Agora des Savoirs 2014-2015

La 6e saison de l'Agora des savoirs sur le thème (R)évolutions débute le mercredi 5 novembre 2014 et s'achève le mercredi 27 mai 2015. Les conférences ont lieu tous les mercredis soir (hors vacances scolaires), au Centre Rabelais de Montpellier, de 20h30 à 22h.

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Présentation

Déjà cinq ans d’existence et l’Agora des Savoirs repart pour une 6e saison. Grâce à l’aide d’un conseil scientifique composé désormais d’une quarantaine d’universitaires montpelliérains, cette manifestation populaire ouvre, cette année encore, une fenêtre sur les connaissances scientifiques et les dernières avancées de la recherche.

 

Cette année, 24 conférences, à une ou deux voix, seront l’occasion d’explorer le thème des (R)évolutions : certaines évoqueront les crises, bouleversements ou lentes transformations qui ont abouti à l’apparition du monde qui est le nôtre ; d’autres interrogeront la constitution et l’évolution des savoirs et des sciences, l’idée de « révolution scientifique » et de « révolution artistique » ; d’autres enfin tenteront de mieux cerner les enjeux et défis du monde qui vient, ses incertitudes et ses espoirs.

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5 novembre 2014 : Antoine Compagnon

Baudelaire dépolitiqué


Comme quoi on peut être un révolutionnaire en matière poétique, inventer la modernité esthétique, choquer les bourgeois par ses cheveux verts, être condamné pour offense à la morale publique, et professer les idées réactionnaires de Joseph de Maistre, l’idéologue de la contre-Révolution, sur ou plutôt contre le progrès, la démocratie, la photographie, les femmes. Baudelaire, qui s’écriait en février 1848 dans les rues de Paris : « Il faut aller fusiller le général Aupick ! », son beau-père, fut « dépolitiqué », comme il dit, par le coup d’État de 1851 et les plébiscites successifs. Il se mit à croire au péché originel, à l’infaillibilité du pape, aux vertus mystiques de la peine de mort. D’aucuns soutiennent qu’il resta pourtant un conspirateur révolutionnaire, un agent secret de la destruction de l’ordre. À chacun sa vérité.

 

Antoine Compagnon, né en 1950, est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de littérature française moderne et contemporaine. Il est professeur émérite de l’Université Paris-Sorbonne. Parmi ses nombreux ouvrages, il est l’auteur de La Troisième République des Lettres (1983) ; Proust entre deux siècles (1989) ; Le Démon de la théorie (1998) ; Les Antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes (2005) ; Une question de discipline (2013) ; Un été avec Montaigne (2013).

12 novembre 2014 : Priscilla Bayle

Les deux derniers millions d'années d'évolution humaine. Nouvelles découvertes et innovations méthodologiques

Où et quand le genre Homo est-il apparu ? A-t-il été le seul acteur des premiers développements culturels ? Homo erectus est-il le premier à avoir quitté le berceau africain ? Les Néandertaliens et les Hommes modernes se sont-ils rencontrés ? Quand et pourquoi les premiers ont-ils disparu ? Quels changements biologiques Homo sapiens a-t-il connu depuis son origine ? Ces changements sont-ils en lien avec des transitions culturelles et/ou des fluctuations environnementales ? Les découvertes archéologiques et paléoanthropologiques ainsi que les innovations méthodologiques s'enchaînent à un rythme toujours plus soutenu. Elles renouvellent profondément notre regard sur l'évolution biologique et culturelle de l'Homme au cours des deux ou trois derniers millions d'années, quand elles ne le transforment pas.

Priscilla Bayle est Maître de conférences à l'Université de Bordeaux et rattachée au laboratoire PACEA (CNRS / Université de Bordeaux / Ministère de la Culture et de la Communication). Elle est paléoanthropologue spécialisée dans l'étude de l'évolution de l'Homme à la fin du Pléistocène et dans l'application des méthodes d'imagerie 3D à haute résolution. Ses travaux portent sur les relations phylogénétiques entre les Néandertaliens et les Hommes modernes et sur l'évolution des processus de croissance et de développement, avec comme matériels principaux d'étude les dents fossiles. Elle mène des fouilles archéologiques dans le Sud-Ouest de la France.

19 novembre 2014 : Gilles Bœuf

L'aventure de la biodiversité : de l'océan à la cité

 

Les océans recouvrent aujourd’hui 71 % de la surface de la Terre et constituent le plus grand volume offert au vivant sur la planète « bleue ». Ils abritent plus de 235 000 espèces vivantes décrites. La Vie est apparue dans les océans il y a plus de 3 900 millions d’années et il s’y est produit des événements déterminants pour le Vivant, de l’apparition du noyau de la cellule au développement de la sexualité, en passant par la « pluricellularité » et la capture de bactéries qui deviendront, par symbioses, des organites, éléments-clés de la cellule. La sexualité aussi y a trouvé son origine.

Les relations entre océan et santé publique sont de divers ordres, tant physiques, chimiques que biologiques ou physiologiques. Certains modèles marins ont été à la base de découvertes essentielles en Sciences du vivant et à l’origine de l’obtention de Prix Nobel de physiologie et de médecine.

Les milieux aquatiques fournissent à l’humanité des ressources renouvelables, pêche et aquaculture réunies, tous groupes confondus. Mais ces ressources sont également très menacées. L’océan s’échauffe et s’acidifie, son niveau monte et les zones côtières s‘étouffent ! La biodiversité, si indispensable pour l’avenir de l’humanité, est bien menacée. On détruit notre capital. De quoi sera fait le futur et quelle Terre, quels océans laisserons-nous à nos enfants ?

 

Gilles Boeuf est Professeur à l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC) et effectue ses travaux de recherche au sein de l’Unité « Biologie intégrative des organismes marins » au Laboratoire Arago (Observatoire Océanologique) à Banyuls-sur-mer. Il est actuellement Président du Muséum national d’Histoire naturelle, Professeur invité au Collège de France et membre du Conseil Scientifique du Patrimoine Naturel et de la Biodiversité auprès du Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’énergie. Spécialiste de physiologie environnementale et de biodiversité, il est l’auteur de La biodiversité, de l’océan à la cité (Fayard, 2014).

26 novembre 2014 : Éliane Viennot

Féminiser la langue française ou revenir sur sa masculinisation ?

La plupart des initiatives visant à infléchir la langue française pour rendre plus visibles ou plus audibles les mots et les tournures qui représentent les femmes prônent sa « féminisation ». Et la plupart des personnes ou des institutions qui s’y refusent dénoncent ces initiatives comme contraires au fonctionnement de la langue et venues d’une confusion entre le domaine de la grammaire et celui de la société.

Ce désaccord très idéologique repose sur une méconnaissance de l’histoire du français. L’origine et les usages de cette langue l’avaient en effet conduite à des traitements quasi égalitaires des deux sexes, jusqu’à ce que des intellectuels clairement opposés à l’égalité entreprennent de la masculiniser. Effort laborieux : de préconisations en interdictions, il leur a fallu batailler jusqu’au beau milieu du XIXe siècle pour aboutir au résultat que nous connaissons. Un résultat partiel, toujours mis en échec par le fonctionnement organique du français, toujours objet de polémiques… et qu’il ne tient qu’à nous d’annuler.

 

Éliane Viennot est professeure de littérature à l’Université Jean Monnet (Saint-Étienne) et membre de l’Institut universitaire de France. Spécialiste de Marguerite de Valois et d’autres princesses de la Renaissance, elle s’intéresse plus largement à l’histoire des relations de pouvoir entre les sexes en France. Elle a publié dans ce domaine une quinzaine de volumes et fondé la Société internationale pour l'étude des femmes de l'Ancien Régime (SIEFAR).

3 décembre 2014 : Vincent Azoulay

Histoire de deux statues : les Tyrannicides d’Athènes



Agora des savoirs : Vincent Azoulay - Histoire... by villedemontpellier

Nous vous invitons à mieux connaître deux statues parmi les plus célèbres de l’Antiquité, les Tyrannicides d’Athènes. Représentant les meurtriers du tyran Hipparque en pleine action, ces statues érigées sur l’Agora ont eu un destin exceptionnel : tour à tour vénérées, outragées et imitées, elles ont connu alternativement des moments de gloire et d'épreuves qui, loin d’affaiblir leur rayonnement, en ont fait de véritables icônes de la démocratie athénienne. En reconstituant la vie mouvementée de ces effigies, de leur naissance jusqu’à leur disparition, il s’agira de prendre la mesure de leur caractère tout à fait exceptionnel. Suscitant des réactions passionnées, tantôt positives, tantôt négatives, ces deux statues en bronze méritent d’être considérées comme de véritables acteurs de l’histoire grecque, au même titre que Périclès ou Démosthène.

 

Ancien élève de l’ENS de Fontenay-Saint-Cloud et agrégé d’histoire, Vincent Azoulay est professeur d’histoire grecque à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et membre de l’Institut universitaire de France. Spécialiste de la vie politique et intellectuelle de l’Athènes classique, son ouvrage sur Périclès a été récompensé par le prix du Sénat du livre d’histoire en 2011. Il a publié récemment Les Tyrannicides d’Athènes. Vie et mort de deux statues aux éditions du Seuil.


10 décembre 2014 : Elisabeth Roudinesco

Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre

Après des décennies de commentaires apologétiques et de dénonciations violentes, nous avons bien du mal aujourd’hui à savoir qui était vraiment Sigmund Freud.

Or, depuis la publication des dernières synthèses de référence, de nouvelles archives ont été ouvertes aux chercheurs, et l’essentiel de la correspondance est désormais accessible. L’occasion était d’autant plus belle d’y revenir qu’il restait beaucoup à dire sur l’homme et son œuvre.

Le fondateur de la psychanalyse est d’abord un Viennois de la Belle-Époque, sujet de l’empire austro-hongrois, héritier des Lumières allemandes et juives. Penseur de la modernité mais conservateur en politique, il n’aura cessé d’agir en contradiction avec son œuvre, toujours au nom de la raison et des Lumières.

Le voici en son temps, dans sa famille, entouré de ses collections, de ses femmes, de ses enfants, de ses chiens, le voici enfin en proie au pessimisme face à la montée des extrêmes, pris d’hésitations à l’heure de l’exil à Londres, où il finira sa vie.

Le voici dans notre temps aussi, nourrissant nos interrogations de ses propres doutes, de ses échecs, de ses passions.

 

Historienne, directrice de recherches à l’Université de Paris-VII, Élisabeth Roudinesco est l’auteur de plusieurs livres qui ont fait date, notamment Histoire de la psychanalyse en France, Jacques Lacan. Esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée, Dictionnaire de la Psychanalyse (avec Michel Plon).

Annulation pour obligations académiques : 17 décembre 2014 : Jean-Luc Marion

Courbet ou la peinture à l’œil

Contrairement à sa légende, Gustave Courbet ne fut ni un peintre réaliste ni un peintre politique, encore moins un peintre provincial. Il fut révolutionnaire, bien sûr, mais en pratiquant, comme les plus grands, la peinture à l'oeil. Expression à entendre au double sens d'une peinture gratuite (ne dépendant ni des commandes de l'État ni des prix du Salon), et surtout d'une peinture qui ne fait pas « à l'idée » ce quelle aurait déjà prévu - mais qui voit dans l'acte même de peindre.

D'où une rupture avec le primat du dessin (Ingres), avec l'exotisme (Delacroix), le spectaculaire (Géricault), avec la maîtrise du regard du peintre, cela pour libérer la peine des hommes et l'élégance des choses. Courbet inaugure ainsi la vraie peinture de marines ; de nus érotiquement neutres ; de natures mortes, ou plutôt natures vives, rochers, feuilles et rivières aussi présents que des visages d'hommes. Comme Cézanne, qui se revendiquait de lui, Courbet élève les choses à leur dignité dernière : non des objets construits et produits, mais des phénomènes surgissant et se donnant d'eux-mêmes à voir. Le tableau ne représente rien, il présente pour la première fois le visible en sa gloire.

 

Jean-Luc Marion, phénoménologue et membre de l'Académie française, est professeur honoraire à l'université Paris-Sorbonne et professeur à l'université de Chicago. Il a notamment publié : La Croisée du visible (1991) ; Le Phénomène érotique (2003) ; La Rigueur des choses (2012).

Remplacé par : 17 décembre 2014 : Bertrand Toen

Hommage Alexandre Grothendieck : "Quelques éléments de la pensée mathématique révolutionnaire d'Alexandre Grothendieck"

Alexandre Grothendieck nous a quittés le 13 Novembre 2014. 

Personnalité d'exception à la vie atypique, il fût l'un des plus grands mathématiciens du XXe siècle. Son œuvre, d'une profondeur et d'une ampleur hors du commun, a littéralement bouleversé le panorama des mathématiques contemporaines. Aujourd'hui, l'ensemble de ses travaux mais aussi sa vision exceptionnelle et singulière sur les objets mathématiques, constituent un héritage présent dans de très nombreux domaines de recherche. Il continuera, sans nul doute, d'inspirer plusieurs générations de chercheurs.

C'est à Montpellier,  ville qui l'a connu d'abord comme étudiant, qu'il a souhaité revenir comme professeur d'université après vingt années (principalement à l'IHES) d'une extraordinaire fertilité mathématique. C'est donc ici que nous chercherons à appréhender ensemble, à travers une sélection de quelques idées maitresses  de son œuvre, le caractère visionnaire et révolutionnaire  de sa pensée.

 

Directeur de recherches au CNRS, affecté depuis 2009 à l'Institut de Mathématique et de Modélisation de Montpellier ("I3M") de l'université de Montpellier 2, Bertrand Toen est spécialiste en géométrie algébrique, plus particulièrement "la géométrie algébrique dérivée". Plusieurs de ses publications portent sur la notion de "champs" et de "champs supérieurs", notion introduite par Alexandre Grothendieck dans son manuscrit non publié À la poursuite des champs.

 

Participe également à cette soirée-hommage Jean Malgoire, maitre de conférence au département de mathématique de l'université de Montpellier 2. Il a été cinq ans élève d'Alexandre Grothendieck dans ce même institut et est depuis 1991 dépositaire de ses écrits.

7 janvier 2015 : Olivier Picard

La monnaie ciselée par la cité grecque

En partenariat avec les Mercredis de l’Antiquité


La monnaie n’a pas été créée par la cité, mais par le royaume lydien, qui a su utiliser au mieux ses richesses en or pour construire un Empire en Asie Mineure. Mais elle sera très vite adoptée par la cité qui la remodèle selon ses institutions et ses besoins Cette dualité se retrouve dans la double dénomination de la monnaie Nomisma (objet légal) et Chrèma (objet utile). En adoptant la monnaie, la cité doit se reconstruire elle-même et cela implique d’importants changements dans trois domaines : à la différence du royaume, la cité n’avait pas d’institution pour gérer la monnaie : il lui a fallu en créer ; la monnaie a très vite été utilisée pour faire la guerre ; en retour la guerre suscite les inventions monétaires ; comme le note Aristote, le commerce voit la monnaie s’inscrire dans les vieilles relations de philia (amitié). Les images monétaires et les textes illustrent ces pratiques qui révolutionnent la société grecque archaïque.

 

Olivier Picard est agrégé d’histoire, il a été membre puis directeur de l’École française d’archéologie d’Athènes, enseignant à l’université de Nanterre, puis à la Sorbonne. Ses travaux portent principalement sur l’histoire et les monnaies des cités de Chalkis, Thasos et du royaume lagide.

14 janvier 2015 : Aude Déruelle et Jean-Marie Roulin

Les romanciers du XIXe siècle et la Révolution française

Tout au long du xixe siècle, la Révolution française a suscité de nombreux débats chez les historiens. On sait moins qu’elle a éveillé l’intérêt des romanciers comme Balzac, Dumas, Barbey d’Aurevilly, Hugo ou de nombreux autres auteurs, souvent inconnus, qui se sont tous passionnément emparés de cet objet dès les lendemains de la prise de la Bastille. Passionnément, car ces romanciers, qu’ils soient de tendance républicaine ou conservatrice, ont pensé la vie politique agitée du xixe siècle au miroir de l’événement fondateur. Mêlant les personnages de fiction et les grandes figures historiques, entrecroisant les faits romancés et les événements attestés, ils ont largement contribué à la légende de la Révolution. Le regard du roman est toutefois forcément décalé : il ne prétend pas à l’objectivité de l’histoire, mais vise une autre vérité, celle de l’expérience individuelle, offrant une perspective nouvelle sur des événements qui pendant des décennies ont suscité bien des controverses. 

 

Aude Déruelle est professeur de littérature à l’Université d’Orléans. Elle consacre ses recherches à la représentation de l’histoire chez les romanciers, les historiens et les peintres du xixe siècle. Elle a notamment publié une édition des Lettres sur l’histoire de France d’Augustin Thierry en 2012.


Jean-Marie Roulin, professeur de littérature à l’Université de Saint-Étienne, travaille sur les représentations de la société et de l’histoire dans la littérature des Lumières au romantisme. Il a notamment publié Chateaubriand. L’exil et la gloire (1994) et dirigé Masculinités en révolution de Rousseau à Balzac (2013).

Ils ont co-dirigé un volume sur Les Romans de la Révolution (1790-1912) aux éditions Armand Colin (2014).

21 janvier 2015 : Sylvie Catellin

La sérendipité ou l’art de la découverte

Le mot « sérendipité » nous vient de l’anglais serendipity, un néologisme créé en 1754 par l’écrivain Horace Walpole en référence à un conte persan. L’histoire raconte comment trois frères se montrent capables de reconstituer par l’imagination l’aspect d’un animal qu’ils n’ont jamais vu. Ce motif fictionnel a circulé dans nombre de contes orientaux et véhicule un savoir ancestral : l’art de découvrir en interprétant des traces qui fonctionnent comme des indices. Voltaire en tire une adaptation magistrale dans Zadig (1748) et présente l’art de l’interprétation des indices comme une méthode d’enquête.

Depuis 1945 en anglais, et depuis le tournant du XXIe siècle en français, le mot « sérendipité » permet aux chercheurs de dire l’importance de la liberté, de l’intuition, de l’interprétation, en réaction aux risques de déshumanisation des conceptions et des pratiques scientifiques. Aujourd’hui, ce mot prend la valeur d’un concept, essentiel pour défendre une conception humaniste du savoir.

 

Sylvie Catellin est maître de conférences à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et chercheur au Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines. Elle étudie les rapports entre sciences et littérature dans la création, la médiation et la diffusion des savoirs. Elle a publié récemment une enquête historique et épistémologique sur le mot et l’idée de sérendipité (Sérendipité. Du conte au concept, préface de Laurent Loty, Seuil, coll. « Science ouverte », 2014).

28 janvier 2015 : Marc Lachièze-Rey

Voyager dans le temps : la science moderne et la temporalité

L’idée de voyage temporel est l’une des plus séduisantes que nous propose la littérature, de science-fiction en particulier. Mais l’examen de ses évocations révèle bien vite contradictions, incohérences, paradoxes… Peut-on tenter, à la lumière des acquis de la science contemporaine, de définir ce que seraient des voyages dans le temps et d’évaluer leur possibilité effective ? Marc Lachièze-Rey nous initie à certains des travaux actuels les plus subtils de la physique contemporaine sur la temporalité, et nous amène à la lisière de ses hypothèses les plus novatrices, que proposent les théories des cordes, la gravité quantique, ou d’autres approches. Au-delà de la seule physique, ces débats concernent ses relations avec d’autres disciplines (biologie, théorie de l’information, philosophie…). Sans oublier les développements historiques, littéraires, cinématographiques… que le thème a suscités. C’est finalement la notion même de temps qui se trouve ici profondément remaniée.

 

Marc Lachièze-Rey est docteur ès sciences et ancien élève de l'École Normale Supérieure (rue d'Ulm) et Directeur de Recherches au CNRS. Ses recherches portent sur la Cosmologie, la Physique théorique et de la gravitation et la nature du temps et de l’espace.

4 février 2015 : Sylvie Chaperon

Les médecins et la sexualité au XIXe siècle

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, tout un savoir médical se constitue autour des questions sexuelles. Les médecins élaborent une hygiène conjugale pour les couples, surtout préoccupée par les naissances ; les vénérologues mettent au point une prophylaxie, les anatomistes explorent les organes génitaux, tandis que les aliénistes échafaudent une psychopathologie sexuelle, classant toutes les déviations. Quelles sont les raisons qui poussent ainsi le corps médical à investir l’intime ? Qui sont les spécialistes et les institutions de ce domaine ? Quelle rationalité scientifique se trouve à l’œuvre dans ce savoir ? Telles sont les questions qui guideront notre investigation.


Sylvie Chaperon
, professeure des Universités, est une spécialiste de l’histoire du genre et de la sexualité. Elle travaille notamment à une histoire de la sexologie. Elle a récemment publié, de Jules Guyot, Bréviaire de l’amour expérimental (présenté par Sylvie Chaperon, Payot, 2012), Les origines de la sexologie 1850-1900 (Payot, 2012) et La médecine du sexe et les femmes. Anthologie des perversions féminines au XIXe siècle (La Musardine, 2008).

18 février 2015 : Bernard Stiegler

Automatismes et désautomatisations : l'avenir du travail

 Avec la numérisation totale qui installe la société automatique et l’automatisation intégrale et généralisée (c’est à dire la destruction de l’emploi dans tous les secteurs de l’économie), il y a désintégration des sociétés industrielles issues de l’Aufklärung par les sociétés hyperindustrielles parce que celle-ci constituent le troisième stade de la prolétarisation. Après la perte des savoir-faire au XIXe siècle, puis des savoir-vivre au XXe siècle, le temps vient au XXIe siècle de la perte des savoirs théoriques comme si la sidération était provoquée par un devenir absolument impensable.

La fin de l’emploi, qui est promise par l'automatisation intégrale, nécessite de généraliser le statut des intermittents du spectacle sous la forme d’un revenu contributif soutenant un vaste processus de déprolétarisation de la société. Cela permettra à tout un chacun de profiter des automates en ayant acquis des capacités de les désautomatiser, de produire de la néguentropie contre l’entropie qu’autrement ils généraliseraient - et en fin de compte, de réinventer le travail libéré de l'emploi.

 

Bernard Stiegler est philosophe, docteur de l'Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales, et directeur de l'Institut de Recherche et d'Innovation du Centre Georges Pompidou. Il est aussi professeur à l'Université de Londres (Goldsmiths College). Il a été directeur de programme au Collège international de philosophie, directeur de l'IRCAM en 2001 et directeur du département du développement culturel du Centre Georges Pompidou en 2006.

25 février 2015 : Jacques Lévy

France: un espace juste? Une géographie à inventer

en partenariat avec le Café géo de Montpellier

La France est-elle divisée entre des métropoles productives et des campagnes délaissées? Le périurbain est-il en train de faire sécession? Selon quels principes, peut-on définir un nouveau découpage des collectivités territoriales? Par tous ces angles, la question de la justice spatiale s’invite dans le débat public. Tout invite à une réflexion de fond qui relie les discussions sur la justice à l’invention d’un nouveau modèle de développement.

 

Jacques Lévy a été chercheur au CNRS (1984-1993), professeur à l’Institut d’études politiques de Paris (1989-2007) et professeur à l’Université de Reims (1993-2004). Il est aujourd’hui professeur ordinaire de géographie et d’urbanisme à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, où il dirige le Laboratoire Chôros, et professeur invité de nombreuses universités à travers le monde. Ses centres de recherche principaux sont la théorie de l’espace des sociétés, l’épistémologie et les méthodes des sciences sociales, (cartographie et modélisation). Il travaille également à l’introduction des langages non-verbaux, notamment audio-visuels à tous les niveaux de la recherche. Il a réalisé en 2013 un long métrage, Urbanité/s, qui se veut un manifeste pour le film scientifique.

4 mars 2015 : Frédéric Rousseau

Suffit-il d'être patriote pour partir à la guerre ? Retours sur le succès des mobilisations de 1914

en partenariat avec les Archives Municipales


L’intervention de Frédéric Rousseau s’inscrit dans une controverse historiographique dont les enjeux dépassent très largement la seule interprétation de la Grande Guerre : elle pose notamment une question qui anime en réalité toutes les sciences sociales dès lors qu’elles cherchent à éclairer les comportements individuels et collectifs : pourquoi les acteurs sociaux font-ils ce qu’ils font ? Et inversement, pourquoi ne font-ils pas ce qu’ils ne font pas ?

En fait, et pour ce qui concerne directement l’objet de cette communication, derrière la question du patriotisme et de la ténacité des combattants de la Grande Guerre, c’est la question des motivations des acteurs qui est posée : or que peuvent dire les chercheurs en sciences sociales et les historiens ?

Personne ne doute de l’attachement que les hommes et les femmes de cette époque portaient à leur patrie. Mais pour autant, peut-on déduire les croyances et les motivations des individus de l’observation de leurs comportements collectifs ? Peut-on déduire le patriotisme des hommes mobilisés de l’observation du succès (indéniable) des mobilisations ? Au-delà, peut-on déduire le patriotisme des poilus de leur longue patience-obéissance (indéniable elle aussi) à supporter les horreurs de la guerre ? D’autres facteurs que le sentiment patriotique ne jouent-ils pas un rôle plus actif encore ?

D’une façon plus générale, il s’agira de questionner « le point de vue de l’historien » et notre façon d’écrire l’histoire ainsi que le rôle de l’historien au sein de nos sociétés. En définitive, pour qui, pourquoi, pour quoi écrit-il ?

  

Frédéric Rousseau est Professeur d’Histoire contemporaine à l’Université Paul Valéry de Montpellier, chercheur rattaché au Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines et sociales de Montpellier (CRISES) et membre du CRID 14-18 (www.crid1418.org); ses recherches portent sur les sociétés en guerre, les questions mémorielles, l’écriture de l’histoire, les usages du témoignage et de la photographie. Il est depuis septembre 2014 directeur de la Maison des Sciences de l’Homme de Montpellier.

Dernières publications : L’enfant juif de Varsovie. Histoire d’une photographie, Seuil, 2009 ; La guerre censurée. Une histoire des combattants, Seuil, 2014 ; La Grande guerre des sciences sociales, Athena, 2014.

11 mars 2015 : Heinz Wismann et Étienne Klein

Forgé au Ve siècle avant notre ère dans une bourgade de la Mer Noire, aux confins du monde grec, le concept d’atome n’évoque d’abord qu’une idée, celle de l’indivisibilité. Mais au terme d'une suite de réinterprétations sur ce qu'il représente, une tradition s’est établie, qui fait des atomistes anciens les précurseurs des matérialistes modernes.

Or la physique moderne, dans un mouvement inverse, n’a eu de cesse de déconstruire le matérialisme corpusculaire en vogue au XIXe siècle, pour rejoindre, par les voies qui lui sont propres, les intuitions radicales de l’atomisme premier. Ainsi, l’atome physique, découvert au début du XXe siècle n’est pas insécable. Il contient des particules quantiques qui, loin d’être des objets corpusculaires, semblent, elles, correspondre à la définition initiale de l’atome. La découverte récente du boson de Higgs va en tout cas dans le sens de cette hypothèse.
En conjuguant leurs compétences, le physicien Étienne Klein et le philosophe Heinz Wismann reconstruisent, non sans bousculer nombre de certitudes admises, l’histoire d’une idée fondatrice, qui témoigne du lien intime entre la pensée scientifique et la pensée tout court.

Heinz Wismann est directeur d'études à l'EHESS et a travaillé principalement sur la pensée antique, la postérité du criticisme kantien et la théorie de la connaissance historique. Parmi ses ouvrages, Penser entre les langues, Albin Michel, 2012.


Étienne Klein dirige le laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et enseigne à l'École centrale. Il est notamment l’auteur de Les tactiques de Chronos, Flammarion, 2009, En cherchant Majorama : le physicien absolu, édition des Équateurs, 2013, et Allons-nous liquider la science ? Galilée et les Indiens, Flammarion, 2013.

18 mars 2015 : Claudia Senik

L'économie du bonheur - Peut-on être heureux sans croissance

Nos sociétés modernes ont fait du bonheur une idée neuve, un principe constitutionnel, presque un devoir. Le bonheur de l’individu, figure centrale de la société, est devenu l’objectif suprême des choix politiques. Mais peut-on mesurer quelque chose d’aussi subjectif, impalpable et même indéfinissable que le bonheur ? Depuis une trentaine d’année, certains économistes ont tenté de relever ce défi. Ils ont fait le pari de mesurer le bonheur tel qu’il est ressenti et déclaré par les individus eux-mêmes. Leur enquête concerne plus particulièrement le rôle de la richesse. L’argent fait-il le bonheur ? La croissance rend-elle les gens plus heureux ? Dans le cas contraire, faut-il opter pour la décroissance, ou du moins mesurer le bien-être au-delà du PIB ? Ou bien, au contraire, le cas de la France illustre-il les effets délétères d’une économie dont la croissance faiblit et décroche par rapport à ses voisins, depuis les années 1970 ?

 

Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure (Ulm), agrégée de Sciences sociales et des Universités, docteur en économie, Claudia Senik est professeur à l’Université Paris-Sorbonne (Paris-4) et à l’École d’économie de Paris et membre de l'Institut Universitaire de France.

Ses travaux portent sur l’économie du bonheur, et en particulier sur le lien entre revenu, croissance, inégalités et bien-être subjectif. Elle travaille également sur les préférences politiques, notamment dans les pays en transition. Auteur de nombreuses publications dans des revues internationales à comité de lecture, elle est actuellement co-directrice de plusieurs programmes de recherche au sein de l’Ecole d’économie de Paris.

25 mars 2015 : François Jarrige

Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences

Les techniques promettent abondance et bonheur ; elles définissent la condition humaine d’aujourd’hui. Pourquoi les contester, et à quoi bon ? Les discours technocritiques ne masquent-ils pas des peurs irrationnelles, un conservatisme suranné, voire un propos réactionnaire ? Pourtant, depuis que les sociétés humaines sont entrées dans la spirale de l’industrialisation, des individus et des groupes très divers ont dénoncé les techniques de leur temps et agi pour en enrayer les effets. L’introduction de machines censées alléger le travail, les macrosystèmes techniques censés émanciper des contraintes de la nature, la multitude des produits technoscientifiques censés apporter confort et bien-être, ont souvent été contestés et passés au crible de la critique. Contre l’immense condescendance de la postérité, il s’agira d’explorer ces discours et luttes foisonnantes et multiformes pour mieux comprendre comment s’est imposé le grand récit chargé de donner sens à la multitude des objets et artefacts qui saturent nos existences.

 

François Jarrige est historien, il enseigne à l'université de Bourgogne (Dijon) et explore l'histoire de l'industrialisation et de ses conséquences sociales et environnementales. Il a notamment publié : Au temps des « tueuses de bras ». Les bris de machines à l’aube de l’ère industrielle (1780-1860), (Presses universitaires de Rennes 2009) et Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences (La découverte, 2014)

1 avril 2015 : Virginie Duvat

Les îles et les littoraux à l'heure du changement climatique

Les îles et les littoraux de notre planète sont touchés par des catastrophes naturelles de plus en plus nombreuses. Ces territoires sont de surcroît situés en première ligne des impacts du changement climatique, dont la manifestation la mieux établie est l’élévation du niveau de la mer. Dans un tel contexte, il n’y a rien d’étonnant à ce que les médias et certaines études scientifiques annoncent pour un futur proche la submersion de vastes espaces côtiers et la disparition de nations entières (Maldives, Tuvalu et Kiribati).

Mais qu’en est-il vraiment ? Jusqu’à quel point les catastrophes qui nous affectent sont-elles « naturelles » ? Leur augmentation est-elle due au changement climatique ? Quelles menaces réelles ce dernier fait-il peser sur nos territoires et nos manières de vivre ? Nous contraindra-t-il à les réinventer ?

 

Virginie Duvat est Professeur de géographie à l'Université de la Rochelle et membre du GIEC. Elle travaille sur les changements environnementaux et les risques côtiers, notamment dans les petites îles tropicales. Elle est co-auteur de deux ouvrages récents, Ces îles qui pourraient disparaître (Le Pommier, 2012, Prix Jean Rostand 2014) et Des catastrophes ... « naturelles »? (Le Pommier, 2014).

8 avril 2015 : Philippe Van Parijs

L'allocation universelle, bricolage ou révolution au cœur de l'État-Providence ?

 

L’idée d’une allocation universelle, d’un revenu de base inconditionnel, n’est pas neuve. Elle apparaît pour la première fois au lendemain de la révolution française, fait l’objet d’un premier débat public au lendemain de la première guerre mondiale, d’un second à la fin des golden sixties. James Tobin, James Meade, Herbert Simon et d’autres prix Nobel la défendent. Un réseau est créé en Europe en 1986 pour la promouvoir et a aujourd’hui essaimé dans les cinq continents. En 2016, elle fera l’objet d’un référendum national en Suisse. Son insertion au cœur de nos dispositifs de distribution des revenus ne serait-elle qu’un ajustement à la marge ? Ou constitue-t-elle une révolution indispensable pour permettre à nos États-Providence d’affronter au mieux les défis inédits de ce siècle ? 

 

Philippe Van Parijs est responsable de la Chaire Hoover d'éthique économique économique et sociale de l'Université de Louvain depuis sa création en 1991 et professeur invité aux Universités de Leuven et d’Oxford, après avoir été, de 2004 à 2011, professeur invité à l’Université Harvard. En 1986, il a co-fondé le Basic Income European Earth Network (BIEN), devenu en 2004 le Basic Income Earth Network. Il est notamment l'auteur de Qu'est-ce qu'une société juste? (Paris, 1991), Refonder la solidarité (Paris, 1996), L’Allocation universelle (Paris, 2005, avec Y. Vanderborght) et Linguistic Justice for Europe and for the World (Oxford, 2011).

29 avril 2015 : Fabien Gandon

Les (r)évolutions de la planète Web

Nous lisons régulièrement que le Web révolutionne notre monde et provoque des évolutions dans toutes les dimensions de notre société. Mais le Web lui-même, ses usages et la compréhension que nous en avons n’ont pas cessé d’évoluer depuis la proposition à l’origine de sa création en 1989. C’est un espace en perpétuelle recréation qui nous demande sans cesse de nouvelles explorations et reconsidérations. Ce sont certains de ces changements passés, actuels, et à venir du Web que nous allons regarder ensemble en insistant sur la complexité de cet artefact qui en fait un objet de recherches pluridisciplinaires.

 

Ingénieur en mathématiques appliquées, docteur et habilité à diriger les recherches en informatique, Fabien Gandon est directeur de recherche à l’INRIA et responsable de l’équipe de recherche Wimmics (Inria, I3S, CNRS, Université de Nice Sophia Antipolis). Il est également représentant de l’INRIA au World Wide Web Consortium (W3C). Il effectue et dirige des recherches au carrefour du web sémantique, du web social et des systèmes d’information à base de connaissances.

6 mai 2015 : Nathalie Heinich

 

L'épistémologue Thomas Kuhn utilisa le terme de « paradigme » pour désigner une structuration générale des conceptions admises à un moment donné du temps à propos d'un domaine de l'activité humaine : en l'occurrence, l'activité scientifique, où le progrès procède selon lui par « changements de paradigmes », qui sont autant de « révolutions ». Cette analyse est transposable à l'histoire de l'art, en y incluant non seulement la création des oeuvres mais aussi leur perception et leur réception, tant par les spécialistes que par le grand public. Ainsi prennent sens les grandes controverses artistiques, et notamment celle de l'art contemporain, en tant qu'il rompt, sur tous les plans, avec le paradigme de l'art classique et, surtout, avec celui de l'art moderne.

 

Nathalie Heinich est sociologue au CNRS. Outre de nombreux articles, elle a publié une trentaine d’ouvrages, traduits en quinze langues, portant sur le statut d'artis­te et d'auteur (La Gloire de Van Gogh, Du peintre à l’artiste, Le Triple jeu de l’art contemporain, Être écrivain, L’Élite artiste, De l’artification, Le Paradigme de l’art contemporain) ; les identités en crise (États de femme, L’Épreuve de la grandeur, Mères-filles, Les Ambivalences de l’émancipation féminine) ; l'histoire de la sociologie (La Sociologie de Norbert Elias, Ce que l'art fait à la sociologie, La Sociologie de l'art, Pourquoi Bourdieu, Le Bêtisier du sociologue); et les valeurs (La Fabrique du patrimoine, De la visibilité).

13 mai 2015 : Dominique Schnapper

L'Esprit démocratique des lois

Si la démocratie devenait « extrême », les grands principes qui la fondent - l'autonomie, la liberté et l'égalité de tous les citoyens -, risqueraient de se « corrompre », pour reprendre des concepts de Montesquieu. L'autonomie se transformerait alors en indépendance, la liberté en licence et l'égalité en indistinction généralisée. C'est de la responsabilité des citoyens que de lutter contre ces risques de corruption et de faire vivre les règles de l'Etat de droit et les institutions démocratiques. Les citoyens libres, légitimement critiques des institutions et de leurs gouvernants, doivent respecter les institutions de la démocratie pour que celle-ci reste fidèle à ses propres principes et à ses propres valeurs. 

 

Dominique Schnapper est Directrice d'études à l'EHESS, membre honoraire du Conseil constitutionnel. Son œuvre de sociologue porte sur les problèmes de l'intégration sociale et nationale, sur la citoyenneté et la démocratie. Elle a été membre de diverses commissions de réflexion dont la Commission Marceau Long sur la réforme du droit de la nationalité en 1987. Elle est actuellement présidente de l'institut d'études avancées de Paris et du Musée d'art et d'histoire du judaïsme.

20 mai 2015 : Albert Ogien et Sandra Laugier

Le politique qui vient : les nouveaux horizons de la démocratie

Le monde vit un épisode d’effervescence politique dont la fin ne semble pas encore proche. Rassemblements et occupations de places, contestations des pouvoirs, mobilisations transnationales, insurrections civiles, activisme informatique, désobéissance civile, création de nouveaux partis : tous ces mouvements expriment certes le mécontentement, le sentiment d’injustice, la colère et le désespoir, mais aussi la volonté des citoyens ordinaires de s’organiser pour exercer directement leur contrôle sur ce que font ceux qui les dirigent. Ce réveil de la protestation vient rappeler un fait que les professionnels de la politique ont tendance à oublier : jamais les gouvernés n’abandonnent l’idée d’exiger le droit de s’occuper de la manière dont les questions qui relèvent du bien commun sont prises en charge. C’est l’expression de cette exigence qu’on découvre dans les mouvements qui se développent aujourd’hui au nom de la démocratie et dont on peut penser qu’ils préfigurent les formes que prendra le politique de demain.

 
Albert Ogien est sociologue, directeur de recherches au CNRS, directeur de l’Institut Marcel-Mauss (CNRS-EHESS). Il est notamment l’auteur de L’Esprit gestionnaire (EHESS, 1995), Les Règles de la pratique sociologique (PUF, 2007) ou encore de Désacraliser le chiffre (Quaé, 2013).


Sandra Laugier est professeure de philosophie à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, membre de l’Institut Universitaire de France, directrice du Centre de Philosophie Contemporaine de la Sorbonne. Elle est l’auteure, entre autres, de Wittgenstein. Les sens de l’usage (Vrin, 2009) et de Tous vulnérables ? Le care, les animaux, l’environnement (Payot, 2012).


Ensemble, ils ont publié, à La Découverte, Pourquoi désobéir en démocratie ? (2010) et Le Principe démocratie (2014).

27 mai 2015 : Michelle Perrot

Des femmes rebelles, Olympe de Gouges, Flora Tristan, George Sand

 

Michelle Perrot rend hommage à trois figures féminines du XVIIIe et XIXe siècle. Trois femmes de lettres qui ont marqué leur époque en s’engageant contre la violence de l’ordre établi. Trois vies soumises à la brutalité de l’opinion publique et de la sphère privée.

Olympe De Gouges (1748-1793), auteur de la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », rabaissée, méprisée puis guillotinée à la sortie de la Révolution qu’elle avait tant souhaitée. Flora Tristan (1803-1844), harcelée à mort par son mari, voyageuse infatigable (Pérou, Angleterre…), qui avait pour ambition d’unifier le monde ouvrier. George Sand (1804-1876), « l’égérie de la révolution de 1848 », amie de Balzac, Dumas, Flaubert et pourtant dédaignée, par misogynie et jalousie, par une grande partie de la société.

Dans ses portraits enrichis des textes des trois auteurs, Michelle Perrot réhabilite la mémoire et l’héritage de personnalités longtemps oubliées et qui ont tant contribué à la cause des femmes.

 

Agrégée d’Histoire, chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’Ordre national du mérite, Michelle Perrot est professeur émérite de l’université Paris VII. Elle a notamment travaillé sur les mouvements ouvriers et sur le système pénitentiaire avec Michel Foucault et animé avec Robert Badinter un séminaire sur la prison à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.

Michelle Perrot a contribué à l’émergence de l’histoire des femmes dont elle est l’une des pionnières. Elle a notamment dirigé, avec l’historien Georges Duby, L’Histoire des femmes en Occident (5 vol., Plon, 1991-1992).

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