Agora des savoirs 2010 - 2011

Du 3 novembre 2010 au 8 juin 2011, le cycle de conférences de l’Agora des savoirs 2 a interrogé le public du Centre Rabelais et les internautes sur la question des valeurs.

Un article présent dans la rubrique :

Présentation

Notre époque est mal à l’aise avec les valeurs, parce que sa passion de l’égalité lui fait craindre les hiérarchies. Mais si tout se vaut, rien ne vaut. On se souvient d’Alceste, dans Le Misanthrope, s’emportant contre le lâche refus de juger de la valeur d’un poète : « car c’est n’estimer rien, qu’estimer tout le monde. » Mais qu’est-ce donc qu’estimer ?

 

Estimer quelqu’un, c’est lui reconnaître une dignité propre, un mérite – courage, honnêteté, voire intelligence, talent ou génie. L’estime s’accompagne de respect, et d’admiration. On peut admirer et respecter la nature : l’océan, la forêt, la faune et la flore, leur beauté, leur diversité. L’estime s’adresse ainsi à la valeur des choses ou des êtres, c’est-à-dire à leurs qualités, à leur nature propre. Tout autre est l’estimation qui juge ou évalue une quantité. Elle est quantitative et comptable : on estime une distance, une durée, une population, l’âge de quelqu’un, le prix d’une marchandise ou d’un patrimoine (en euros, en  dollars, ou en une autre monnaie). Qu’elle soit approximative ou exacte, l’évaluation des quantités règne aussi bien sur le marché que dans les sciences. Les valeurs quantitatives répondent à la question : combien ? « Le pape,  combien de divisions ? » aurait demandé Staline en 1945. Mais tout est-il mesurable et échangeable ? Tout a-t-il un prix ? On se souvient de Kant : les choses ont un prix, la personne a une dignité. En tant qu’elle a droit à une estime absolue, elle est sans prix, inéchangeable, inestimable. Je voudrais poser la question philosophique des rapports entre nos différentes façons d’évaluer et suggérer qu’une civilisation repose sur des valeurs inestimables.

 

Le coup d’envoi de la Saison 2, de l’Agora des savoirs a été donné le mercredi 3 novembre 2010 par Sylviane Agacinski, philosophe et professeur agrégée de philosophie (au Collège International de Philosophie puis à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales). Les conférences se sont ensuite enchaînées, du 10 novembre 2010 au 8 juin 2011.

Juin 2011

Mercredi 1er juin 2011 - Bernadette Bensaude-Vincent :  Nanoscience et convergence, va-t-on façonner le monde atome par atome ?

Bernadette Bensaude-Vincent est professeure d'histoire et de philosophie des Sciences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre de l'Institut universitaire de France. Son dernier livre, Les vertiges de la technoscience, a paru aux Éditions de La Découverte.

Les nanotechnologies ont pour objectif de fabriquer des machines à partir des atomes. Depuis près de dix ans, scientifi ques, philosophes, politiques et citoyens
débattent des promesses et des risques que ces recherches comportent. Sans pour l'instant qu'aucun consensus n'ait encore été trouvé sur ces questions. Bien sûr, on en appelle à l'innovation responsable. Mais de quoi aujourd'hui pouvons-nous être sûrs concernant les nanotechnologies et leurs risques ?
Et comment faire pour qu'apparaisse enfin un vrai débat public, auquel pourraient efficacement participer les citoyens ?


Avec la participation de François Henn, professeur de chimie-physique à l'Université Montpellier 2, membre honoraire de l'Institut universitaire de France.

 

 

Les valeurs de l'humanisme

Mecredi 8 juin 2010 - Professeur Marc Fumaroli

Pour la dernière conférence de sa seconde édition, l'Agora des savoirs a le grand honneur de recevoir le Professeur Marc Fumaroli : un hommage sera rendu à cet éminent spécialiste de littérature qui occupa de 1987 à 2002 la chaire de Rhétorique et société en Europe (xvie - xviie siècles) au Collège de France, ardent défenseur des Belles- Lettres et des Humanités, pourfendeur féroce et satiriste implacable des dérives et compromissions de ce qu'il nomma naguère « l'État
culturel ». Ses ouvrages sur Chateaubriand, La Fontaine, Montaigne, la Querelle des Anciens et des Modernes, font autorité dans le monde entier. Son érudition, son goût de l'éloquence et ses talents oratoires, l'ironie qu'il sait distiller au fil de ses discours, la rareté de ses interventions publiques, devraient contribuer à faire de cette soirée finale un très grand moment d'intelligence et de partage d'un savoir si patiemment et amoureusement constitué.
 

Marc Fumaroli est écrivain,historien et essayiste, membre de l'Académie française, Professeur au Collège de France, président de la Société des Amis du Louvre, auteur d'une oeuvre considérable dans le domaine de l'histoire et de la critique littéraire. Parmi ses nombreux livres, on peut citer : L'Âge de l'éloquence : rhétorique et « res literaria » de la Renaissance au seuil de l'époque classique (Albin Michel), L'État culturel : une religion moderne (Livre de Poche), La Diplomatie de l'esprit : de Montaigne à La Fontaine (Gallimard), Chateaubriand : Poésie et Terreur (de Fallois) et Paris - New York et retour. Voyage dans les arts et les images, Journal 2007-2008 (Fayard).

Marc Fumaroli sera présenté par Régis Penalva, programmateur de l'Agora des savoirs.

Mai 2011

Mercredi 4 mai 2011 - Henry Rey-Flaud :  La psychanalyse a-t-elle encore quelque chose à nous dire ?


Agora des savoirs : Henry Rey-Flaud par villedemontpellier

Henri Rey-Flaud est professeur émérite à l'Université Paul-Valéry et psychanalyste. Son dernier livre : Les Enfants de l'indicible peur. Nouveau regard sur l'autisme (Aubier-Flammarion).

Au temps qui est le nôtre, dominé par le discours de la science, l'homme est devenu un objet d'étude comme un autre.
Les recherches en biologie, neurologie et génétique ont réduit le psychisme à un champ d'actions et d'interactions programmées, susceptibles d'être modifiées
par des techniques de conditionnement.
Dans ce « meilleur des mondes », où les notions de liberté et de responsabilité sont des références obsolètes, la découverte freudienne, qui a restaurée les droits du
sujet humain sous les grimaces de la névrose et de la psychose, dégagée les racines du malaise de la civilisation et mise au jour les illusions des croyances aveugles, reste le seul espace où il soit encore possible de mettre en échec l'obscurantisme scientiste qui menace de nous submerger.

Avec la participation de Jean-Daniel Causse, Directeur du département de Psychanalyse de l'Université Montpellier 3 Paul-Valéry.

 

Mercredi 11 mai 2011 - Henri Atlan : Enjeux éthiques, sociaux et politiques liés au développement de la biologie


Agora des savoirs - Henri Atlan par villedemontpellier

Henri Atlan est biologiste et philosophe. Il a récemment publié De la fraude. Le monde de l'onaa (Le Seuil).

Les nouvelles représentations du vivant et l'explosion des biotechnologies ont créé des problèmes éthiques radicalement nouveaux sur la légitimité de leurs
applications. Mais il existe en outre d'autres enjeux : ceux liés aux interactions difficiles bien qu'indispensables entre les trois pouvoirs de la parole : la scientifique, la politique et la médiatique.

Avec la participation d'Hélène Hagège, maître de conférences à l'Université Montpellier 2 où elle enseigne la didactique de la biologie.

 

Mercredi 18 mai 2011 - Carole Crozet :  Les cellules souches et leurs enjeux éthiques, scientifiques et thérapeutiques


Carole Crozet est chercheure à l'Institut de Génétique Humaine (IGH), CNRS Montpellier.

Une cellule souche est une cellule qui peut donner non seulement naissance à d'autres cellules identiques à elles-mêmes mais également à des cellules, appelées matures, constituant notre organisme. Si ces propriétés en font des candidates idéales pour la Médecine Régénérative, elles peuvent néanmoins être dangereuses si elles sont mal maîtrisées (maturation inappropriée, tumeurs...). Selon leur origine (adulte ou embryonnaire) et leur utilisation scientifique et/ou médicale, elles peuvent être sujettes à de nombreux débats éthiques. Quels sont donc les risques, les enjeux scientifiques et éthiques, ainsi que les espoirs bien sûr, qu'offre la recherche sur les cellules souches ?

Avec la participation de John De Vos, maître de conférences et praticien hospitalier, Institut de Recherche en Biothérapie, INSERM, CHRU de Montpellier.

 

Mercredi 25 mai 2011 - Georges Chapouthier :  La barrière homme/animal va-t-elle tomber ?

Georges Chapouthier est biologiste et philosophe, directeur de recherche au CNRS. Il a récemment publié Kant et le chimpanzé. Essai sur l'être humain, la morale et l'art (Belin).

Les progrès de la biologie et la théorie de l'évolution ont révélé que l'homme et l'animal étaient très proches sur les plans de la nature et même de la culture. Mais est-ce à dire que l'homme perd ainsi toute spécifi cité ? Ou, pour le dire autrement : quelle place l'homme peut-il revendiquer aujourd'hui ? Et quel comportement moral devrait-il désormais adopter, à la lumière de toutes ces connaissances, à l'égard des animaux ?

Avec la participation d'Olivier Tinland, maître de conférences en philosophie contemporaine à l'Université Montpellier 3 Paul-Valéry.

Avril 2011

Mercredi 6 avril 2011 - Dominique Mulliez : La redécouverte de Delphes.


Agora des savoirs - Dominique Mulliez par villedemontpellier

Dominique Mulliez est membre correspondant de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Directeur de l'École française d'Athènes.

Avec la participation de Christophe Chandezon, professeur d'histoire ancienne à l'Université Montpellier 3 Paul-Valéry.

Au début du viie siècle de notre ère, Delphes, le centre du monde antique, le lieu de l'oracle le plus vrai, sort de la mémoire des hommes pour près de huit siècles. En lieu et place du sanctuaire d'Apollon Pythien, les voyageurs ne découvrent plus qu'un misérable village de montagne, très éloigné de la richesse que laissent deviner les sources littéraires. À partir du xixe siècle, l'idée d'une fouille du sanctuaire s'impose progressivement. Au terme d'une négociation qui dura dix ans, l'État grec fi nit par accorder à l'École française d'Athènes la concession de la fouille du sanctuaire et de ses abords pour dix années (1892-1902). Mais il y avait un préalable : l'indemnisation des habitants, la démolition de leur village installé sur les ruines et sa réinstallation en un autre lieu. Il y fallait aussi des moyens, humains, techniques et financiers. C'est l'histoire de cette redécouverte d'un des sites majeurs de l'Antiquité grecque et de la « Grande fouille » conduite par l'École
française d'Athènes que cette soirée vous invite à découvrir...

Cette soirée est organisée en partenariat avec Les Mercredis de l'Antiquité.

 

Mercredi 13 avril 2011 - Jean-Michel Besnier : Se rendre superflu : la tentation du post-humain


Agora des savoirs : Jean-Michel Besnier par villedemontpellier

Jean-Michel Besnier est professeur de philosophie à l'Université Paris-Sorbonne (Paris 4) et Directeur scientifi que du Secteur Sciences et Société au Ministère de la Recherche. Il est notamment l'auteur de Demain les posthumains. Le futur a-t-il encore besoin de nous ? (Hachette Littératures).

Sommes-nous devenus l'otage de techniques contraintes à nous "formater" pour remplir leurs fonctions ? Pouvons-nous consentir à être réduits au dispositif de boîtes noires seulement capables d'émettre et de recevoir des signaux ? Notre environnement sera demain peuplé d'objets intelligents ; nous connaîtrons après-demain la fusion de l'homme avec les machines ; nous serons finalement devenus superfl us... Mais d'où vient que l'humanité semble accepter à ce point d'en fi nir avec elle-même ?

Avec la participation de Michel Robert, professeur en microélectronique, directeur du LIRMM (Laboratoire d'Informatique, de Robotique et de Microélectronique),
Université Montpellier 2 - CNRS. 

 

Mercredi 20 avril 2011 - Pascal Nouvel : Homme d'hier, homme de demain


Agora des savoirs : Pascal Nouvel par villedemontpellier

Pascal Nouvel est professeur de philosophie à l'Université Montpellier 3 Paul-Valéry. Il est notamment l'auteur de Histoire des amphétamines (PUF).

L'homme d'hier est l'homme des humanités, de la connaissance de lui-même par l'histoire, par la littérature et la philosophie, en un mot l'homme de l'humanisme. L'homme de demain est l'homme de la technique, du savoir rationnel sur lui-même et sur les sociétés dans lesquelles il vit, en un mot l'homme de la science. Et nous, qui sommes-nous, pris que nous sommes entre ces deux états de l'humain, tiraillés entre un hier humaniste et un demain scientifi que ? Sommes-nous voués à
aller toujours davantage vers la science et ses raisons ou bien se pourrait-il que nous assistions à l'éternel retour des humanités et de leurs passions ?

Avec la participation de Muriel Guedj, maître de conférences en histoire des sciences, Université Montpellier 2.

 

Mercredi 27 avril 2011 - Jean-Michel Salles : Evaluer la biodiversité, pour quoi faire ?


Agora des savoirs : Jean-Michel Salles par villedemontpellier

Jean-Michel Salles est directeur de recherche CNRS. Il dirige le laboratoire montpelliérain d'économie théorique et appliquée (Lameta).

La conservation de la biodiversité est désormais perçue comme un enjeu majeur qui concerne de nombreux choix individuels et collectifs. L'évaluation économique de la diversité s'est récemment développée comme un argument en faveur de politiques plus ambitieuses. Mais cette approche reste largement controversée, peut être parce qu'elle s'appuie sur un cadre conceptuel et des méthodes encore fragile et mal perçus par une partie de ceux qu'il s'agit de convaincre. Notre dépendance vis-à-vis des services que nos sociétés se procurent auprès des écosystèmes semble pourtant valider cette approche incertaine. Qu'appelle-t-on vraiment évaluer la biodiversité ? A quels coûts nous expose sa destruction ou sa dégradation ?

Avec la participation de Marc-André Selosse, professeur à l'Université Montpellier 2, Centre d'Écologie Fonctionnelle et Évolutive. Il est aussi Président de la Société Botanique de France. 

Mars 2011

Mercredi 2 mars 2011 - Julien Loiseau : La civilisation de l'Islam au miroir des identités

Julien Loiseau est maître de conférences en histoire de l'Islam médiéval à l'Université Montpellier 3. Il est un des maîtres d'œuvre, sous la direction de Patrick Boucheron, d'Une histoire du monde au XVe siècle (Fayard) 


Agora des Savoirs : Julien Loiseau

L'Islam tel qu'il est aujourd'hui vécu et représenté est le plus souvent ramené, par ses acteurs comme par ses spectateurs, à une irréductible identité, arabe de culture et musulmane de confession. Or, l'histoire du monde de l'Islam, qui s'est progressivement étendu depuis le Proche-Orient jusqu'à comprendre dans ses frontières le quart de l'humanité, révèle à l'inverse une civilisation qui fi t longtemps de la différence et de la pluralité des identités le principal ressort de son jeu social. S'il y eut bien une spécifi cité propre à l'histoire islamique, c'est d'avoir mis en compétition langues, ethnies et cultures. C'est d'avoir érigé la bigarrure en principe de société.
Avec la participation de Roxane Chila, doctorante en Histoire à l'Université Montpellier 3 Paul-Valéry.

 

 

Mercredi 9 mars 2011 - Jean-Pierre Verdet : Voir et rêver le monde

Jean-Pierre Verdet est astronome et historien de l'astronomie (Observatoire de Paris). Il est l'auteur de Aux origines du monde . Une histoire de la cosmogonie (Le Seuil).


Agora des Savoirs : Jean-Pierre Verdet

Des temps les plus anciens aux nuits de décembre 1609, où Galilée braqua sa lunette hollandaise vers les astres, les hommes restèrent égaux devant le ciel : chacun
ne disposait que de son oeil associé à son intelligence. Des regards interrogateurs qu'ils portèrent vers la voûte céleste, les uns tirèrent une science qu'ils voulurent
exacte ; les autres en tirèrent des règles empiriques touchant à l'agriculture, à la navigation, à la prévision du temps ou du destin de l'homme. Tous y enrichirent leur
imaginaire. Mais le ciel est discret. Il se livre peu. Alors les hommes projetèrent au ciel plus d'images qu'ils n'en recevaient de messages : du ciel, ils ont fait le miroir et la mémoire du monde. De la cime des arbres au séjour des dieux, ils l'ont surchargé d'une foule de mythes, de légendes, de symboles et, bien sûr, d'images : celles qui vont suivre ce soir n'ont pas d'autre prétention que de donner à voir et à rêver un monde tantôt peuplé d'anges et de dieux, tantôt inscrit dans le corps de l'homme, tantôt décrit par des équations mathématiques !
Avec la participation d'Ana Palacios, astronome adjoint, GRAAL, Université de Montpellier 2.

 

 

Mercredi 16 mars 2011 - Gérard Noiriel : À quoi sert l'identité nationale ?


Agora des savoirs - Gérard Noiriel par villedemontpellier

Gérard Noiriel est historien, directeur d'études à École des Hautes Études en Sciences Sociales. Avec sept autres universitaires, il démissionna  en mai 2007 du conseil scientifique de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration pour protester contre la création d'un ministère associant la question de l'immigration à celle de l'identité nationale. Il est l'auteur de À quoi sert l'identité nationale ? (Agone) et a récemment publié Le massacre des Italiens . Aigues-Mortes, 17 août 1893 (Fayard).

La question de l'identité nationale a été remise au centre de l'actualité politique à partir de 2007 avec la création du ministère de l'immigration et de l'identité nationale par le nouveau président de la République Nicolas Sarkozy. Dans cette conférence,Gérard Noiriel retracera l'histoire de cette notion en montrant qu'elle s'est fixée au xixe siècle, lorsque les Etats nations ont imposé le grand partage entre les nationaux (« nous ») et les étrangers (« eux »). C'est au début de la Troisième République que le discours nationaliste commence à présenter l'immigration comme un « problème » et une menace pour l'identité française.
Comment expliquer que ces stéréotypes soient encore en vigueur aujourd'hui ?
Pourquoi les « Français d'origine étrangère », les Musulmans ou les Roms sont-ils encore montrés du doigt sur la place publique ?
Telles sont les principales questions qui seront analysées dans cette conférence à la lumière de l'histoire.

Avec la participation de Sébastien Cote, professeur agrégé d'histoire en CPGE littéraires au Lycée Joffre.

 

 

Mercredi 23 mars 2011 - Olivier Tinland : La vérité est-elle une valeur comme les autres ?

Olivier Tinland est maître de conférences  en Philosophie contemporaine à l'Université Montpellier 3 - Paul-Valéry. Il est notamment l'auteur de Lectures de Hegel (Livre de Poche), L'individu (Vrin) et Hegel (Le Seuil).


Agora des savoirs - Olivier Tinland

 

De tout temps, le philosophe en quête de sagesse a trouvé sur sa route un obstacle de taille : le relativisme. S'il n'est de vérité que « construite » dans tel contexte par tel individu ou tel groupe, toute vérité semble condamnée à n'être que relative, précaire, provisoire. Une vérité relative peut-elle être une authentique vérité
(universelle et nécessaire) ou se réduitelle à une simple opinion (particulière et contingente) dont la validité varierait au gré des fluctuations aléatoires de la bourse
des valeurs ? Si la quête de vérité butte sur la diversité irréductible des points de vue, cela implique-t-il que le désir de savoir débouche fatalement sur le scepticisme ?
Peut-on résister au relativisme, et si oui, comment ?

Avec la participation de Vincent Taissère, libraire à Sauramps, responsable de la Fabrique de Philosophie, étudiant en philosophie contemporaine.

 

 

 

Petit détour au pays des arts

Mercredi 30 mars 2011 - François Jullien : Cette étrange idée de beau, l'esthétique à l'épreuve de la Chine

François Jullien est philosophe et sinologue. Professeur à l'Université Paris-Diderot, il est membre de l'Institut universitaire de France et dirige l'Institut de la pensée contemporaine. Son travail est traduit dans une vingtaine de pays. Il est l'auteur de Cette étrange idée du beau. Chantiers, 2


Agora des savoirs - François Jullien par villedemontpellier

Au fil des siècles, nous n'avons cessé de remettre en question l'idée que nous nous faisons du beau, les défi nitions que nous en donnons, les critères selon lesquels nous le défi nissons. Mais nous sommes-nous jamais interrogés sur l'idée même du beau, cette idée dont la métaphysique occidentale a fait un absolu, qu'elle a extraite et élevée au-dessus de la diversité du sensible et de ses formes ? Alors que nos dieux sont morts, le beau reste notre seul salut. Or la pensée chinoise n'a pas isolé - abstrait - « le beau ». Pour les Chinois, cette idée même de beau paraît profondément étrange. Faire jouer cet écart, l'interroger, permet de dégager d'autres possibles esthétiques qui ne se rangent pas sous la monopolisation du beau, de comprendre mieux certaines aventures de l'art contemporain. De quoi du moins sortir le beau des lieux communs qui l'épuisent : pour le rendre à son étrangeté.

Avec la participation de Régis Penalva, programmateur de l'Agora des savoirs.

Février 2011

Nous et les autres : relativité, universalité des valeurs ?

Mercredi 2 février 2011 - François Hartog : Les Grecs, les barbares et les autres dans l'Antiquité... et au-delà


Agora des savoirs - François Hartog

François Hartog est historien, directeur d'études à l'École des hautes Études en Sciences Sociales. Il est notamment l'auteur de Le miroir d'Hérodote . Essai sur la représentation de l'autre (Gallimard) et de Évidence de l'histoire . Ce que voient les historiens (EHESS).

Quelle place les Grecs ont-ils assignée aux autres ? Comment, depuis Homère et jusque chez les modernes, ces partages ont-ils été transmis, repris, réinvestis ? C'est entre le vie et le ve siècle avant Jésus-Christ que « Barbare », dans le sens de non-Grec, vient former, associé avec « Grec », un concept antonyme et asymétrique, accouplant un nom propre « Hellènes » et une désignation générique « Barbaroi ». Les guerres médiques jouèrent assurément le rôle de catalyseur. Le champ de l'altérité s'en trouve redistribué et fixé pour longtemps autour de cette polarité nouvelle. Les Grecs d'un côté, face aux autres, à tous les autres, réunis par le
seul fait de n'être pas Grecs. Il va de soi que cette classifi cation binaire et fortement asymétrique, conçue par les Grecs et pour eux, n'est maniable que par eux et
n'est opératoire que pour eux. « Grecs », « barbares », « sauvages », « civilisés » : comment ces couples émergèrent-ils, furent-ils repris et transformés tout au long
de l'histoire culturelle européenne ?
Avec la participation de Marie-Pierre Noël, professeur de langue et de littérature grecques à l'Université Montpellier 3 Paul-Valéry.

Mercredi 9 février 2011 - Françoise Héritier : Droit des femmes et diversité des cultures

Françoise Héritier est anthropologue, Professeur honoraire au Collège de France. Elle est l'auteur de Les deux sœurs et leur mère. Anthropologie de l'inceste, de De l'inceste, de De la violence I et II, d'Une pensée en mouvement (tous aux Éditions Odile Jacob)

 

Avec la participation de Paul Pandolfi, professeur d'ethnologie à l'université Montpellier 3 Paul-Valéry et directeur de la Maison des sciences de l'homme de Montpellier (MSH-M).

Mercredi 16 février 2011 - Philippe Descola : Autour de « La fabrique des images »


Agora des savoirs - Philippe Descola

Philippe Descola est anthropologue et Professeur au Collège de France où il occupe la chaire d'Anthropologie de la nature. Il est notamment l'auteur de  Par-delà nature et culture (Gallimard). Il est aussi le commissaire d'exposition de La Fabrique des images, exposition qui se tient du 16 février 2010 au 24 juillet 2011 au Musée du quai Branly.

Les images servent, entre autres choses, à stimuler et organiser la mémoire, à transmettre des informations et à exprimer des émotions. Au-delà de ces fonctions
universelles, elles ont aussi le pouvoir de rendre présentes ce que l'on peut appeler des ontologies, c'est-à-dire des ensembles de qualités décelées dans les êtres et les choses. Les quatre principales jouent sur les contrastes entre le corps et les états de conscience : le totémisme (en Australie, par exemple), qui souligne la continuité matérielle et morale entre des humains et des non-humains ; l'analogisme (en Chine, dans le Mexique ancien ou à la Renaissance), qui postule entre les éléments du monde un réseau de discontinuités essentielles à structurer par des relations de correspondance ; l'animisme (en Amazonie ou en Sibérie), qui assimile les non-humains aux humains par leur intentionnalité et les en différencie par leur corps ; le naturalisme (en Europe à partir du xviie siècle), qui nous rattache aux non-humains par les continuités matérielles et nous en distingue par l'aptitude culturelle. Ces ontologies s'expriment dans des images de natures très diverses provenant des cinq continents dont on proposera une interprétation anthropologique.
 

Avec la participation de Claude Gautier, professeur de philosophie à l'Université Montpellier 3 Paul-Valéry. 

Mercredi 23 février 2011 - René Otayek : La France et l'Autre, entre universalisme et différencialisme

René Otayek est directeur de recherche au CNRS et directeur du Centre d'Étude d'Afrique Noire (CEAN) de Sciences Po Bordeaux. Il est l'auteur d'Identité et démocratie dans un monde global (Presses de Sciences Po).


Agora des Savoirs - René Otayek

Le rapport à l'Autre est depuis plusieurs années au coeur du débat public en France. De l'affaire du voile à celle du Niqab, en passant par le débat sur l'identité nationale et l'expulsion des Roms, c'est la question de la relation à l'altérité qui se trouve posée. Au-delà de l'instantanéité politique, l'appréhension de ce phénomène passe par le détour historique et la remise en perspective critique de ce que fut la mise en oeuvre du projet colonial : la construction d'un rapport à l'Autre où la « mission civilisatrice » de la colonisation et les valeurs de la République (Liberté, égalité, fraternité) furent régulièrement mises à mal par la violence consubstantielle au projet colonial.
 

Avec la participation de Michel Miaille, professeur émérite de droit et de sciences politiques (Université de Montpellier 1), président du comité scientifique de l'Agora des Savoirs.

Janvier 2011

Mercredi 5 janvier 2011 - Jean-Robert Pitte : La géographie comme manière de réenchanter le monde


Agora des savoirs - Jean-Robert Pitte

Jean-Robert Pitte est membre de l'Institut et Président de la Société de Géographie. Il est notamment l'auteur de Le génie des lieux (CNRS éditions) et d'une Géographie culturelle (Fayard)

La géographie est la science qui permet de mieux habiter la planète, de mieux en partager les richesses, de mieux vivre ensemble dans la diversité des cultures
ouvertes sur l'échange, d'être meilleur citoyen du monde. Elle est l'antidote du choc des civilisations, de la fin de l'histoire et de toutes les peurs millénaristes. C'est en outre le plus sûr moyen de réenchanter le monde.

 

Avec la participation de Caroline Calandras, professeur agrégée de géographie en CPGE littéraires au Lycée Joffre.

Cette soirée est organisée en partenariat avec Le Café géo de Montpellier.

Mercredi 12 janvier 2011 - Benoît Prévost : En quoi les économistes croient-ils ?


Agora des savoirs - Benoît Prévost

Benoît Prévost est professeur d'Économie du développement, chercheur au LASER (UM1) et directeur du Département d'AES (UM3)

Les économistes sont en même temps partout et nulle part. On les soupçonne de soutenir le développement d'une économie de marché ravageuse, d'avoir favorisé l'expansion de marchés fi nanciers destructeurs, et en même temps d'avoir été incapables de produire les moindres prévisions permettant de prévenir les crises ou d'en panser les plaies. Les économistes sont-ils alors trop écoutés par les politiques et n'ont-ils rien à dire lorsqu'on aurait besoin d'eux ? Conseillers du Prince ils peuvent être décriés comme des technocrates appliquant aveuglément quelques principes, qu'ils soient libéraux ou dirigistes ; lorsqu'ils restent à leur place d'analystes de la manière dont les sociétés fonctionnent du point de vue économique, on leur reproche de produire des prévisions souvent contradictoires entre elles et rarement fiables. Les économistes sont-ils seulement capables d'anticiper le taux de croissance du PIB sur 1 an ?
Sont-ils capables de nous dire ce que sera la situation économique à l'heure où notre système de retraites sera en péril dans cinq, dix ou vingt ans ? Les économistes sont-ils capables d'aider le monde politique à répondre à un ensemble de questions sociales laissées sans solution ? Pour le savoir, il faudrait savoir en quoi croient
les économistes. Et comprendre ce en quoi croient les économistes revient souvent à comprendre aussi ce en quoi croient les critiques de l'économie, dans un jeu de miroirs déformants...

Avec la participation de Cyrille Ferraton, maître de conférences en sciences économiques à l'Université Montpellier 3 Paul-Valéry.

Petit intermède historique : Quand deux systèmes de valeurs se heurtent

Mercredi 19 janvier 2011 - Jean-Marc Lévy-Leblond : Galilée, homme de science et de culture


Agora des savoirs - Jean-Marc Lévy-Leblond physicien

Jean-Marc Lévy-Leblond est physicien et philosophe. Professeur émérite de l'Université de Nice et directeur de la revue Alliage, il est notamment l'auteur de La pierre de touche . La science à l'épreuve (Gallimard) et de La science n'est pas l'art (Hermann).

Nous avons célébré fi n 2009 le quatre-centième anniversaire des découvertes astronomiques de Galilée qui fit passer l'humanité « du monde clos à l'univers infini ». Or, si Galilée a été cet immense savant, fondateur emblématique de la science moderne, c'est qu'il était avant tout homme de culture. Ses lieux et milieux de formation puis de travail, à Florence, Venise, puis Florence à nouveau, en firent un excellent connaisseur de la littérature, de la musique et de la peinture de son temps, qui prit une part active aux débats de la critique artistique et littéraire. Mieux encore, ses compétences culturelles se révélèrent essentielles pour son
travail scientifi que. Tant les sujets que les méthodes et les formes d'exposition de ses recherches sont étroitement liés à sa profonde insertion dans la culture et les humanités...

Avec la participation d'Henri Reboul, maître de conférences en astrophysique à  l'Université de Montpellier 2, Laboratoire Univers et Particules de Montpellier (LUPM).

Mercredi 26 janvier 2011 - Nicolas Le Roux : La Foi et le Roi, les guerres de religion


Agora des savoirs - Nicolas Le Roux

Nicolas Le Roux est Professeur d'histoire moderne à l'Université Lumière-Lyon 2. Il est l'auteur de Un régicide au nom de Dieu . L'assassinat d'Henri III (Gallimard) et de Les guerres de religion 1559-1629 (Belin).

Dans la deuxième moitié du xvie siècle, la France sombre dans des guerres civiles effroyables. Calvinistes et catholiques s'affrontent sans merci durant quatre décennies, et les violences culminent lors des massacres de la Saint-Barthélemy (1572).
Les conflits religieux se doublent d'une crise politique sans précédent, et l'on assiste même à deux reprises à des régicides (1589 ; 1610). Pourquoi la France a-t-elle basculé dans ce chaos ?
Quelles étaient les motivations des acteurs de ces conflits exceptionnels ? La monarchie a-t-elle réussi à se reconstruire autour de la fi gure sacrée du Roi ? Le principe de tolérance a-t-il vraiment vu le jour lors de cette période dramatique ?
 

Avec la participation de Pierre-Yves Kirschleger, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université Montpellier 3 Paul-Valéry.

 

 

Décembre 2010

Mercredi 1er décembre 2010 - Thierry Lavabre-Bertrand : L'histoire de l'école de médecine de Montpellier


Agora des savoirs - Thierry Lavabre-Bertrand

Thierry Lavabre-Bertrand est Professeur à la Faculté de médecine (Université de Montpellier 1)

Centre médical réputé depuis ses origines, Montpellier est le siège depuis 1220 d'une Ecole de médecine offi cielle. Celle-ci, tout en s'adaptant aux changements de la science au cours des temps, a cherché à préserver, sous différentes formes, un attachement fort à une conception humaniste de la médecine.
Bien sûr, ce défi demeure plus que jamais aujourd'hui.
Avec la participation de Béatrice Bakhouche, professeur de langue et de littérature latine à l'Université Montpellier 3 Paul-Valéry.

Mercredi 8 décembre 2010 - Ahmed Djebbar : Les sciences arabes, de l'héritage gréco-indien à leur réception européenne


Agora des savoirs : Ahmed Djebbar par villedemontpellier

Ahmed Djebbar est professeur émérite de l'Université des Sciences et des Technologies de Lille et chercheur en Histoire des mathématiques. Il est notamment l'auteur de Une histoire de la science arabe (Le Seuil) 


Il y a bien longtemps... naquit en Méditerranée orientale une nouvelle tradition scientifique, tradition nourrie de sources anciennes, mésopotamiennes, persanes, indiennes et surtout grecques, tradition qui eut essentiellement pour langue, et ce pendant des siècles, l'arabe. Les sciences se développèrent alors dans de nombreux foyers de l'empire musulman : le Croissant fertile, l'Asie centrale, Al-Andalus, le Maghreb bien sûr.
Quels furent donc les domaines dans lesquels les scientifi ques de cette civilisation apportèrent des contributions décisives ? Et comment, à partir du xie siècle, une circulation partielle des corpus scientifiques grec et arabe autour de la Méditerranée s'établit-elle, aboutissant finalement à l'appropriation de ce savoir en Europe ?
Avec la participation de Thomas Hausberger, maître de conférences en mathématiques à l'Université Montpellier 2, chercheur CNRS.

Mercredi 15 décembre 2010 - Stephen Baghdiguian : Lamarck et la biodiversité . Aux origines du transformisme scientifique


Agora des savoirs - Stephen Baghdiguian

Stephen Baghdiguian est Professeur de biologie cellulaire à l'Université Montpellier 2

Le 21 floréal de l'an 8 de la république (1800 pour le reste du monde), Lamarck prononçait dans l'amphithéâtre du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, le premier discours scientifique sur l'évolution des espèces (Discours d'ouverture du cours de zoologie...). Cette avancée conceptuelle majeure n'aurait pu se faire sans les riches collections du Muséum. C'est l'accès à ce formidable concentré de biodiversité qu'est le Muséum, alimenté qu'il fut par plusieurs siècles de voyages naturalistes, combiné à l'« esprit de système » qu'il adopta alors, qui conduit Lamarck à cette réforme majeure de notre vision du monde.

Avec la participation de Monique Vianey-Liaud, professeur émérite de paléontologie de l'Université Montpellier 2

Novembre 2010

Leçon inaugurale

Mercredi 3 novembre 2010 - Sylviane Agacinski : L'inestimable


Agora des savoirs - Sylviane Agacinski : L'inestimable

Sylviane Agacinski est philosophe, professeur agrégée de philosophie (au Collège International de Philosophie puis à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales). Elle a récemment publié Drame des sexes, Ibsen, Strindberg, Bergman (Le Seuil) et Corps en miettes (Flammarion).

Notre époque est mal à l'aise avec les valeurs, parce que sa passion de l'égalité lui fait craindre les hiérarchies. Mais si tout se vaut, rien ne vaut. On se souvient d'Alceste, dans Le Misanthrope, s'emportant contre le lâche refus de juger de la valeur d'un poète : « car c'est n'estimer rien, qu'estimer tout le monde. » Mais qu'est-ce donc qu'estimer ? Estimer quelqu'un, c'est lui reconnaître une dignité propre, un mérite - courage, honnêteté, voire intelligence, talent ou génie. L'estime s'accompagne de respect, et d'admiration. On peut admirer et respecter la nature : l'océan, la forêt, la faune et la flore, leur beauté, leur diversité. L'estime s'adresse ainsi à la valeur des choses ou des êtres, c'est à dire à leurs qualités, à leur nature propre. Tout autre est l'estimation qui juge ou évalue une quantité. Elle est quantitative et comptable : on estime une distance, une durée, une population, l'âge de quelqu'un, le prix d'une marchandise ou d'un patrimoine (en euros, en dollars, ou en une autre monnaie). Qu'elle soit approximative ou exacte, l'évaluation des quantités règne aussi bien sur le marché que dans les sciences. Les valeurs quantitatives répondent à la question : combien ? « Le pape, combien de divisions ? » aurait demandé Staline en 1945. Mais tout est-il mesurable et échangeable ? Tout a-t-il un prix ? On se souvient de Kant : les choses ont un prix, la personne a une dignité. En tant qu'elle a droit à une estime absolue, elle est sans prix, inéchangeable, inestimable. Je voudrais poser la question philosophique des rapports entre nos différentes façons d'évaluer et suggérer qu'une civilisation repose sur des valeurs inestimables.

Sylviane Agacinski sera présentée par Régis Penalva, programmateur de l'Agora des savoirs.

 

Les idéaux de la connaissance : en quoi les savants croient-ils ?

Mercredi 10 novembre 2010 - Dominique Lecourt : Le mythe de la science fonctionne-t-il encore ?

 
Agora des savoirs - Dominique Lecourt

Philosophe, Dominique Lecourt est professeur à l'Université Paris Diderot (P7) où il dirige le Centre Georges Canguilhem. Directeur général de l'Institut Diderot, le fonds de dotation pour le développement de l'économie sociale du groupe d'assurance mutuelle MAAF, MMA et GMF, il préside également le Conseil de surveillance des Presses universitaires de France (PUF). Il est l'auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages dont Contre la peur (PUF) et Humain post-humain (PUF)

Le dix neuvième siècle a inventé et répandu le "mythe de la science". Les contemporains de la révolution industrielle en ont donné et diffusé deux versions : celle de la toute-puissance et celle de l'émancipation. Ce mythe apparaît aujourd'hui fallacieux. La toute puissance est à manier avec précaution ; la prétendue émancipation couvre bien des asservissements intellectuels. Au "mythe de la science" semble se substituer un retour au mythe de la nature...

 

Avec la participation de Pascal Nouvel, professeur de philosophie à l'Université Montpellier 3 Paul-Valéry

Mercredi 17 novembre 2010 - Marylène Patou-Mathis : L'homme de Néanderthal valait-il moins qu'homo sapiens ?


Agora des savoirs - Marylène Patou-Mathis

Marylène Patou-Mathis est directrice de recherche au CNRS, responsable de l'Unité d'Archéozoologie du Département Préhistoire du Muséum National d'Histoire Naturelle. Elle est l'auteur de Néanderthal, une autre humanité (Éditions Perrin)

Comme nous, Néanderthal appartient à la grande famille des Hominidés. En cela, il fait partie de notre mémoire collective. Parce qu'il est à la fois si proche et si différent de nous, parmi tous nos ancêtres, c'est sans doute le plus fascinant. Néanderthal, durant 300 000 ans, a évolué physiquement et modifié ses comportements. Pourtant, Néanderthal a disparu.  S'il n'a certes pas réalisé toutes les choses que fera plus tard l'homme moderne, il était aussi « intelligent » que lui car il ne faut pas confondre réalisations et capacités. Néanderthal était différent de nous, mais, être différent ne veut pas dire être inférieur !  Ni supérieur d'ailleurs. Certains penseront alors, pourquoi a-t-il disparu ? À quoi  on pourrait répondre cela : Néanderthal a vécu près de 300 000 ans, et nous, combien de temps vivrons-nous ?

Avec la participation de Pierre-Olivier Antoine, professeur de paléontologie, ISEM, Montpellier 2

Mercredi 24 novembre 2010 - Roger Pol-Droit : Vivre avec les anciens aujourd'hui : sages et savants de l'Antiquité


Agora des savoirs - Roger Pol-Droit

Roger Pol-Droit est philosophe, chercheur au CNRS, enseignant à Sciences Po. Il est également chroniqueur au Monde et aux Échos et auteur d'une trentaine de livres dont La compagnie des philosophes (Odile Jacob). Son site : www.rpdroit.com

Dans l'enseignement, les humanités sont depuis longtemps désertées : on apprend de moins en moins le grec et le latin, la mythologie semble devenue lettre morte. Pourtant, les sagesses antiques continuent d'attirer, les écoles philosophiques d'Athènes ou de Rome fascinent plus que jamais. Quelles lacunes de notre époque la fréquentation des textes de l'Antiquité peut-elle donc bien combler ? Les exemples de Socrate, Epicure, Sénèque serviront de points d'appui pour répondre à cette question. Il ne s'agit pas de retourner dans le passé, ni de refaire des Anciens des modèles, mais d'y chercher peut-être ce qui nous fait défaut.

 

Avec la participation de Joan-Antoine Mallet, chercheur en philosophie antique

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