elle est l’auteur de nombreuses monographies, dont Les enfants de Cadmos. Le paysage religieux de la Phénicie hellénistique (2014) et Quand les dieux voyagent. Cultes et mythes en mouvement dans l’espace méditerranéen (avec Laurent Bricault, 2016).

Mercredi 18 janvier

La question des limites de la folie aujourd’hui

François Sauvagnat

Comment notre compréhension de la folie a-t-elle changé ces dernières années ? Quelles conséquences sur les perceptions des limites entre « normalité » et « folie » ?

D’un côté l’évolution des conceptions des psychopathologues, et de l’autre les différentes demandes sociales concernant cette distinction. Les psychopathologues, qu’ils soient psychanalystes ou phénoménologues – deux tendances particulièrement significatives – sont passés en quelques décennies d’une conception de la folie comme « erreur de perception et de jugement» à la notion selon laquelle la folie consisterait avant tout en une profonde modification, une fragilisation de l’expérience corporelle, du vécu des limites du corps provoquant un bouleversement de la structure du monde. Cette position a finalement été suivie par une large partie des travaux cognitivistes, sous des formulations diverses.

Mais les discours les plus fortement représentés dans l’espace public se trouvent en porte à faux par rapport à cette vision moderne, que ce soit sur le plan neurobiologique, médiatique, ou dans le champ des nouvelles technologies.

Quelles nouvelles responsabilités nous imposent ces données ?

 

François Sauvagnat est psychanalyste et professeur de psychopathologie à l’université de Rennes 2, après avoir exercé pendant 14 ans comme psychologue hospitalier. Régulièrement invité à prononcer des conférences dans plusieurs pays européens et américains, il a publié 12 ouvrages et plus de 300 articles sur diverses questions cliniques et thérapeutiques actuelles.

Parmi ses ouvrages, Divisions subjectives et personnalités multiples (Presses Universitaires de Rennes, 2001) ou encore Le trauma psychique, aspects cliniques, éthiques et politiques (numéro spécial de la revue Psychologie Clinique, n°24, hiver 2007/8).

Mercredi 25 janvier

Traverser les frontières : le mythe des Arabes nomades chez les voyageurs

Sarga Moussa

On s'attachera à montrer d'abord la naissance d'un mythe, vers le milieu du XVIIIe siècle, celui des Arabes nomades comme peuple idéal, tel que les représentèrent nombre de voyageurs européens en Orient et en Arabie. Alors que depuis le Moyen Âge, les habitants du désert constituent une figure du Mal, on assiste à un renversement d'image au cours des Lumières, les Bédouins apparaissant comme un modèle d'hospitalité, de simplicité de vie, mais aussi, à l'époque de la Révolution, comme des êtres libres et égaux, enfin, à la période romantique, comme des poètes nés et des amants passionnés.

Il s'agit là d'un véritable mythe qui repose sur la construction de différentes frontières symboliques. Ces frontières (idéologiques, religieuses, esthétiques, etc) permettent de représenter le Bédouin comme une figure qui fait retour, de manière critique, sur la société d'origine des voyageurs. Ceux-ci ne se contentent pas de rêver un ailleurs idéalisé pour l'opposer, dans le sillage de Rousseau, aux maux de l'Europe dite civilisée : de Volney à Lamartine, ils franchissent parfois le « cercle » des Bédouins pour se joindre à eux, observant de près leur mode de vie, rêvant de s'établir parmi eux.

À l'heure où les fossés se creusent, il n'est pas inutile de rappeler qu'il fut un temps où les frontières entre Orient et Occident étaient régulièrement traversées pour donner à voir un monde en perpétuelle réinvention.

 

Sarga Moussa est directeur de recherche au CNRS et membre de l’UMR THALIM, dans l’équipe « Écritures de la modernité » (université Paris 3). Il a été coresponsable, à l’ENS, du séminaire « Orientalismes » (2008-2012) et du séminaire « Littérature et cosmopolitisme » (2014-2016).

Spécialiste de l’orientalisme littéraire et du récit de voyage en Orient, en particulier au XIXe siècle, il s’intéresse plus largement à la représentation des altérités culturelles dans la littérature française, que ce soit à travers certaines aires géographiques (en particulier l’Égypte), des figures (par exemple celle des « Bohémiens ») ou des idéologies (les systèmes raciologiques).  

Sa dernière publication en date, dirigée avec Michel Murat : Poésie et orientalisme, Classiques Garnier, 2015. Un essai est également à paraître d’ici fin 2016 : Le Mythe bédouin chez les voyageurs aux XVIIIe et XIXe siècles, Paris, PUPS, « Imago Mundi ».

Mercredi 1er février

L'évolution et la diversité génétique de notre espèce : le rôle de l’interaction entre culture et génétique

Evelyne Heyer

Notre espèce émerge en Afrique il y a 200 000 ans. Puis, il y a environ 80 000 ans, Homo Sapiens sort du continent africain, et va petit à petit peupler toute la planète. Ce peuplement a eu un effet majeur sur la répartition de notre diversité génétique, qui, pour l’essentiel, est structurée par la géographie : plus deux individus sont proches géographiquement, plus ils se ressemblent génétiquement. À cela, ajoutons qu’une des spécificités de notre espèce est sa très grande diversité culturelle. À partir de plusieurs exemples issus de notre travail de terrain, nous montrerons comment culture et biologie interagissent dans l’évolution génétique de notre espèce.

 

Evelyne Heyer est professeur d’Anthropologie génétique au Muséum national d’Histoire Naturelle. Elle mène ses recherches sur l’évolution génétique de notre espèce au Musée de l’Homme où elle dirige une équipe de recherche en anthropologie évolutive. Ses travaux portent sur l’évolution génétique de notre espèce et sa diversité autour de trois axes : retracer l’histoire des populations, évaluer l’importance de la sélection naturelle dans notre évolution et comprendre les interactions entre la diversité culturelle et l’évolution biologique. Pour cela elle mène des travaux de terrain en Asie Centrale et Afrique Centrale et elle a publié plus de 100 articles scientifiques.

Mercredi 22 février

Louis Auzoux (1797-1880), médecin, industriel & exportateur

Christophe Degueurce

Dans le cadre de l’exposition qui se tiendra à l’Espace Dominique Bagouet, du 1er février au 23 avril 2017.

Louis Auzoux, médecin de formation, a inscrit son nom dans l’Histoire en créant de superbes modèles en papier mâché qui connurent un grand succès commercial, y compris au-delà des frontières de la France. Autodidacte, expérimentateur génial, il réussit à produire en série des modèles anatomiques, zoologiques, botaniques, souvent grossis, d’un réalisme et d’une beauté saisissants. Il créa une usine modèle dans son village natal, près d’Évreux, où il put développer un modèle social original fondé sur l’autodiscipline et l’entraide. Ses productions pourtant souvent très onéreuses furent exportées dans le monde entier ; elles sont aujourd’hui souvent conservées dans des musées.

          

Christophe Degueurce est vétérinaire, professeur d’anatomie et directeur adjoint de l’École nationale vétérinaire d’Alfort. Il assure la direction du musée Fragonard qui recèle de nombreux modèles de Louis Auzoux. Il a été l’auteur en 2012 de Corps de papier, l’anatomie en papier mâché du docteur Auzoux aux éditions La Martinière.

Mercredi 1er mars

Michelet hors frontières : une histoire entre science, littérature et œuvre d’art

Paule Petitier

L’œuvre de Jules Michelet (1798-1874) contribue à l’invention d’une pratique moderne de l’histoire au XIXe siècle. Elle est saluée par les contemporains au même titre que celles de Guizot, d’Augustin Thierry, de Mignet, pionniers d’une vision renouvelée du passé, fondée sur de nouveaux principes épistémologiques. Cependant, du vivant même de l’historien, on le célèbre aussi pour ses qualités littéraires, on le proclame « grand poète ». Est-ce contradictoire, à une époque où le propos scientifique de l’histoire et sa quête de vérité ne paraissent pas forcément incompatibles avec les prestiges de la littérature ? Convient-il aujourd’hui de renier tout sérieux historique à l’œuvre de Michelet parce qu’elle est écrite dans une langue envoûtante, parce qu’elle ne recule pas devant des procédés qui nous paraissent « littéraires », parce qu’elle ne congédie pas l’imagination ? À l’heure où beaucoup d’écrivains se détournent de la fiction et s’emparent d’un matériau historique pour élaborer une œuvre littéraire en quête d’une certaine vérité de l’Histoire, ne serait-il pas opportun de considérer sans condescendance l’hybridité de Michelet et d’en mesurer la fécondité ?

 

Paule Petitier est professeur de littérature française à l’université Paris Diderot. Spécialiste de Jules Michelet et de la pensée de l’histoire au XIXe siècle, elle co-dirige la revue Écrire l’Histoire (CNRS Éditions). Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur Michelet, ainsi que de rééditions de l’œuvre de cet historien (Histoire de France, 17 vol., éditions des Équateurs, 2008-2009). Elle prépare actuellement la réédition de l’Histoire de la Révolution dans la collection « Pléiade ».

Mercredi 8 mars

« Le pont et la porte » : par-delà les frontières des États

Lucile Medina

En partenariat avec les Cafés Géo de Montpellier

La métaphore du pont et de la porte empruntée à Georg Simmel sied bien aux frontières. Le contexte politique et économique mondial a entraîné une évolution des fonctions de l’ensemble des frontières étatiques et renouvelé l’approche des frontières depuis les années 1990, faisant émerger de nouveaux questionnements quant à leur statut. C’est le plus souvent l’érection de murs et de dispositifs frontaliers de fortification et de contrôle migratoires qui retiennent l’attention. Pourtant, des expériences de coopération se multiplient aussi, qu’elles reposent sur des accords binationaux ou soient le fruit d’initiatives locales plus informelles, en Europe mais aussi dans les Suds. Comment se conjuguent aujourd’hui le renforcement de liens de part et d’autre des frontières et la sécurisation des limites étatiques qui tend au contraire à les fermer ? Quid également de l’objectif de rattrapage et de développement des régions frontalières dans ce contexte ? Ce regard à travers les coopérations transfrontalières permet de renverser le prisme habituel du modèle centre-périphérie pensé aux échelles nationales et de regarder autrement la fabrique de ces territoires aux dynamiques et aux acteurs spécifiques.

 

Lucile Medina est agrégée de géographie, maître de conférences à l’université Paul Valéry Montpellier 3, où elle co-dirige le Master Étude du Développement. Elle a obtenu le prix de thèse du CNFG en 2005. Ses recherches s’intéressent aux dynamiques transfrontalières en Amérique centrale.

Mercredi 15 mars

Habiletés sociales dans l'autisme, de la norme aux troubles

Amaria Baghdadli

En partenariat avec la Semaine du Cerveau, Montpellier

L'autisme et les autres troubles envahissants du développement apparaissent dès l'enfance et ont un caractère durable à l'adolescence et à l'âge adulte. Les personnes concernées, même lorsqu'elles ont accès au langage, sont en grande difficulté dans leurs interactions sociales et leurs possibilités de communication. Leur capacité d'intégration sociale reste limitée, ce qui influe très négativement sur leur qualité de vie. Les interventions thérapeutiques ou éducatives doivent donc cibler l'amélioration des habiletés sociales. Cette pratique inspirée de la thérapie cognitive et comportementale, connue dans le champ de la réhabilitation où elle est appliquée depuis longtemps, est encore peu proposée en France. Amaria Baghdadli rappellera les concepts cliniques et théoriques sur l'autisme et présentera les méthodes d'évaluation des cognitions sociales et les modes de prises en charge, avec l’objectif de donner des clés de compréhension d'un monde dont les codes sociaux nous échappent souvent.

 

Amaria Baghdadli, professeur en pédopsychiatrie, responsable du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent au CHU de Montpellier et médecin coordinateur du Centre de Ressources Autisme en LR. Elle est co-auteur du livre Entraînement aux habiletés sociales appliqué à l'autisme (Elsevier Masson, 2011) et a publié de nombreux articles sur l’autisme.

Mercredi 22 mars

Repenser la frontière homme-animal : vers la chute du mur ?

Élise Huchard

Comprendre la nature de la frontière qui sépare les hommes des animaux est une question qui a traversé les civilisations, faisant appel à de nombreuses disciplines, de la théologie et la philosophie à la zoologie ou l'anthropologie, et plus récemment la biologie évolutive, la génétique, et l’éthologie. Cette question n’a jamais suscité un tel intérêt, associé à des inquiétudes quant aux conditions d’utilisation des animaux dans nos sociétés. La biologie évolutive rejette une différence de nature entre hommes et animaux, en montrant la continuité des traits génétiques, morphologiques et comportementaux séparant les espèces. Quant aux découvertes récentes des éthologues, portant sur la cognition, la communication, l’usage d’outils, la complexité stratégique des interactions sexuelles et sociales, ou encore les cultures et les personnalités animales, elles ne cessent de miner les hypothèses traditionnelles quant à la nature de cette frontière, et sont parfois considérées comme formant la base d’une révolution scientifique. Dans le même temps, des philosophes de plus en plus nombreux ont réinvesti la question avec un regard nouveau, qui s’interroge sur la validité de notre tradition humaniste et anthropocentriste, et sur les implications morales de la chute de la frontière entre hommes et animaux.

 

Élise Huchard est vétérinaire de formation, puis a entamé une carrière de recherche en biologie évolutive, sur le comportement animal. Elle a passé quelques années à l’étranger, à l’université de Goettingen et de Cambridge, avant de rejoindre le CNRS, dans l’équipe « Biologie Évolutive Humaine » de l’Institut des Sciences de l’Evolution de Montpellier. Elle travaille sur l’évolution des sociétés animales, en étudiant les déterminants et les conséquences évolutives des interactions sociales et sexuelles entre individus, et en particulier les conflits liés à la reproduction. Ses travaux portent sur des populations sauvages de primates (babouins, lémuriens) et de carnivores (suricates) à travers le suivi à long-terme des individus, qui permet de retracer leur « histoire de vie », de la naissance à la mort.

Mercredi 29 mars

Faut-il craindre les pandémies ?

Arnaud Fontanet

Ebola, Zika, grippe, SRAS… autant de menaces récurrentes relayées par les médias. Connaît-on mieux aujourd’hui l’origine de ces nouveaux virus ? Sont-ils plus nombreux, ou simplement mieux détectés ? Est-on prêt à les combattre ? Que faudrait-il faire pour mieux nous préparer ? Autant de questions qui seront abordées lors de cette conférence qui étudiera les conditions d’émergence des nouveaux virus, leur impact, et les nouveaux outils à notre disposition pour mieux les combattre.

 

Ancien interne des hôpitaux de Paris, docteur en médecine (université Paris V) et en santé publique (université de Harvard), Arnaud Fontanet est spécialisé en épidémiologie des maladies infectieuses et tropicales. Ses principaux thèmes de recherche sont les hépatites virales et les virus émergents. Arnaud Fontanet est également professeur titulaire de la Chaire Santé et Développement au Conservatoire National des Arts et Métiers (Cnam) et Directeur de l’Ecole Pasteur-Cnam de Santé Publique. Il est depuis juillet 2014 Directeur du nouveau Centre de Santé Globale de l’Institut Pasteur.

Mercredi 19 avril

Art et Astronomie - Impressions célestes

Yaël Nazé

Cette conférence vous invite à un voyage aux frontières mouvantes et incertaines des plus belles réalisations de l’esprit humain : l'Art et la Science - en particulier l'Astronomie. Le ciel possède un énorme pouvoir évocateur, une force inspiratrice à nulle autre pareille, mais l'inspiration n’est pas la seule des relations entre l'Art et l'Astronomie. Les artistes peuvent apporter leur grain de sel aux révolutions scientifiques, tandis que l’astronomie peut aider à comprendre certaines œuvres. De l'Orient à l'Occident, de l'Antiquité à l'époque contemporaine, du classique au plus inattendu, bienvenue dans un musée imaginaire croisant sensibilité intime et compréhension du Cosmos.

 

Yaël Nazé est astrophysicienne FNRS à l'université de Liège. Ses recherches portent sur les étoiles très massives, qui atteignent plusieurs dizaines de fois la masse de notre propre étoile, le Soleil. Bien que rares, ces astres chauds, brillants et massifs dominent les galaxies qui les accueillent. L'astronome tente de comprendre leur évolution, mais aussi leurs interactions. Outre la publication d'une dizaine de livres, elle collabore en permanence à diverses revues belges, françaises ou américaines, notamment L'Astronomie, La Recherche, ou encore Astronomy.

Mercredi 26 avril

Aux frontières entre espèces: à l'origine de la diversité biologique

Carole Smadja

Comment apparaissent de nouvelles espèces (ce que l’on appelle la spéciation) et de nouvelles adaptations dans le monde vivant ? À ces questions longtemps étudiées et débattues depuis des siècles et particulièrement depuis la théorie darwinienne, les recherches actuelles apportent un éclairage nouveau. Alors que l’isolement géographique était considéré comme le mode premier de spéciation et de diversification, les avancées en biologie et génomique évolutives témoignent du rôle important des échanges de gènes entre entités biologiques par hybridation. Le renforcement de l’isolement reproducteur en réponse à l’hybridation, l’émergence d’espèces hybrides et l’acquisition d’adaptations par introgression sont autant de phénomènes se déroulant à ces frontières poreuses entre espèces ou populations. L’objectif de cette conférence est d’illustrer ces nouvelles approches et connaissances qui révolutionnent ce domaine de la biologie.

 

Carole Smadja est biologiste, chargée de recherche au CNRS et travaille à l’Institut des Sciences de l’Évolution de l’université de Montpellier. Ses recherches dans le domaine de la biologie évolutive portent sur l’étude des processus à l’origine de la biodiversité et de la formation de nouvelles espèces. Elle développe notamment des approches de génomique évolutive sur des espèces aussi variées que des souris, des pucerons ou des palmiers, qui visent à identifier les changements génétiques à l’origine de l’adaptation et de la spéciation et les forces à l’origine de ces changements.

Mercredi 3 mai

Territorialité, cosmogonie, physiologie et transgression : des « frontières » en Grèce ancienne.

Monique Halm-Tisserant

Dans la Grèce ancienne, la frontière (horos), entité géopolitique, délimite le territoire de la Cité : la chôra. Dans ce cadre territorial, les Grecs distinguent le centre de la périphérie, opposant l'espace de la cité aux extrémités du territoire (eschatiai), la civilisation à la nature sauvage. Face à la souillure que répand le sang versé, la pénalité perçoit la frontière comme un lieu d'éviction, « sur » ou « par-delà » lequel s'exécutent les peines capitales. Ce bornage territorial s'impose comme l'archétype symbolique de toutes les frontières : cosmique, physiologique, anatomique. Les termes du monde – montagnes, gouffres – structurent la hiérarchie verticale de l'univers : ciel, terre, enfers. Renversée lors des festins cannibales que Tantale et Lycaon servent aux dieux, la table rétablit la frontière physiologique (divin/mortel) que l'alimentation carnée voulait annihiler. Le déni de l'acte cannibale entraîne chez Térée et Thyeste la régurgitation des chairs : le pylore, porte du ventre, répond à la « frontière » qui, dans le Timée , cloisonne dans la tête l'âme rationnelle. Obturations et passages, les frontières ont leur gardien, Hermès, qui en est aussi le transgresseur attitré.

 

Monique Halm-Tisserant est diplômée de l'Institut d'Études Politiques, docteur en Sciences de l'Antiquité et Maître de conférences retraitée de l’université de Franche Comté. Parmi ses ouvrages : Cannibalisme et immortalité. L'enfant dans le chaudron en Grèce ancienne (Belles Lettres, rééd. 2007), ou encore Réalités et imaginaire des supplices en Grèce ancienne (Belles Lettres, rééd. 2013).

Mercredi 10 mai – Conférence de clôture

Frontières : mondialisation, intériorisation, militarisation 

Etienne Balibar

Ce que les géographes, les juristes, les diplomates appellent le « régime frontalier » est manifestement en voie de transformation accélérée. Il ne s’agit pas seulement des frontières elles-mêmes, mais du régime frontalier qui est constitutif de nos sociétés. Cette transformation ne se fait pas dans la clarté d’un processus réglé mais dans l’urgence, dans la violence et la confusion. Elle est profondément déstabilisatrice pour la conscience des citoyens, qui pourtant en perçoivent l’importance.

Il est fondamental d’élargir et d’approfondir la définition du régime frontalier qui nous est proposée, par des analyses philosophiques, historiques et géopolitiques. Pour ouvrir la discussion, la conférence esquissera ces analyses et proposera une perspective anthropologique de longue durée sur la fonction des frontières. Celles-ci n’ont pas toujours été définies par le « tracé » de nos cartes géographiques. Par ailleurs, elles ont imposé une logique spécifique à deux questions qui traversent toute l’histoire des collectivités humaines : d’une part représenter et disposer à la surface de la terre les territoires et les routes de communication, d’autre part donner une visibilité aux différences d’appartenance et de communauté. Les frontières organisent le monde et se réfléchissent dans le sentiment d’identité commune.

Quelle sont l’origine et les tensions qui habitent d’emblée l’institution de la frontière nationale, inventée par l’Europe classique et ensuite projetée par elle dans le monde entier ?

Quelle « déconstruction » de l’institution frontalière produit la mondialisation capitaliste actuelle, dans laquelle se dissocient les mouvements (ou « flux ») de personnes, de marchandises et de capitaux, d’information ?

À la lumière de l’actualité, quel rapport entretiennent ce changement du « régime frontalier » de nos sociétés et les transformations en cours dans la fonction et la délimitation de la violence, brouillant cette autre « frontière » qu’est la distinction de la guerre et de la paix, et produisant une sorte de fuite en avant dans la quête de fortification des lieux de vie et d’exercice de la politique ?

 

Etienne Balibar est professeur émérite de philosophie politique et morale, il a enseigné à l’université de Paris X Nanterre et a été titulaire de la chaire de philosophie européenne moderne à l’université Kingston de Londres. Il a notamment publié Nous, citoyens d’Europe ? Les frontières, l’Etat, le peuple (Éditions La Découverte, 2001), Violence et Civilité (Éditions Galilée, 2010), La proposition de l’égaliberté. Essais politiques 1989-2009 (P.U.F., 2010), Citoyen-Sujet et autres essais d’anthropologie philosophique (PUF, 2011), Saeculum. Culture, religion, idéologie (Galilée, 2012), Europe, crise et fin ? (Le Bord de l’Eau, 2016), Des Universels (Éditions Galilée, 2016).

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