Exposition virtuelle : Les transformations de l'Esplanade

N'ayant plus d'utilité militaire, l'Esplanade est cédée à la Ville pour en faire un lieu de promenade offert aux Montpelliérains. Les travaux sont une illustration des embellissements urbains réalisés à Montpellier au XVIIIe siècle.

De « La Roquelaure » à la promenade de l’Esplanade (1723-1729)

Voir l'image en grand Plan de Montpellier, XVIIIe s. AMM, 2Fi364, détail

L'esplanade, vaste terrain libre entre la Citadelle et les remparts de la Ville, est aménagée en promenade au début du XVIIIe siècle. Après le siège de 1622, Louis XIII rétablissant l'autorité royale sur Montpellier, entreprend de construire la Citadelle de 1624 à 1627. Son emplacement sur la colline de Montpellieret, face à la Ville permet de la surveiller. Le conseil délibère le 8 janvier 1628, la construction de deux corps de garde à l'extrémité des murs de jonction reliant l'Esplanade à la Citadelle, permettant de clore l'espace. Dès 1629, cet aménagement en promenade est envisagé par Richelieu, avec la démolition des murailles.  Le mur de la commune clôture démoli et les anciens fossés qui l'entourent comblés, laissent place à un vaste terrain en friche, que certains riverains n'hésitent pas à privatiser. 

(1656-1738) Duc de RoquelaureMais c’est en 1723, que le duc de Roquelaure, commandant en chef du Languedoc, s’indignant du dépotoir laissé sur les lieux (décombres du  siège, et amas de salpêtre provenant de la raffinerie de l’Esplanade), décide d’y réaliser une promenade, selon les plans de l'ingénieur Dominique Senès, (1723-1729). Les 7 et 9 juillet 1723, le conseil des 24 délibère son aménagement par l’aplanissement des sols et la plantation d’ormes. Et sans attendre la décision du roi, Dominique Senès, propose le 15 août 1723 un devis des travaux, réalisés dès le 9 septembre suivant, transformant ce terrain en promenade arborée, idéale en lisière de ville, car sa « vue est charmante, puisque d’un côté elle s’étend sur la mer et que de l’autre elle donne sur une montagne. » Les jardins et maisons n’étant pas alignés, Senès impose leur alignement avec un mur de façade uniforme de 3,30 mètres de hauteur et une balustrade en couronnement, « les uns pour le terrain qu’ils gagneront, les autres pour le plaisir qu’ils trouveront d’être en terrasse sur l’aplanissement, et tous pour l’avantage qu’ils auront d’avoir à leur porte une promenade magnifique. ». Pour le conseil d'Etat, ces travaux doivent être effectués, aux frais des riverains, décision provoquant protestations et procès.  Finalement, « Sa majesté désirant que les ouvrages commencés à l’Esplanade, soient promptement achevés, suivant le plan et devis du sieur Sénès, ... fit don aux dits propriétaires des maisons longeant l’Esplanade, des terrains inféodés de la commune clôture et des anciens fossés supprimés (arrêt du 18 janvier 1724). L’ouverture de ce grand chantier de terrassement dure de nombreuses années et nécessite une forte main d’œuvre et d’importants financements.

Voir l'image en grand Citadelle, J, Mareschal, 1787. MMM, btv1b55004074r, détail

«  Pour parvenir au fonds nécessaire pour l’aplanissement, plants d’arbres et autres ouvrages convenables à l’embellissement de l’Esplanade de ladite ville. », la ville de Montpellier à court de finances, décide d’affecter aux travaux, le produit d’une taxe sur la viande, « prélevant un denier pour chaque livre de viande tuée, débitée et consommée dans la ville, à compter du 21 octobre 1723 », pendant douze ans. 

Voir l'image en grand

Le cahier des charges précise que les travaux avaient déjà coûté 56 000 francs en 1725,  et qu’il fut nécessaire d’empiéter sur une partie de la demi-lune en avant de la Citadelle, dont l’angle s’étendait alors jusque vers le milieu de la grande allée. En décembre 1723, le terrain est aplani et enrichi, puis planté d’ormeaux formant cinq allées où y sont installés des bancs de pierre. L’Esplanade a alors 500 mètres de longueur, avec une allée centrale de 28 mètres de largeur, et des allées latérales de 14 mètres, soit 84 mètres de largeur en tout. En hommage à son créateur, on décide de l’appeler « la Roquelaure ».

1723-1726 : L’accès par l’escalier du Pila Saint-Gely

Voir l'image en grand Du 15 mai 1841. AMM, série O d Plan mur soutènement de l'Esplanade, signé E. Teste, architecte

Au nord de la promenade du côté de la porte du Pila Saint-Gély, on envisage en contrebas, la construction d’un mur de soutènement et celle d’un escalier. Le 27 mars 1724, on pose la première pierre. Le 7 décembre 1724, un complément de financement s’impose pour le parachèvement de la promenade (travaux d’aplanissement et de maçonnerie), et Pierre Nogaret, maître plâtrier soumet son devis le 5 janvier 1726 pour  « enlever les buttes de terre, baisser de trois quart la partie supérieure de la rue des Jésuites afin que la rampe ait une pente égale. Construire un mur de soutènement pour soutenir les terres de la rampe et un escalier de 35 marches et deux contreforts, afin de faciliter la communication de l’extrémité nord de l’Esplanade avec le chemin en pente menant à la Porte du Pila Saint-Gely.  Y ajouter deux pilastres en pierre de taille de Vendargues, jusqu’à la hauteur de la corniche. Paver avec des cailloux de premier choix et gazonner les contre-allées après avoir pioché le terrain en profondeur sur deux pieds sur toute la largeur et remplacé la mauvaise terre par de la bonne. » 

Voir l'image en grand AMM, II553a, détail 1er bassin central construit en 1775, comblé en 1779



1775-1781 : Construction de bassins et protection des plantations
En 1775, un grand bassin octogonal est construit au centre de la grande allée, comblé par du gazon pour des raisons de sécurité et d’insalubrité en 1779, puis remplacé par deux bassins avec jets d’eau d’une grande portée, la même année. Pour une meilleure pousse des arbres, on adopte en 1779, une plantation en quinconce, avec le 24 février 1781 la construction d'une banquette côté du chemin, afin de les protéger contre les chocs des charrettes.

1827-1847 : Trois allées au lieu de cinq
La promenade est régulièrement endommagée par les pluies torrentielles, et les Montpelliérains s’en plaignent. Pour la garder en état et prévenir ces dégâts, on réhausse la banquette en 1827 et de grands travaux de réaménagement sont lancés en 1846 (travaux d’engravement, dallage et ciment des allées). On adopte une nouvelle division, en réunissant les deux allées latérales en une seule. L’ensemble constitue alors trois allées au lieu de cinq. La grande allée du milieu large de 30 mètres et les deux autres de 26 mètres en y laissant 1 mètre aux extrémités en dehors. Et en février 1847, le remplacement du parapet bordant le nord de l’Esplanade par une balustrade en pierre de taille, est effectué.

Voir l'image en grand Plan d'alignement de l'Esplanade, dit Atlas des jardins, 5 octobre 1825. AMM, 1Fi10-13

Promenade de l’Esplanade à l'Esplanade Charles-de-Gaulle
L'appelation de Roquelaure  est vite remplacée par celle de « Promenade de l’Esplanade ». Ainsi l’Indicateur  des rues de 1838, mentionne la Promenade de l’Esplanade, et la rue qui la longe, rue de l’Esplanade ou Chemin de Nîmes, celui-ci prenant le nom de  boulevard de l’Esplanade , dans l’indicateur des rues de 1853. Enfin, le 18 juin 1969, la promenade est rebaptisée Esplanade Charles-de-Gaulle, lors d'une cérémonie  commémorant l’appel du 18 juin 1940.



Des ormes aux platanes : choix des essences et entretien des allées

Voir l'image en grand Plan de la Ville et de la Citadelle. AMM, II500, détailDès le XVIIIe et tout au long du XIXe siècle, les plantations de l’Esplanade préoccupent les autorités qui font appel à de nombreux professionnels (jardiniers pépiniéristes, botanistes et ingénieurs), de toute la France, pour le choix des essences et le soin des arbres chétifs ou malades. L’état des terrains en friche et la mauvaise qualité de la terre nécessitent tout d’abord, une forte main-d’œuvre et l’apport de nouvelle terre. Pour y parvenir, des jardiniers sont employés pour la labourer, nourrir et l’irriguer. Hormis cela, les intempéries (tempêtes et pluies torrentielles), endommagent régulièrement la promenade, devenant impraticable, au grand regret des Montpelliérains qui s’en plaignent. Pour la garder en état et prévenir ces dégâts, d’importants travaux sont régulièrement entrepris. En décembre 1723, l'Intendant du Languedoc, Louis-Basile de Bernage (1691-1767), commande 300 ormes provenant de Lyon et signe des baux de 5 ans aux jardiniers pour l’entretien des allées. 

Parmi eux, Philibert Foulquier, adjudicataire le 15 octobre 1724, qui voit son bail reconduit en 1729. Il précise dans son Mémoire, « s’engager à remplacer 70 arbres de chaque espèce manquant, et qu’il fournira le fumier nécessaire (...) Que les arbres plantés en avril jusqu’à septembre seront arrosés tous les 15 jours. » et que « le choix des arbres va pour des tilleuls, ormes, sycomores, chênes blancs.» 

Voir l'image en grand Intendant du Languedoc. MMM, Portrait002 Basile de Bernage,(1691-1767)

Voir l'image en grand 2 décembre 1723. AMM, DD97 Commande de 300 ormes à Lyon

Pierre Nogaret, adjudicataire des ouvrages d’embellissement, soumet son devis le 5 janvier 1726, avec des recommandations pour l’entretien des terres de mauvaise qualité, qu’ il faut « piocher sur 2 pieds de profondeur sur toute la largeur, empacter un pied de hauteur de cette mauvaise terre en remettre de même quantité de bonne. (...) la seconde façon se labourera avec la charrue au mois de mai et une troisième au mois de juillet et dans le mois de septembre, et puis on sèmera de l’herbe dont la graine sera cueillie dans les près avec la main après qu’elle aura été semée on la couvrira avec les râteaux ayant attention de bien faire. (…). L’entrepreneur sera tenu d’entretenir le gazon pendant l’année à ses dépens. C’est-à-dire d’arracher les mauvaises herbes et de ressemer des graines de foin aux endroits où le gazon pourrait manquer. (…)» .

Le 22 août 1775, on envisage de remplacer les arbres morts de l’Esplanade par de nouvelles essences. Après avoir choisi les tilleuls de Hollande, on opta finalement pour des marronniers. Mais en 1779, les arbres morts sont arrachés et un choix d’essences plus résistantes s’impose. Pour une meilleure aération et pousse des arbres, on les plante en quinconce. Outre les problèmes de terrain défavorables, les dégradations des charrettes et des passants empêchent la pousse des jeunes arbres. Pour y remédier, plusieurs mesures sont prises, comme l’ordonnance du 18 mai 1731, interdisant la dégradation des arbres de l’Esplanade, (sous peine de 100 livres d’amende) et ordonnant aux propriétaires riverains détenteurs de puits d’eau, de fournir à tour de rôle, l’eau pour arroser les arbres sous peine de désobéissance. 

Voir l'image en grand 18 mai 1731. AMM, DD97 Ordonnance réquisitionnant puits privés

En 1757, on interdit aux marbriers d'y travailler sous peine d’amende, leurs outils et matériaux laissés sur place, causant vandalismes et dégradations. En 1780, c’est la circulation des voitures et les baignades dans les bassins, qui sont sujets à scandales et proscrits par les autorités. « Le procureur du roi a dit : Nous apprenons de toutes part, qu’on dégrade la promenade, appelée Esplanade, que la ville vient de réparer à grands frais, tout comme les arbres dont elle a été embellie, et qu’il s’y commet des désordres et des scandales aussi nuisibles au bon ordre, à la tranquillité publique, qu’à ceux qui s’y donnent lieu. ». Le 8 février 1839, des mesures sont à nouveau prises par délibération, pour empêcher le dépérissement des arbres. Puis en 1846, de grands travaux de réaménagement sont lancés pour réparer la promenade endommagée par les intempéries, et faciliter la pousse des platanes trop rapprochés. Une nouvelle division des allées est adoptée, en réunissant les deux allées latérales en une seule, l’ensemble constituant trois allées au lieu de cinq. 

Voir l'image en grand (Ganges, 1823-Montpellier, 1888) Jules Planchon, botanisteLa grande allée du milieu large de 30 mètres et les 2 autres de 26 mètres avec 1 mètre aux extrémités en dehors. Cela permettant aux promeneurs de mieux circuler et d'apporter plus d’espace aux arbres trop rapprochés, souvent malades et dont certains sont remplacés, en 1848 par des platanes. Enfin, le 5 mai 1874, la Ville nomme d'éminents botanistes Montpelliérains, Jules Planchon, Jules Lichtenstein, Charles Martins, Léon Cauvy et Frédéric Bazile, à une commission, « pour rechercher les causes du dépérissement des arbres et endiguer les moyens propres à y remédier »

Un lieu ouvert mais surveillé
Soumise au Code municipal de 1836, qui précise qu’un gardien au costume de sergent de ville, veille à la conservation de la promenade et à ce que personne ne dégrade les lieux, ou ne prenne l’eau des fontaines, (à moins d’une permission par écrit du maire, valable 1 mois). Enfin, afin d’améliorer la sécurité et la qualité des concerts militaires qui y sont donnés, un nouvel éclairage est réclamé par l’armée et les Montpelliérains. L’éclairage à l’huile est substitué par le gaz le 27 juin 1874, lui-même remplacé par des candélabres électriques à incandescence dans les années 1920. 

L'irrigation et les bassins de l'Esplanade

Voir l'image en grand AMM, II553a, détail Premier bassin central de l'Esplanade construit en 1775, comblé en 1779.

En 1762, alors que les travaux d’embellissement de la promenade durent depuis 30 ans, on envisage la construction d’ « une fontaine qui fera un bien bel effet ». Face au dépérissement des arbres plantés, le conseil demande le 5 décembre 1767 à l’ingénieur Laurens, d’examiner les possibilités d’acheminer l’eau de la fontaine de l’arc du triomphe du Peyrou à la promenade. Le projet momentanément écarté, sera ré-envisagé le 6 mai 1775, date à laquelle un grand bassin octogonal est construit, au milieu de l’allée centrale. Comblé pour des raisons d’insalubrité et d’incommodité, il est transformé en un carré de gazon en 1779. La même année, on confie aux architectes de la Ville Jean-Antoine Giral et Jacques Donnat, le soin d’étudier le prolongement de la canalisation de la fontaine de l’Hôtel de Ville plus proche que celle du Peyrou,  jusqu’ à la Porte de Lattes et l’Esplanade. La pente du terrain étant favorable, les travaux, de l’irrigation souterraine de la fontaine de l’Intendance, sont effectués. Des tranchées sont creusées et l’on construit alors un réservoir d’eau, alimentant deux nouveaux bassins aux extrémités nord et sud de l’allée centrale, avec des jets d’eau d’une grande portée, facilitant à la fois, la circulation des promeneurs et l’arrosage des arbres.

Voir l'image en grand Projet deux bassins et réservoir d'eau aux extrémités de l'Esplanade, signé Donnat, 1779. AMM, II553 c

Voir l'image en grand 20 mai 1780. AMM, DD96 Ordonnance interdisant la baignade

Mais dès 1780, suite à de nombreux incidents troublant l’ordre public (chutes accidentelles des passants, baignades en tenue d'Adam, lessives, récupération des eaux versantes…), on envisage déjà la suppression des deux bassins en conseil municipal. L’ordonnance du bureau de police du 20 mai 1780 relate les faits : « Depuis qu’on a donné l’eau aux bassins qui sont aux deux extrémités de cette promenade, les personnes de tout sexe ne craignent pas de s’y baigner nues. On offre à la vue du public une indécence opposée à la pudeur, aux bonnes mœurs, on donne lieu à des propos honteux, à des conversations indécentes, entre ceux qui s’y baignent, et ceux qui sont attirés aux bassins, par le spectacle que donnent les premiers.» (…) « Le procureur du roi a dit : Nous apprenons de toutes part, qu’on dégrade la promenade, appelée Esplanade, que la ville vient de réparer à grands frais, tout comme les arbres dont elle a été embellie, et qu’il s’y commet des désordres et des scandales aussi nuisibles au bon ordre, à la tranquillité publique, qu’à ceux qui s’y donnent lieu. ». Pour un meilleur arrosage des arbres et suite à l’approbation du Préfet du 28 décembre 1846, l’installation d’un aqueduc souterrain permettant une irrigation plus rationnelle est acté et c’est Jean Cassan, l’architecte de la Ville qui supervise les travaux et signe son avant-métré en 1851. Les deux bassins de l’Esplanade, toujours en place au XIXe siècle, sont restaurés par Jacques Donnat en 1808 et on envisage à nouveau de les supprimer en 1839. Leur couronnement est finalement reconstruit en 1873. Ce n’est qu’en 1896 à l’occasion de l’Exposition nationale de Montpellier, que le bassin du nord est comblé, et celui du sud supprimé en 1898. Presque cent ans plus tard, en 1988, le maire Georges Frêche entreprend de reconstruire les deux bassins à l’identique, ornés de pelouses fleuries. 

Un enjeu de territoire entre civils et militaires

Voir l'image en grand AMM, carte postale, 6Fi1505-01 Revue sur l'Esplanade par Gal Faurie, s.d.L’Esplanade terrain d’entrainement militaire
La création de la promenade empiétant sur le terrain militaire et de la Citadelle, occasionne de nombreuses tensions entre la Ville et les militaires. Non contente de devoir changer ses habitudes d’entrainement, l’armée retarde et perturbe le bon déroulement des travaux. Les autorités sont souvent contraintes de se consulter et de négocier pour les réaménagements, droits de passage ou l’occupation des sols (notamment lors des foires et expositions). Dès 1723, l’armée conteste la propriété de la promenade à la Ville de Montpellier. 

Réglementation de la Promenade
Au XIXe siècle, l’Esplanade est soumise au Code municipal de 1836, qui précise qu’un gardien veille à ce que personne ne dégrade les lieux ou ne prenne l’eau des fontaines. Il est aussi chargé de s’assurer de ce que les troupes de la garnison ne fassent leurs exercices, ailleurs que sur le Champ de Mars ou sur les deux allées qui en sont les plus proches.

Un site « explosif » 
Un mémoire datant de 1762, donne le ton sur les différends entre la Ville et le Génie militaire, nous informant que des essais de poudre se seraient produits sur la promenade de l’Esplanade. 

Voir l'image en grand 18 mai 1835. AMM, série O c Délibération propriété Esplanade à la Ville

« Alors que la promenade d’agrément est achevée et qu’elle est rentrée dans les mœurs des Montpelliérains qui en apprécient la douceur, le ministre de la guerre a ordonné de faire construire un piédestal  pour faire des essais de poudre, ce qui « tend à rendre inutile et à faire détester une promenade qui est aussi nécessaire dans une grande ville comme Montpellier ». Les consuls avertissent que l’emplacement du piédestal causerait « une irrégularité choquante dans l’allée principale de l’Esplanade … dans un lieu où toutes honnêtes gens de la ville se rendent journellement, surtout que cette  promenade « est la seule qu’il y ait à Montpellier ». Les essais effectués antérieurement avaient déjà causé des dommages aux arbres et aux bancs. Les consuls veulent alors empêcher la réalisation de ce projet nuisible se plaignant qu’il ne soit pas prévu hors de la ville. 

Un siècle de contestation de propriété
De 1723 à 1868, le Génie militaire conteste  la propriété de l’Esplanade à la Ville de Montpellier. Après des années de litige, la Ville parvient à prouver sa légitimité. S’appuyant sur les enquêtes et archives, comme le rapport Claparède de 12 février 1846, qui retrace l’histoire du site et conteste les attaques du Génie militaire, en prouvant que les travaux ont été faits aux frais de la Ville. En 1868, le Traité signé par la Ville et le ministère de la guerre met fin à la prétention de l’armée. En complément, vingt ans plus tard, le 9 mai 1887, la Ville parvient à négocier avec l’armée, l’échange du Champ de mars, pour en faire un jardin public, contre un nouveau champ de manœuvre militaire avenue de Toulouse. Le champ de Mars est ainsi acheté par la Ville le 23 décembre 1887.

De l'échafaud à la "Foire expo"

Claude Brousson, (1647-1698)

Du lieu d'exécution à la promenade
L’échafaud est en effet, dressé sur l’Esplanade à mi-chemin entre la Citadelle, dans un espace sous juridiction militaire. « Une stèle commémorative pour les 35 pasteurs et prédicants exécutés sur l’Esplanade, au pied de la Citadelle, entre 1690 et 1754, a été dressée dans l’actuel jardin du Champ de Mars, à l’endroit où selon la tradition se trouvait l’échafaud. ». Parmi eux, le pasteur et frère de Marie DurandPierre Durand, fut pendu le 22 avril 1732. Deux ans auparavant, en 1730, l'intendant Nicolas de Bernage, faute d'avoir pu l'arrêter, avait fait emprisonner son père et sa soeur Étienne Durand et Marie Durand. Cette dernière,  figure de la résistance protestante est emprisonnée à la tour de Constance, à Aigues-Mortes. Claude Brousson (1647-1698), avocat, lui aussi pasteur est « condamné à être rompu vif pour rébellion, écrits et libellés séditieux et assemblées illicites », le 4 novembre 1698. Sa tête avait été mise à prix 5000 livres par l’intendant Basville. La foules est considérable pour y voir le spectacle sur l’Esplanade. 

Lieu de vie et de divertissements
Rendue à la vie civile, l'Esplanade devient un lieu de commerce, rencontres et de divertissements. Elle est avec le Jardin du Peyrou, un lieu de vie où l’on vient se rafraîchir et se divertir, grâce aux nombreuses attractions qui s’y donnent, (exhibitions, foires, concours, expositions, carnavals, feux d'artifices, lacher de ballons…). Elle est aussi utilisée de façon officielle dans le cadre de festivités commémoratives et nationales.

Voir l'image en grand AMM, série I Podium pour la venue de Sadi Carnot au Ve Centenaire de l'université, 1890

VIe centenaire de l'Université de médecine , 21 au 26 mai 1890
En l'honneur du Président de la République Sadi Carnot, qui s'est rendu à Montpellier pour l'occasion et qui préside le VIecentenaire, tous les édifices communaux et l’Esplanade sont illuminés. Un banquet et un grand feu d'artifice sont donnés sur le Champ de Mars, suivis d’un bal populaire. «  Un grand portique est surmonté du char de la liberté trainé par deux lions. Au-dessus les inscriptions : « France » et « Vive la République française ! ».

Voir l'image en grand AMM, série I Devis du feu d'artifice du VIe centenaire, 1890

Plus bas : Université de Montpellier entre les deux dates 1290-1890 et au sommet final, 2500 fusées lancent vers le ciel une magnifique gerbe d’étincelles multicolores. » Pendant toute la durée des festivités une exposition des Beaux-Arts de la Société artistique de l’Hérault est installée à l’Esplanade. Puis, part du Peyrou la magnifique parade du Cortège historique du XVIe siècle, en l’honneur Rabelais et Rondelet, le dimanche après-midi 25 maiComposé de 520 personnes et de 230 chevaux, il comprend 4 unités : le char de Rabelais et de Rondelet, le char des Vignerons, le char de la Ville ancienne et le char Symbolique des six siècles, suivit du char de la Charité exécuté par le 2e Génie. Les personnages à cheval sont costumés en habit de soldats français du XVIe siècle. Enfin, une soirée de gala au théâtre est offerte par la Ville avec l'énonciation de l’Ode à l’Université de Montpellier écrite par le poète Henri de Bornier pour l’occasion et la représentation de l’opéra Patrie de Victorien Sardou, mis en musique par le Montpelliérain Emile Paladilhe.

Les Foires et expositions

Voir l'image en grand AMM, vers 1900, affiche, SC_01 Exposition PLM de Montpellier

Aux lundis de Quasimodo (après Pâques) et à la Toussaint (2 novembre), ont lieu les traditionnelles foires qui durent un mois sur l’Esplanade et le Champ de Mars. Y sont organisés des concours régionaux agricoles, hippiques, et diverses expositions canines, où les Montpelliérains et Héraultais présentent leurs joyaux ou explorent les nouvelles prouesses technologiques. S’y ajoutent les grandes expositions internationales ou nationales, dont celle de 1896.

L’Exposition nationale de 1896
« La Ville ouvre le 19 avril 1896 pour six mois l’exposition générale des produits de l’industrie, de l’Agriculture, de l’Enseignement, des Beaux-Arts ainsi que des Vins et Spiritueux, de l’Electricité et des Sciences sociales. » Elle se tient sur l’Esplanade et le Champ de Mars. Différents pavillons y présentent les dernières prouesses scientifiques et technologiques et  existantes, notamment en optique, tel le kiosque Cyclorama. Le public y découvre une chambre obscure, les vues des alentours projettées sur des murs tapissés de blanc au moyen d'une lentille éclairée par le haut et d’un disque mobile, « on peut y voir, la gare de Palavas avec sa station de fiacres, ses cochers somnolents, ses chevaux dont le vent agite la crinière, un léger déplacement nous montre le square avec son feuillage frémissant. Un coup de plus, et c’est la place de la Comédie avec son mouvement continuel.

Voir l'image en grand Incendie Exposition de 1896. AMM, Petit Parisien, 30 août 1896

Le disque s’abaisse et nous montre la façade du théâtre. » Près du Café Riche, le Kinétoscope de la société Edison, est pour la première fois à Montpellier, et offre une représentation de 15 cent images seconde, laissant le spectateur éberlué, face aux nouvelles images animées… A cette occasion, les frères Lumière, sont aussi à Montpellier du 24 avril au 27 juin 1896, pour y présenter la photographie animée, et leurs premiers films L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat, de 1895, et des Vues de Montpellier… 

Cette exposition bi-annuelle permet à toutes les professions de s’informer et de moderniser leur secteur. Mais le 18 août 1896, un incendie ravage le bâtiment principal, causant de grosses pertes matérielles et trois blessés. Le feu prend à quatre heures du matin consumant le Pavillon central et le Pavillon de l’enseignement qui contenait de remarquables collections, puis endommage l’aile droite du Cercle des étudiants et le Panorama de Reichshoffen, qui brûle dans son intégralité. Ilustrant la guerre de 1870, le mémorial de Reichshoffen se présentait sous la forme d'une rotonde panoramique, et comportait à la base de son toit conique, une zone vitrée circulaire éclairant, par en haut, une immense toile peinte déployée à l'intérieur sur 360 degrés, dessin en continu. « L’incendie est un désastre, il en est un surtout pour l’Université, dont les précieuses et rares collections étaient en grande partie momentanément réunies dans le pavillon de l’enseignement (dont la collection de livres rares de M. Roque-Ferrier). ».

Dès le lendemain, 19 août 1896, le conseil municipal est réuni en urgence. Le maire Alexandre Laissac, dans une lettre à la population, explique les causes exactes de la catastrophe et les mesures à prendre. Invitant les personnes sinistrées à se rendre au Grand café le 20 août 1896 à 17h. Parmi eux, les petits marchands, industriels et particuliers ayant généreusement prêté leur collection. On lit alors dans l’Eclair de Paris : « L’incendie qui vient de détruire la partie la plus importante de l’exposition de Montpellier, ne sera pas pour encourager les collectionneurs si souvent sollicités à prêter pour une exhibition publique les objets précieux qu’ils ont souvent eu tant de peine à acquérir. » Ou encore dans  Le Petit moniteur: « Il ne semble pas qu’à Montpellier, les précautions les plus élémentaires aient été prises.» Une rumeur court sur la destruction des trésors d’archives de la Ville exposés, vite démentie par l’archiviste lui-même dans sa lettre parue le 22 août 1896, dans l’Eclair. 

Voir l'image en grand 21 février 1899. AMM, série F Plan d'élévation du Village nègre

Le Village nègre, de la société d’exhibition ethnologique, 1899
A cette époque coloniale, ont lieu des expositions ethnologiques, à visée pédagogiques, pour le grand public, comme celles de 1899 et 1911, programmées sur l’Esplanade, reconstituant sur une surface de 2000 m2, un village de Sénégalais ou un village d’Esquimaux en 1911.

Les attractions, spectacles, jeux
La ville, est très sollicitée pour l’occupation de la promenade très fréquentée. Particuliers et professionnels souhaitent y présenter des attractions ou y communiquer (placards d’affiches, lâché de petits ballons réclame...). Athlètes, acrobates, artistes de spectacle et forains, candidatent en grand nombre. 

Conformément à  la procédure administrative, chaque candidature est soumise à l’enquête du commissaire qui après examen des bonnes mœurs du candidat, donne son aval. Parmi les nombreuses attractions, il y a le cosmographe installé de 1860  à 1900, dans la deuxième allée, au nord de l’Esplanade, grâce auquel on peut observer les étoiles…, les installations de tir, exhibitions sportives ou artistiques, et d’autres plus insolites, comme  celles de "La plus grosse tête du monde", les spectacles du Docteur magicien, G. Festa, le Théâtre Lauret avec sa Passion du Christ et la danse serpentine, les cirques Rancy ou de Bouglione avec ses pingouins (1933), le  funambule Djelmako (1932), la présentation de chiens et d’oiseaux savants, de pigeons voyageurs, d'une tortue géante, d'une génisse à six pattes… Tandis que d'autres en profitent pour faire la promotion de leurs commerces ou spectacles. Toute une économie se greffe aux activités du lieu, (kiosque à journaux et fleurs, laiterie, location de chaises, balançoires pour les enfants (voitures volantes, manèges de vagues de l’océan sur 14 mètres de diamètre lors du Carnaval, le 6 février 1897…), ventes de rafraîchissements … ). Les tarifs de location des chaises de la promenade sont également fixés à 0.5 centimes pour les jours ouvrés et 10 centimes pour les dimanches et jours de fêtes publiques ou religieuses.

Lieu de rassemblement politique : La crise viticole et la manifestation du 9 juin 1907 

Voir l'image en grand Manifestation viticole de 1907. AMM, carte postale, 6Fi57

Le 9 juin 1907, Montpellier, ville d’environ 75 000 habitants, est le théâtre d’un rassemblement sans précédent. Plus de 500 000 manifestants venus des départements de l’Hérault, de l’Aude, du Gard et de la Lozère défilent dans la ville. Les manifestants réclament des mesures contre la fraude, et annoncent la grève de l’impôt avec la démission des municipalités qui les soutiennent. L’ampleur de cette manifestation est le reflet de la crise viticole qui touche le Languedoc. « Les viticulteurs, menés par Marcelin Albert, se mobilisent en mars 1907 et lancent un vaste mouvement qui rencontre l’adhésion populaire, notamment à Montpellier qui, depuis le milieu du XIXe siècle vit au rythme des vendanges. 

L'aménagement du Champ de Mars en jardin public

Voir l'image en grand Jardin de l'Esplanade, vers 1900. AMM, carte postale,6Fi905

Une création du paysagiste  Edouard André (1840-1911)
Le 22 janvier 1897, le maire Alexandre Laissac présente au conseil municipal le projet de transformer le Champ de Mars bordant l’Esplanade en Jardin public, et de soumettre son aménagement à l’architecte paysagiste Edouard André (l’architecte paysagiste du jardin des Buttes-Chaumont de Paris). Le projet est approuvé le 8 novembre 1897, et les travaux durent de 1898 à 1900. 

Voir l'image en grand Plan jardin Champ de Mars. AMM, 2O7

Voir l'image en grand Edouard André, (paysagiste)

"Les travaux ont été exécutés dans des conditions assez défavorables à l'entreprise : la lenteur avec laquelle ont été obtenues les autorisations concernant le chemin du Génie, l'affluence du public sur le chantier, la sécheresse et les grands vents qui sont survenus après les plantations", sont autant de causes qui ont compliquées le chantier. C’est le maire, Michel Vernière qui l’inaugure le samedi 28 avril 1900, et le jardin ouvert dès le lendemain au public. « C’est un jardin à l’anglaise avec un plan d’eau, peuplé d’une trentaine d’espèces : cèdres de l’Atlas, ginkgos, liquidambars, magnolias, plaqueminiers, tulipiers de Virginie…« Un Pavillon est construit sur le Champ de Mars en 1891 pour héberger l’Association générale des étudiants de Montpellier. 

 

Après avoir été quelques années le pavillon du Musée Fabre, il redevient en 2007, le Pavillon populaire. » . Le Champ de Mars fait l'objet d'autres transformations, notamment en 1985, lors de la construction du Corum. 


1 - Montpellier, la protestante, Valdo Pellegrin, éditions Nouvelles Presse du Languedoc, 2009. AMM, 5BIB486

Les constructions et statues de l'Esplanade

L'Esplanade en cartes postales

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